Touria Tazi : la militante des trois Rois Nov15

Tags

Related Posts

Share This

Touria Tazi : la militante des trois Rois

Elle est de la fibre de ceux qui ne travaillent pas pour la gloire et la reconnaissance. Preuve en est, Touria Tazi a consacré plus de 40 ans de sa vie au social. Et durant toute cette période, la Présidente du bureau préfectoral de Casablanca fera de rares sorties médiatiques, mettant toujours en avant l’effort du comité avec lequel elle travaille plutôt que son propre parcours. Son engagement dans le domaine social dépasse largement le cadre d’une carrière : c’est l’engagement de toute une vie. Hommage donc à une grande dame qui a servi sous trois règnes !

Des crèches, des classes, des clubs de jeu, des repas, plus la tendresse et l’écoute, voilà le quotidien des enfants de la Ligue marocaine de protection de l’enfance. Au centre El Fida, on entend de loin ce rire heureux d’une enfance insouciante. Et pourtant, il s’agit d’enfants issus des familles les plus démunies qui trouvent ici une main qui les prépare pour l’avenir. Et l’une des chevilles ouvrières de la LMPE est Touria Tazi.

Tout commence à Fès, où elle voit le jour au sein d’une grande famille, où elle s’imprègne des valeurs de solidarité. Elle est d’ailleurs profondément marquée par la générosité et l’exemple de son grand-père «El Aissaoui Tazi» qui n’hésitait jamais à venir en aide aux personnes en détresse. Elle est également éprise de politique, un outil qu’elle considère indispensable pour le progrès et le développement de son pays. Pendant de nombreuses années Touria a lutté pour l’indépendance du Maroc. En 1963, elle a même été choisie par le parti communiste pour représenter le Maroc au Congrès international de la Femme et quelle ne fut sa surprise de se retrouver à la même table que Valentina Terechkova, la première femme cosmonaute qui, à ce jour, reste la seule femme à avoir effectué un voyage en solitaire dans l’espace. Des rencontres pareilles, ça marque à vie !

Alors que Touria Tazi pouvait suivre n’importe quelle formation, elle décide de devenir assistante sociale. Au bout de 4 ans d’études, elle décroche brillamment son diplôme. Au debut des années 60, Touria est donc diplômée, mariée et maman de deux enfants, autant de changements alors même qu’elle entame sa carrière professionnelle. «Je n’ai pas directement travaillé en tant qu’assistante sociale, mais tout d’abord en tant qu’infirmière», en charge d’un dispensaire. Elle va s’atteler à la tâche avec bravoure et acharnement. Ne se contentant pas de faire uniquement son travail, elle va au-delà, en faisant un réel recensement des familles du quartier El Fida et de Sidi Maârouf que couvrait le centre afin de répertorier les besoins éventuels des familles de ce quartier et surtout essayer d’y répondre. Lorsqu’en 1963 elle est appelée au front en pleine «guerre des sables» entre le Maroc et l’Algérie, elle se trouve débordée et bousculée. «J’avais 2 bébés et c’est là que j’ai demandé une mise en disponibilité et arrêté le travail». Cela a failli être la fin d’une réelle passion pour le social jusqu’au moment où une assistante sociale préfectorale est venue la chercher et l’inviter à intégrer la Ligue marocaine de protection de l’enfance. Et c’est ainsi que commença une belle histoire de dévouement et d’engagement sans faille pour la cause des enfants. Touria intègre la Ligue en tant que membre assesseur. Le don de soi et le bénévolat l’épanouissaient à telle enseigne que son travail rencontrera la reconnaissance ; après quelques temps elle sera nommée Présidente du bureau préfectoral de Casablanca de la Ligue.

Et de 2 centres à Casablanca au commencement, la Ligue en compte aujourd’hui (quarante ans plus tard) 15 qui prodiguent un enseignement de qualité et un encadrement de rigueur. Un enseignement digne des meilleures écoles privées et pour des enfants des familles les plus défavorisées. Touria Tazi a conscience qu’avec 1.250 enfants accueillis quotidiennement, ce sont des mamans qui peuvent désormais travailler la conscience tranquille, parce que leurs enfants sont entre de bonnes mains.

Quant à ses propres enfants, eux aussi ont été imprégnés par le social et n’ont eu qu’un vœu, apporter leur pierre à l’édifice. L’un d’eux a par ailleurs eu l’idée de créer la Banque alimentaire suite à une visite au centre de la Ligue, lors de la distribution des repas de Ramadan (repas distribués quotidiennement aux familles en détresse pendant la totalité du mois). Comme son fils Karim Tazi venait souvent apporter son aide à l’Association, un jour, durant l’opération de distribution des paniers de victuailles, il s’est interrogé : «Après Ramadan qu’adviendra-t-il de ces personnes en situation de précarité ?». C’est alors qu’il décide de créer la Banque alimentaire. Le champ d’action du bureau préfectoral de la Ligue s’était donc étendu et élargi aux adultes aussi et plus seulement aux enfants.

Et comme aime à le souligner Touria Tazi, «ce résultat n’a été possible que grâce au travail du comité et au dévouement des personnes qui travaillent au sein du bureau de Casablanca». Touria Tazi ne manque pas de souligner aussi l’importante impulsion donnée au bureau de Casablanca de la part de la Présidente de la Ligue, la princesse Lalla Amina, et de Madame Hassar, Présidente déléguée de la Ligue.

«J’ai souvent déposé ma démission à la fin des mandats et on m’a toujours retenue, mais cette fois-ci je suis décidée à quitter dans deux ans pour laisser la chance à d’autres personnes d’apporter leur contribution à l’édifice. Cela n’empêche pas que je serai toujours dévouée à la Ligue et prêterai toujours main forte au comité. Comprenez bien que je ne pourrai pas quitter ma deuxième famille !». Touria Tazi est d’ailleurs fière de voir les femmes du comité se surpasser dans la gestion des centres d’éducation.

Aujourd’hui, Touria Tazi s’est lancée dans l’aide aux mères célibataires également. «Avec l’aval de la présidente et de la présidente déléguée, j’ai décidé d’ouvrir ce centre qui accueille actuellement 26 mamans et leurs bébés … Avec ce centre qui accueille près de 120 mères par an, nous tentons d’éviter l’infanticide, l’abandon des enfants dans la rue, d’encourager la réconciliation entre les familles et leurs filles et, parfois, nous sommes parvenues à marier les parents et à faire reconnaître l’enfant… C’est une mission qui demande beaucoup de temps et d’écoute». Mais Touria ne compte pas le temps qu’elle consacre aux autres et accomplit sa mission avec passion et détermination.

 

Pour cette grande dame au cœur d’or, le social lui a donné le bonheur de vivre et l’a persuadée de la chance qu’elle avait dans la vie. «Par ailleurs, je rends hommage à mon mari, car sans son soutien et sa confiance, je n’aurai jamais pu accomplir tout ce que j’ai fait».

 

Par Imane Bouhrara