Abdelilah Benkirane : Oui au Slutwalk, Non à l’égalité dans l’héritage ! Nov14

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Abdelilah Benkirane : Oui au Slutwalk, Non à l’égalité dans l’héritage !

Pour nous toutes, femmes marocaines qui disposons de quelques libertés et qui craignons à mort l’épouvantail taliban, il fallait que Qandisha se lance à la recherche de réponses pour apaiser nos angoisses. elle part alors à la rencontre d’ Abdelilah Benkirane, le visage emblématique du parti de référentiel islamique, connu pour ses sautes d’humeur et son tempérament colérique. Mission : tâter le poul du parti conservateur quant à ses projets pour la femme.

 

 

Interview

Pourquoi pensez-vous être effrayants ?

Le musulman n’est pas effrayant. Si c’était le cas, avec 1,3 milliard de musulmans de par le monde, la terre aurait brûlé il y a longtemps. Seulement, l’extrémisme existe partout et dans toutes les religions. Ceux qui sont contre nous, sont très puissants et forts. Ils savent manipuler les médias pour stigmatiser le musulman. Même vous aujourd’hui, avec votre tenue complètement européenne, si vous vous présentez en France, on aura peur de vous. Une jeune journaliste de mère française a dû venir vivre au Maroc parce qu’elle en a marre du racisme.

 

Donc c’est de racisme dont vous parlez et non pas d’idéologie ?

C’est racial par la religion !

Reproche : Hier, en allant participer à une émission dans une chaine franco-marocaine, j’ai trouvé des femmes qui se sont plaintes à moi. On les a empêchées d’entrer dans les locaux de la chaîne parce que l’une était voilée et les autres portaient des djellabas, c’est une honte !

 

Je suis musulmane laïque, je pratique à moitié, je bois occasionnellement et  j’ai une vie sexuelle. Qu’allez-vous changer dans mon mode de vie ?

Tout ça vous regarde. C’est votre vie personnelle, je n’ai pas à y intervenir. Moi aussi j’ai une vie (pause)… Mais, je ne vous dirai pas ce que j’en fais.

 

Je suis athée, je le dis haut et fort et j’estime avoir le droit de l’afficher sur la place publique.

Encore une fois, si vous êtes athée ça ne regarde que vous. Vous pouvez le dire haut et fort, oui. Maintenant si vous voulez afficher quelque chose qui touche à l’ordre public, alors là je vous arrête. Si vous vous mettez nue devant la place Mohamed V, je vous emmène là où on va vous habiller (rires).

 

Une fille nue sur la Place publique

Quel est le rapport ??!*

Ben, c’est aussi une liberté !

 

C’et plutôt une folie. Même dans les pays laïques, ça relève de l’atteinte à l’ordre public !

C’est pour vous faire comprendre qu’on n’a pas forcément toutes les libertés que l’on veut. Même en France, est-ce qu’un français a le droit d’évoquer l’holocauste ? Est-ce qu’une française a le droit de porter le Nikab ? Chaque société a ses lois et ses règles. Si vous respectez les lois, je ne viendrai jamais discuter vos croyances.

 

En quoi être à l’intérieur d’un restaurant pendant le ramadan, par exemple, dérangerait l’ordre public ?

Ecoutez, c’est loi. Si la loi change, il n y a pas de problème et la loi change à travers le parlement, là où il y a des gens qui savent soupeser ce qui peut porter atteinte à l’ordre public.

 

Maintenant, je suis croyante, très pratiquante et je suis outrée par le pseudo-modernisme qui porte atteinte à mon identité arabo-musulmane.

Il y a rien à faire, aujourd’hui en termes de liberté, on ne peut pas revenir en arrière et on ne veut pas revenir en arrière. Si nous ouvrons aujourd’hui la porte aux extrémistes, dans la loi et dans les institutions de l’Etat, ils arriveront même à moi. « M. Benkirane, votre barbe n’est pas assez longue. Vos cheveux ne sont pas assez courts, votre costume n’est pas islamique ! ».

 

Est-ce que vous avez des montées de conservatisme au sein du parti ?

Le parti est une mosaïque, en fait. Je crois qu’au goût de la majorité, je suis plutôt conservateur. Il y a des gens qui sont plus modérés que moi, d’autres qui sont encore plus conservateurs. Parfois, je rencontre des femmes, je les laisse prendre des photos avec moi. Des fois, de jeunes filles exagèrent un peu et se rapprochent un peu trop, pensant qu’elles sont avec leur père probablement (rires), mais je ne considère pas que c’est grave.*

 

Que pensez-vous du Slutwalk  et de sa marche pour une législation contre le harcèlement sexuel ?

