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Tous ces guides qui me connaissent

« Marre d’oublier à chaque fois de baisser le store avant de dormir !!! » pestai-je excédée encore une fois, d’être réveillée aux aurores par la lumière du jour.  J’avais pourtant pris soin la veille de donner un congé payé à mon radio réveil et de condamner mon téléphone à faire vœu de silence. Je  tentai de me rendormir sans succès.

Renonçant à lutter contre le sommeil, je pris le livre qui attendait depuis des jours à mon chevet, et qui désespérait d’être lu : « devenir leader en 10 étapes».

« Encore un livre donneur de leçons !! », pensai-je.

« Mais au moins ça c’est du pratique ! Ça te change des «  rencontrez votre double lumineux » et « l’art de la méditation », me répondit ma petite voix intérieure.

«  Oui c’est vrai, il n’y a rien de tel que ces manuels à l’américaine pour vous replonger dans la vie pratique ».

Je m’installai confortablement, bloquai mes oreillers derrière ma tête et entamai la première page «  Être un leader commence par la connaissance de soi. Cette première étape primordiale est souvent incomprise, et mal expliquée. Connaître ces limites ou ne pas en avoir, jouer un personnage ou rester soi-même, tant de questions qu’un leader doit se poser…. ».

Connaissance de soi ? N’est-ce pas ce que j’essaie de faire depuis que j’ai eu 35 ans?

La moitié de la vie

Il y a un an de cela, je me suis réveillée et j’avais 35 ans ! On a souvent parlé de la crise de la trentaine, de la quarantaine mais avez-vous entendu parler de celle de la trente-cinquaine ? Non ? Et pourtant, elle existe vraiment, elle est bien réelle, foi d’une ex- trentecinquagénaire !!!

A 35 ans on se dit qu’on est à la moitié de sa vie ( en espérant vivre jusqu’à 70 ans), on se retourne sur ce qu’on a : un appartement qu’on finira de payer à 55 ans, une berline familiale – à crédit aussi-, une carrière qui, après avoir crû de manière exponentielle, commence à atteindre l’asymptote, et…. un étranger, en guise de mari. Mon ex mari, mon ex-moitié, n’était plus en effet qu’à moitié mon mari, l’autre moitié étant détenue par une équipe olympique de jeunes filles, qui se le passaient dans une véritable course relais. Il faut dire qu’elles couraient vite les gazelles…

A 35 ans, on se dit qu’on est à la moitié de sa vie (en espérant vivre jusqu’à 70 ans), on se retourne sur ce qu’on est : suis-je celle que je rêvais d’être quand j’étais enfant ? Suis-je celle que je rêvais d’être quand j’étais ado ? Suis-je celle que je rêvais d’être quand j’étais jeune fille ? Suis-je celle que je rêvais d’être quand je…. rêvais encore ? Non ! parce qu’à trente cinq ans, je ne rêvais plus. Descartes a dit «je pense donc je suis ». Moi je dirais « je rêve donc je suis », et puisque je ne rêvais plus, je n’étais plus.

A 35 ans, je décidai que j’étais trop jeune pour ne plus être et me contenter d’avoir. Pour commencer, je me lançai dans la grande aventure du divorce. Je ne vous passe les détails sur la crise que ça a provoqué, la colère de l’un, l’incompréhension des autres. Je vous passe les détails sur les leçons de morale, sur les regards tantôt inquisiteurs, tantôt moqueurs. Je vous passe les détails sur tribunal de la famille. Je vous passe le détail sur le détail des biens…. Mon ex mari n’a jamais autant été ma moitié : la moitié de mon appartement, la moitié de mon frigo (il a pris le côté congélateur, ça lui correspondait mieux…), la moitié de mon compte en banque ( lui, la colonne créditeur et moi… je vous laisse deviner).
fastlife


Me voilà allégée de ce que j’avais et concentrée sur ce que j’étais. J’avais compris que vivre en couple ne convenait pas à ma personnalité, que j’avais toujours tendance à m’occuper des exigences de l’autre en priorité, avant de m’occuper des miennes, les reléguant encore et toujours à plus tard. Youppiii ! Je pouvais enfin m’occuper de moi-même.

