Ce n’est jamais la faute du violeur ! (réponse à Abdellah Tourabi) Jan07

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Ce n’est jamais la faute du violeur ! (réponse à Abdellah Tourabi)

Je tiens à féliciter Abdellah Tourabi, qui par un tour d’adresse à la plume dans ce billet « au bonheur des dames », a réussi un des plus beaux et plus fascinants amalgames elliptiques : mélanger réalités et chimères, utiliser le vrai pour prêcher le faux et finir par nous confondre : on l’aime, on le déteste, il a raison, mais nom de Dieu qu’il a tort !

D’emblée l’auteur avilit beaucoup de femmes, celles qui se sont prononcées contre la nomination d’une seule femme au parlant en leur dénigrant ce droit même de s’indigner, et je cite « …on se scandalise, non pour la présence de ministères de souveraineté dans un gouvernement qu’on a juré pourtant qu’il serait partisan et politique, ou encore pour la nomination d’Akhenouch, qui change de parti comme le Morocco Mall change de vigiles, mais à cause de la présence d’une seule femme au gouvernement. Et quelle femme! Bassima Hakaoui…».  Comme si en évaluant autrement la composition gouvernementale, ces femmes commettent un péché impardonnable.

Si l’auteur, par cette tentative d’intimidation semble oublier que l’égalité femme/homme n’est pas invention de quelques dames effarouchées comme il tente si bien de le laisser entendre, rappelons-lui quelques faits.

La constitution marocaine

La constitution du 1er Juillet 2011, l’actuelle donc, stipule que l’homme et la femme jouissent, à égalité, de tous les droits et liberté et oblige les institutions explicitement à atteindre l’objectif de parité.

L’auteur insinuerait-il donc, par cet acharnement contre une indignation légitime, que le texte constitutionnel a plus de valeur sur la nomination d’un ministre que sur les droits humains dont ceux de la femme.

L’auteur nous pousserait-il à croire qu’au sein du texte suprême il y aurait de subtiles suprématies que lui seul décèle ?

La « chose » est d’autant plus incongrue, que s’agissant des ministres de souveraineté, cela relève de rapports de force politiques que les parties eux-mêmes s’évertuent à rééquilibrer. Les droits de la femme quant à eux sont d’autant plus marginalisés que c’est toute la société patriarcale, dont l’auteur ne fait surement pas partie, qui s’ingénue à les minimiser.

Et c’est soi disant les féministes qui n’auraient pas le sens des priorités !

Les postulats de base que les « indignées » ne peuvent omettre 

Les âmes « charriées », que  l’auteur se plait si sadiquement à embellir devant cette opinion publique, qu’il prend, peut être sans le savoir, de très haut, et je le cite « Par le même aveuglement et déni de réalité, on oublie que la faible représentation des femmes au gouvernement n’est que le résultat naturel de leur insignifiante présence dans les partis politiques. » , ces dames indignées donc, ne sont ni idiotes ni inconscientes pour se leurrer avec des calcules techniques de base. On est certainement d’accord que les quotas des chiffres ne serviront qu’à entériner des pratiques désuètes, aujourd’hui complètement sclérosées et inefficaces, celles du clientélisme, de la fainéantise, de l’ineptie à prendre les choses en mains et à ne plus se laisser guider en juments de courses aux élections.

Les quotas telles que pratiquées au Maroc depuis 2002 ont fait plus de mal que de bien à une participation effective de la femme en politique, mais est-ce l’erreur des quotas ou celle,  partagées, de ces femmes et ces hommes politiques qui ont oublié que la chose publique se pratique avec abnégation et humilité, elle se pratique surtout à la Machiavel, celui qui a montré au peuple les stratégies des princes, des lions et des vipères, plus hégémoniques d’ailleurs que les renards, non pas pour les adopter, mais au contraire, pour les éviter, pour les combattre, pour qu’enfin le peuple comprenne, subtilement, intelligemment, que l’extrême habilité des actes princiers à la Medicis, touche à l’autre extrême du cercle, l’extrême honnêteté et renoncement des actes et pensées républicains.