Je suis pour ! Le harcèlement sexuel est une réalité au Maroc. Je pense qu’il faut pénaliser toute forme de harcèlement, mais il faut que ça soit bien étudié. Aux USA, l’homme a peur de bouger ses yeux parfois, il ne faut pas exagérer. Mais la femme a besoin d’être protégée. Surtout en milieu professionnel, où des hommes profitent de leur statut de supérieur.

 

Comment protégerez-vous la femme ? Inégalité de salaire, mères célibataires ?

La justice est une valeur suprême, qui dépasse l’égalité. A travail égal, on devrait avoir un salaire égal. Mais, on ne va pas avoir un salaire égal juste pour affirmer l’égalité des sexes. C’est dire que le salaire devrait tenir compte de la compétence uniquement. Il y a, d’ailleurs, des femmes qui gagnent dix fois plus ce que gagne l’homme, par leur seul mérite.

Concernant les mères célibataires, le problème mérite qu’on le considère autrement, en ayant une approche complètement différent de ce qu’on a eu jusqu’à aujourd’hui. S’il  est vrai qu’elles se sont trompées, ce n’est toujours pas de leur faute. Encore moins la faute à l’enfant. On doit changer notre approche en tant que marocains et non en tant que musulmans, pour aller vers un traitement beaucoup plus juste de cette situation.

 

Les magistrats avaient refusé le recours au test ADN pour prouver la paternité.

Personnellement, je ne refuse pas le recours au test ADN. Notre législation, sur ce volet là, est islamique : l’Islam ne reconnait pas la légitimité de l’enfant d’un concubinage ou d’un adultère. Mais je suis pour que le père biologique de l’enfant supporte les conséquences de son acte, qu’il ait agressé la femme ou pas. Je pense qu’un homme qui a eu une aventure sexuelle avec une femme doit assumer les mêmes responsabilités qu’elle. Parce qu’il ne s’agit pas d’un acte qui s’arrête dans le temps mais qui dure tout au long de la vie de cet enfant. Et j’ai demandé aux frères dans le parti de nous faire une proposition de loi dans ce sens, mais ils ne l’ont pas encore fait.

 

Que faites vous des lois se basant sur la religion mais qui sont actuellement archaïques ? 

Il y a forcément des remaniements à faire et à discuter avec des gens spécialisés dans une optique moderniste. De là à dire que demain je permettrai de donner héritage égal entre les hommes et les femmes, ce n’est pas possible.

 

Pourquoi ?

Parce que c’est clairement interdit par la religion.

 

Parce que vous êtes un homme ?

Mais moi même je n’ai rien hérité ! En plus, j’ai quatre filles et deux garçons que j’aime tous pareillement. Et puis, je suis pour que l’homme continue à supporter les charges du foyer même quand sa femme travaille.

 

Qu’en est-il des femmes célibataires ?

Je sais, je sais je sais. Il y a beaucoup de femmes qui travaillent, qui s’auto-suffisent et qui entretiennent même leur famille, mais ce n’est pas à moi de décider pour ces choses là.

 

beaucoup de sanctions dictées par la religion ont été abolies pas les hommes.

On aurait pu changer ça il y a des lustres, pas actuellement où nos nations marquent un retour aux sources. Je suis convaincu que c’est une justice divine. Ne comptez pas sur moi pour changer ma position à ce sujet ! (emportement). Tout ce qui n’est pas clairement énoncé dans le coran ou le Hadith, on peut le discuter. Autrement, je reste catégorique.

 

Ok. Que feriez-vous de la culture ?

Pour moi, la culture nécessite d’abord un diagnostic. Il ne sert à rien de construire des théâtres et des cinémas avant d’établir ce diagnostic de la société. Il y a plein de problèmes sociaux qui ont des origines culturelles : la triche, le piston et le favoritisme. Des valeurs enracinées dans notre culture en lieu et place du travail, de l’effort ou de la créativité.  On a donc besoin de ce diagnostic pour mettre le doigt sur les défauts et  s’y attaquer à travers la culture, le livre, le théâtre et toutes les activités culturelles.

 

 Mais est-ce que vous mettrez des limites à la culture ?

Madame, moi je suis musulman et dans notre religion, il y a des limites à tout. Je ne ferai que les respecter.

«وَمَن يَتَعَدَّ حُدُودَ اللَّهِ فَقَدْ ظَلَمَ نَفْسَهُ». Ne comptez pas sur moi pour le faire.

Fin

Les * sont là pour marquer la profonde incompréhension de la Qandisha en mission.

PS : M. Benkirane a relu l’interview, il n’a pas demandé le nom du support.

 

Par Fedwa Misk