Je me faisais l’effet d’avoir passé de longues minutes dans une file d’attente chez «Mac La vie», juste derrière un client capricieux qui accaparait l’attention de la vendeuse, et je voyais enfin mon tour arriver.

Seulement, maintenant que j’étais devant la vendeuse, qu’elle me demandait machinalement ce qui me ferait plaisir, je me retrouvai perdue : Je n’avais aucune idée de ce que j’allais commander. Je regardais les menus colorés devant moi : le menu plaisir, le menu halal, le menu enfant. J’avais dû rester longtemps avec cet air hébété car la vendeuse, impatiente, ne cessait de me relancer. Je balbutiai un «désolée» que je fus la seule à entendre et quittai la file. Eh oui ça se passe comme ça chez Mc la vie!

Je me consolai en me disant que le concept « fastLife » ne me convenait pas. Pour passer ma commande, j’avais besoin d’être détendue, d’être confortablement assise, d’être conseillée sur les différents choix, que les mets aient un nom poétique, qu’au lieu d’un vulgaire menu plaisir, que le plat s’appelle « éveil des sens », que le menu halal me fasse rêver avec un « Lawrence d’Arabie »…

Pour pouvoir passer sa commande à la vie, il faut d’abord se connaitre. Ce n’est pas chose facile, d’essayer de se reconnaitre quand on a passé plusieurs années sans se voir. Comme des personnes qui se sont perdues de vue, on doit s’apprivoiser moi et moi, se parler poliment, se vouvoyer, avant de se rentrer dedans comme on le faisait auparavant, comme le font les vrais amis.

Pour commencer, je me mis à la psychothérapie pendant quelques mois. Six mois  au bout desquels je fus convaincue que tous mes problèmes venaient de mon enfance, de mon rapport à ma mère.

Résultat ? J’en ai voulu à ma mère, coupé les ponts avec elle. Mes problèmes ont-ils été résolus pour autant ? Que non ! Et pourquoi donc ? Il semblerait que mon mental soit tellement fort (je suis une fille extrêmement intelligente, ne l’oubliez pas !) qu’il bloque mon inconscient !!! La solution serait  d’approcher l’inconscient avec d’autres méthodes qui parlent au corps directement en court-circuitant le mental. J’envoyai balader Dr Freud et me mis en quête de ces autres chemins.

Et voici donc que le défilé spirituel commença : méditation, respiration, rebirth,, fascia- pulsologie, Reiki, éveil conscient, chamanisme…

Pendant un temps, je me crus heureuse, je ressentais de la béatitude (  B Attitude, B comme bête, B comme brebis, B comme benêt…).

J’étais connectée à l’univers. Je me sentais pleine de gratitude envers lui, je savais qu’il m’aimait (oui, il paraît que l’univers a des sentiments !!!), et qu’il ne m’apporterait que ce qui était bon et juste pour moi. Il semblerait que l’univers –  ce copieur – répond du tac au tac aux gens : aux positifs par du positif, aux négatifs par du négatif. Je décidai donc de devenir positive, de passer ma commande à l’univers et d’attendre sa réponse.

Du sommet de ma béatitude, je scrutais l’arrivée du  facteur de l’univers. Je le voyais apparaitre au loin, arriver devant ma porte, la dépasser sans s’arrêter…. « Eh oh ! Il y a quelque chose pour moi ? Vous êtes sûr ? Regardez au fond de votre sacoche voulez-vous ? J’attends un colis important !!!!, Non ? Bon ben, la poste universelle doit être en grève aujourd’hui…»

Seulement, la poste universelle, comme toutes les postes ne se met pas en grève pour un jour, voire deux. Non, la grève était prolongée jusqu’à ce qu’on trouve une issue à son conflit, et son conflit semblait  inextricable….

Je finis par claquer la porte au nez de l’univers, mis une énorme pancarte sur ma « boite aux lettres universelle » avec la mention : publicité mensongère  s’abstenir, et me voilà repartie à zéro.

Et cet auteur qui me dit d’apprendre à me connaitre moi-même!!! Justement, je me connais assez pour savoir que je n’arriverai  pas à lire un traitre mot de ce « devenir Leader en 10 étapes ». Je jetai le livre par-dessus les draps et courus dans ma cuisine préparer mon litre de café matinal.

 

Par Mounya El Aouni