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Communiqué de l’ADFM : Un programme gouvernemental inconstitutionnel

Communiqué de l’Association Démocratique des Femmes du Maroc en marge du programme du gouvernement:

L’Association Démocratique des Femmes du Maroc a suivi avec grand intérêt la présentation du programme du gouvernement au parlement, non seulement parce que le programme est une feuille de route pour ceux à qui incombe la gestion des affaires du pays, mais parce qu’il intervient dans un contexte particulier caractérisé par les avancées qu’a connues le Maroc dans plusieurs domaines, y compris celui des droits des femmes, ainsi que l’adoption d’une nouvelle Constitution.

C’est dans cette conjoncture que nous réagissons à cette déclaration et apportons les remarques suivantes :

+ On ne peut pas parler d’un réel programme gouvernemental, dans la mesure où dans la présentation qui en a été faite, les indicateurs qualitatifs et quantitatifs font largement défaut. Ces lacunes structurelles empêchent le suivi des réalisations et de l’état d’avancement des plans d’action et ne permettent, par conséquent,  aucun contrôle ni reddition de comptes. Par ailleurs, le programme gouvernemental brille par la confusion entre finalités, objectifs,  moyens et vœux pieux.

+ La domination du discours idéologique et moralisateur qui met l’accent sur le concept d’une identité marocaine unique, spécifiée dans la dimension religieuse et l’identité islamique. Ce qui rend le premier axe inacceptable dans le programme de tout gouvernement, tant que la Constitution, une référence pour tous, a défini l’identité marocaine dans la variété et la diversité, et a fait de la citoyenneté active dans l’État de droit, le fondement du  projet sociétal, qui doit mobiliser marocains et marocaines.

+ Le confinement des femmes dans l’espace privé/ famille par opposition à l’espace public, en noyant leurs droits et leurs libertés fondamentales dans des considérations de cohésion ou de dissolution familiale dont la femme/épouse/mère endosserait la totale responsabilité. Cette conception du rôle de la femme est aujourd’hui en déphasage avec la réalité des évolutions démographiques et socio-économiques qui façonnent la structure familiale et qui nécessitent une approche renouvelée qui vise la protection des membres de la famille en tant que citoyens et citoyennes et la garantie de conditions familiales et sociales saines et équilibrées.

+ Le manque d’engagement du gouvernement sur des politiques publiques à même de garantir le respect, la protection et la promotion des droits humains des femmes, dans la mesure où ces dernières ont été traitées comme une frange sociale au même titre que la jeunesse, l’enfance ou les personnes en situation de handicap. Il est également à déplorer l’absence de l’approche droit au niveau de l’enseignement, la santé, l’agriculture, la sécurité, l’emploi… Il en est de même pour les secteurs qui connaissent une forte féminisation de la précarité, la pauvreté, l’exploitation, et la difficulté, voire l’impossibilité d’accéder aux services.

+ Le passage sous silence des importants acquis réalisés par les femmes marocaines durant la dernière décennie, notamment au niveau de la législation, alors que le département en charge des femmes a été successivement dirigé par deux partis qui composent l’actuel gouvernement. Ainsi, au moment où le programme affirme son engagement à poursuivre la mise en œuvre de programmes tels que « Maroc Vert » ou « Plan Halieutis », aucune allusion n’a été faite à l’Agenda Gouvernemental pour l’Egalité 2011 – 2015, approuvé par le Conseil du gouvernement précédent, et qui contient 100 mesures pour renforcer et développer les acquis en matière d’égalité entre les femmes et les hommes.

En nous arrêtant sur les points cités ci-dessus, et à titre d’exemple mais non exhaustif, nous exprimons notre inquiétude quant au contenu d’un programme censé respecter la loi suprême du pays qui stipule la pluralité de l’identité nationale, l’universalité des droits humains, la lutte contre la discrimination, l’égalité effective entre les hommes et les femmes et la mise en place d’une autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discrimination. Nous considérons que le gouvernement, avec ce qu’il réserve aux femmes, nous éloigne de ce dont la Constitution nous a rapprochées, à savoir des sociétés dont le développement et le bien-être se mesurent par le degré de jouissance par ses femmes et ses hommes de leur pleine citoyenneté.

Association Démocratique des Femmes Maroc
24 janvier 2012