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Le Roi prédateur : absolutisme économique

Le Roi prédateur : absolutisme économique

Posté par Qandisha le 9 mar 2012 dans News | 20 commentaires

Les journalistes français Catherine Graciet et Eric Laurent retracent les stratégies qui ont permis à Mohammed VI de multiplier par cinq la fortune de son père, alors que le Maroc ne sort pas de ses difficultés économiques. Extraits choisis.

L’affaire Oughiri : croissance de l’Etat vs croissance de la fortune royale

« En apparence, Majidi, Bouhemou et (Khalid Oudghiri) tiennent le même discours sur la nécessité de créer, dans le domaine économique et financier, des « champions nationaux » » adaptés à la compétition mondiale. En réalité, les mêmes mots sont au service de deux visions totalement antagonistes. Oudghiri envisage une réorganisation complexe qui, tout en favorisant l’émergence de pôles de croissance, s’accompagnerait du retrait du roi et de sa famille du sein de l’économie de son pays. Notamment pour éviter la confusion des genres et les tensions politiques, estime-t-il. Pour Majidi, au contraire, la défense des champions nationaux est un slogan qui doit permettre de dissimuler à l’opinion la prise de contrôle économique et financière du pays par le roi.

En septembre 2006, Khalid Oudghiri pénètre dans les luxueux bureaux de Majidi, au sein du holding royal Siger. Il remet au secrétaire particulier du souverain une étude argumentée qui détaille les mécanismes de désengagement du roi et de sa famille de l’économie marocaine. La démarche d’Oudghiri, totalement suicidaire, équivaut à suggérer à un obèse de cesser de se nourrir. « A la lecture, se souvient-il, Majidi est devenu littéralement livide. Après avoir terminé, il m’a tendu le texte en déclarant : « Reprends-le, je ne veux pas garder ce document ! » En constatant sa réaction, j’ai vraiment compris, conclut-il, que leur objectif était de prendre le contrôle de toute l’économie du pays, et ils y sont parvenus aujourd’hui » ».

Nichane, Le Journal hebdomadaire, Mustapha Hurmatallah : pas de témoins

« Après une période de répit en 2005 et 2006 qui, sans doute, a été marquée par le reflux des « sécuritaires » au sein du Palais, la presse libre et indépendante (qui survit tant bien que mal financièrement) va être muselée sans ménagement. (…) Planifiée, téléguidée par Fouad Ali El Himma, cette campagne de muselage des médias aura permis au Palais de détourner l’attention des affaires de Sa Majesté. Plusieurs articles consacrés à la façon dont les subventions publiques finançaient en fait l’ONA avaient révélé trop de scandales. Quoi qu’il en soit, les entreprises du roi avaient tendance à devenir moins rentables. Dans le secret du cabinet royal, Mounir Majidi et son stratège Hassan Bouhemou, qui avaient anticipé cette panne, planchaient déjà sur l’étape suivante : mettre la main sur des secteurs d’avenir en faisant mine de combattre la corruption ».

Secteurs clés

« Si demain une révolution venait à balayer le régime comme en Tunisie, l’épuration qui s’ensuivrait décimerait la haute fonction publique marocaine, dont certains services sont davantage mis à contribution que d’autres par le Palais. Comme le révèle un membre éminent du Makhzen, « outre certains hauts fonctionnaires qui ont plus de pouvoir que d’autres, le système repose aussi sur le verrouillage de trois secteurs clés en apparence secondaires ». Cette personnalité, qui souhaite elle aussi rester anonyme, énumère les trois secteurs en question : « la direction des impôts, qui permet de savoir qui paie quoi et d’infliger pénalités et contrôles ; la direction des grâces, pour les procès à éviter et ceux qu’il faut déclencher ; la direction du foncier, pour savoir ce que l’on peut piller ou non » ».

Le Roi prédateur

Catherine Graciet et Eric Laurent

Seuil, 224 p.