Est-ce donc la tare des femmes si à la fois elles, si minoritaires encore en politique, et leur partenaires hommes, si nombreux, font de ce quota un ridicule accès au strapontin tant convoité ? Est-ce leur tare, si nos valeureux ingénieurs des stratégies de l’état sont incapables d’être visionnaires et stratèges, en ne considérant qu’une mesure au lieu de faire vivre une vision avec des stratégies multiples et complémentaires ?

Et n’est ce pas que c’est par un mélange de phallocratie aigue, d’appétence démesurée pour le pouvoir, de calculs ombilicaux mesquins que l’on oublie que dans un projet de société équitable, la femme est la compagne de l’homme, comme il est son compagnon. Elle est  son alter-égo, un Homme, au-delà des jolis chiffres pour des places honorables sur les échiquiers des conventions internationales, au-delà des constitutions paritaires et des équités annoncées sur des chiffons servant à faire briller les sols des palais et autres autels de courtisans!

Et concernent notre seule ministre donc, devrions nous nous indigner?

La première tare du gouvernement Benkirane n’est certainement pas d’avoir en son sein une seule femme mais d’avoir altéré, avant sa naissance même, une déclaration gouvernementale qui devrait être consensus de la majorité. Un peu de math svp : si tous, dans leurs programmes respectifs, ont promis l’égalité et la mise en œuvre de la parité, un programme commun donnerait quoi donc ?

Charité bien ordonnée commence par soi ? On ne peut être que bien d’accord !

Bassima alors, en vraie âme charitable, courageuse politicienne capable de faire descendre des millions dans la rue pour ses convictions. Femme habile et compétente pouvant  se mettre face aux femmes et aux hommes pour ses idéaux, et à l’intérieur de son parti même. Elle, la seule à avoir réussi, et par un processus démocratique svp, à être unanimement choisie par son parti en tant que ministre de la solidarité et de la famille. Un ministère « gentil » qui, entre autres, essaye d’être relais et partenaire d’associations féministes, associations, nous dit-on,  envahies comme le veut la « tradition poussiéreuse » par ces femmes fuyant leurs responsabilités de citoyennes politisées pour se cacher derrière « la facilité outrageuse » de la société civile.

Disons le sans scrupules: Cette Bassima Haqaoui qui n’a pas réussi à faire émerger une autre leader femme, après des années de dur labeur à former, émanciper, autonomiser, la gente féminine du parti islamique, ne mérite en aucun cas ce ministère. Elle est de facto incapable de faire progresser la femme marocaine, et son expérience dans un PJD démocratique qui vote un dixième femme pour sa participation gouvernementale, en est la preuve !

Mais alors que l’auteur nous en veut de lui en vouloir à Bassima, il oublie que si on doit respecter sa différence et celle de son combat, c’est d’abord en le reconnaissant en tant que tel. Meilleure reconnaissance serait de le combattre, de s’indigner !

Ah ces jolis détournements rhétoriques. Ceci, combiné avec ma nième lecture du bonheur inachevé à la Tourabi,  me rappelle à moi non pas Louis de Funès, mais Karl Kraus : « L’aphorisme ne coïncide jamais avec la vérité : il est soit une demi-vérité, soit une vérité et demie ».

Et pour conclure…

Au-delà de ce qu’on veuille bien nous donner, de ce que nous méritons, de ce dont nous nous battons pour, il y a ce qu’on nous refuse, à commencer par le droit à l’indignation,  avec une prépotence frôlant le ridicule, de ce garçon qui refuse à sa sœur le ballon parce que sa mère l’a éduqué ainsi.

Est-ce qu’il faut en vouloir à nos mères ? Absolument pas. Elles ont vécus leur temps, nous ont outillés de ces dispositifs auxquels elles ne connaissaient autres alternatives. Et nous alors ? Et nos études poussées, approfondies jusqu’aux racines de la précarité ? Que doit-on en faire ?

A mon humble avis, et Abdellah Atourabi le confirme si bien à travers son joli lexique, rien !

Continuons, approfondissons, creusons encore plus! Demain, quand nous serions devant un tribunal pour admirer la sainte justice émettre sa sentence fétiche : « Que cette violée accepte que le violeur l’épouse, ou alors elle est coupable »…car oui, il faut bien l’admettre, n’est ce pas ? Ce n’est jamais la faute du violeur !

 

Par Houda Chaloun