Le syndrome d’Hubris : Quand le pouvoir rend fou ! Déc04

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Le syndrome d’Hubris : Quand le pouvoir rend fou !

Le pouvoir est une tare. A-t-on besoin d’un QI élevé pour se rendre à l’évidence ? Mais lorsqu’on est neuropsychiatre et homme politique de surcroît, l’on peut se permettre de qualifier de pathologiques certains rapports au pouvoir.

Dans ses publications « The Hubris syndrome : Bush, Blair and the intoxication of power » et « In Sickness and in Power», David Owen, ex ministre britannique des Affaires étrangères, décortique la maladie du pouvoir et dresse une sémiologie précise facilitant ainsi le diagnostic de cette entité psychiatrique dont souffrent pas mal d’hommes politiques.

Le syndrome d’Hubris

Pourquoi Hubris ? Mot d’origine grecque, Hybris traduit la démesure. Un sentiment né de la passion déchaînée et de l’orgueil, à l’opposé de la tempérance et de la modération. Dans la mythologie grecque, la démesure est considérée comme un crime, car elle tend à faire oublier aux mortels les limites de la condition humaine.

 

« Le pouvoir est, par nature, criminel », me souffle le Marquis De Sade.

David Owen a pu constater, lors de la très longue période de pratique politique, que certains hommes au pouvoir étaient sujets à des troubles comportementaux qui, en raison de la variété de profils étudiés, ne pouvaient être inhérents qu’au pouvoir lui-même. De longues années de recherches ont été nécessaires pour étayer ce postulat.

Il en ressort que le leader hubristique est narcissique. Il se croit omnipotent et pense savoir ce qui est bon pour tout le monde et ce en toute circonstance. Il ne s’intéresse pas aux conséquences de ces actes ni aux avis contraire des autres, qui sont forcément ses ennemis (donc ceux de la nation). Il est hyperactif et agité.

Si la maladie du pouvoir est forcément une maladie des gens puissants et des leaders, il serait naïf de négliger le côté inné et la prédisposition pathologique de la personne atteinte, qui ne demande qu’à s’épanouir dans un milieu favorable. Ils sont donc potentiellement atteints quand ils se présentent aux élections par exemple.

Le syndrome ne peut qu’empirer si le sujet est réélu, car ça le conforte dans son avis sur sa personne et sur ses décisions. Il est donc nécessaire de savoir déceler les cas de leader hubristique afin de les neutraliser. On peut d’ailleurs prévenir le mal en se méfiant des hommes providentiels, charmants qui se prétendent omnipotents, en limitant leur puissance institutionnelle et, si le mal est fait, en limitant leurs mandats.

Comment déceler le syndrome d’Hubris ?

Dr David Owen a décrit 14 symptômes dans le syndrome d’Hubris. Certains d’entre eux sont pathognomoniques du dit syndrome, d’autres communs à d’autres syndromes psychiatriques. Trois de ces quatorze symptômes sont suffisants pour établir le diagnostic d’un cas.

Les symptômes pathognomoniques :

1. Tendance à accorder de l’importance à sa propre vision, à son propre choix, ce qui empêche d’en évaluer les conséquences
2. Identification à la nation ou à l’organisation au point de confondre ses propres points de vue ou intérêts avec ceux de la nation ou de l’organisation
3. Tendance à parler de soi à la troisième personne ou à utiliser le « Nous »…
4. Impunité face à l’opinion publique, le seul tribunal valable étant celui de l’histoire
5. Croyance inébranlable que le jugement de ce tribunal sera favorable

Autres symptômes :

• Agitation, imprudence, impulsivité
• Tendance à percevoir le monde comme une arène où exercer son pouvoir
• Attrait démesuré pour l’apparence
• Prédisposition à entreprendre des actions susceptibles de d’embellir son image
• Tendance au maniérisme messianique et à l’exaltation
• Confiance excessive en son propre jugement et mépris pour les critiques d’autrui
• Impression d’omnipotence
• Perte de contact avec la réalité associée à un isolement progressif
• Incompétence hubristique, due à l’excès de confiance en soi qui conduit à négliger les rouages habituels de la politique

Question : combien de personnes atteintes du syndrome d’Hubris connaissez-vous ? Dénoncez-les !

 

Par Fedwa Misk