Nadia, célibataire, ignorante, enceinte… Avr05

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Nadia, célibataire, ignorante, enceinte…

Ce qui suit est une histoire vraie. Ce n’est pas une histoire sur l’avortement, c’est une histoire sur l’ignorance et le manque d’éducation sexuelle qui a brisé la vie d’une jeune femme. Dans une société où « Hchouma! » est le maître mot. Éduquer nos petites filles doit devenir une priorité.

« Je m’appelle Nadia. J’ai 33 ans, je suis femme de ménage chez une famille à Casablanca. Je m’occupe de leur petit, fais le ménage et la cuisine. Je viens d’une famille très pauvre. J’ai 3 grands frères chômeurs, je suis la seule à subvenir aux besoins de ma famille.

A 33 ans, je rêve encore de me marier et de fonder une famille. Je regarde toutes ces séries turques et mexicaines qui passent à la TV et je me dis que mon prince existe quelque part à Casa.

Je l’ai rencontré un dimanche, il prenait soin de moi. On s’est vu à plusieurs reprises. Il m’a promis le mariage, il avait l’air sérieux.

Un jour, il m’a proposé d’aller chez lui. Euphorique à l’idée qu’il puisse devenir mon mari, j’ai accepté.

Une fois chez lui, je me suis laissée aller à ses caresses. C’était tout nouveau pour moi. Personne ne m’en avait jamais parlé auparavant.  Il ne m’a pas violé. Non, il n’y a pas eu acte sexuel. On s’amusait, c’est tout.

Je continuais de le voir chaque dimanche comme d’habitude.

Un jour, j’ai commencé à avoir mal au ventre. Je n’avais plus eu mes règles depuis plus de deux mois. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je vomissais tout le temps sans raison. Ma patronne m’envoya voir un médecin. Le verdict tomba : j’étais enceinte. Mon dieu, mes frères me tueraient au bled. Mon père me renierait…

Mais on va se marier, tout ira bien. Je vivrais avec lui et notre enfant. J’expliquerais à ma famille. Ils me pardonneront un jour. Sûrement.

Le dimanche arrive, je lui en parle. Il renie tout en bloc et me plante dans la rue. Il ne veut plus me revoir.

Je me renseigne, cherche une solution. Je ne savais pas qu’on pouvait tomber enceinte comme ça… juste en s’amusant… Personne ne m’en a jamais parlé auparavant.

Je repense à mon père, à mes frères. A leurs réactions… J’en ai des frissons. Et cet enfant, j’en ferais quoi ? Et si mes employeurs me mettaient dehors… Il serait dans la rue.

Une amie me parle d’un gynécologue qui fait ça chez lui en 1 heure. Je vais le voir.

Je suis enceinte de presque 3 mois. Il me dit que ça coute cher. 3500 Dhs pour lui et l’anesthésiste… C’est deux fois mon salaire. Que vais je faire ?

Désespérée, j’en parle à ma patronne. Elle accepte de m’aider. De m’avancer l’argent.

Samedi, je prends un taxi et me rends chez le gynécologue. Dans la salle d’attente, un gouffre immense m’envahit. Je ne pourrais jamais plus me regarder en face.

C’est rapide. Je me réveille. J’ai la tête qui tourne. Je saigne. Je sors. Je n’ose pas revenir chez mes employeurs. Je vais dans un jardin à côté. Je m’allonge. Je suis souillée à jamais.

Personne ne m’en avait parlé. Personne ne m’avait expliqué les choses. Et même maintenant, avec tout cette expérience, je ne comprends toujours pas ce qui s’est passé… ».

 

Selon l’association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin, 600 à 800 avortements clandestins sont effectués chaque jour au Maroc. Des avortements à risque qui sont pratiqués dans des conditions d’hygiènes catastrophiques… Mais suffit-il de polémiquer sur la légalisation de l’avortement ?

Qu’en est-il de l’ignorance de ces jeunes femmes ? De leur manque d’éducation sexuelle ?

Le sexe reste un sujet tabou dans les foyers, dans les écoles, mais ne l’est pas dans les rues…

 

Par Siham El Fakir