Moi, femme sans identité Mai08

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Moi, femme sans identité

Voilà je les ai soufflé ses fichues bougies !

Oui trente six et ans et pas toutes mes dents, je me suis cassé pas mal de dents il faut dire, dans le sens propre et mal propre d’ailleurs, beaucoup de mythe au passage, et quelques théories avec. Bref le chantier est énorme.

Trente six ans cette semaine, et sur le coup, je me retrouve à me poser des questions existentielles du genre « qui suis-je réellement ? ». Mince alors, je pensais que ce genre de crise arrivait à partir de la quarantaine, je suis apparemment précoce en tout même en crise de mitan.

Si je me pose la question très souvent ces derniers temps c’est que je n’arrive plus à me reconnaître dans aucune des catégories et nulle part sur la carte de notre sociogramme.

Commençons par le commencement : je suis Moi, femme…

Femme ? Mais quelle femme ?

 

Je suis féministe, mais pas tant que ça d’après mes amies féministes. C’est que je suis féministe féminine, pour ce qui est des droits je suis intraitable, cela dit je subis la torture de mon épilateur électrique pour faire jolie dans ma robe printanière et je corresponds au cliché des cinquante paires de chaussure et autant de sacs à main et alors ? Féministe qui trouve que la féminité est un beau cadeau que je reçois avec gratitude. Féministe mais, je ne veux pas être l’égal de l’homme, je veux des droits adaptés à mon statut de femme, parce que le congé maternité de deux mois je trouve cela injuste et révoltant surtout comparé à nos sœurs outre-mer qui jouissent d’un congé maternité de douze mois avec possibilité de reprendre le travail à mi-temps, ça c’est du droit : avoir le choix et des options. Féministe, mais je trouve que l’égalité telle qu’elle se présente est la plus grosse arnaque du siècle : on se retrouve avec les mêmes devoirs qu’avant avec de nouveaux devoirs déguisés en droits ! Bref encore : féministe mais dans une forme de féminisme non encore identifiable.

 

Je suis Moi, femme, mais dans quelle classe social peut-on me fourrer ?

Du point de vue de l’autre et suivant les apparences, on pourrait dire que je suis d’une classe au dessus de la moyenne, mais non, ce n’est pas vrai, enfin, pas totalement, c’est très compliqué : du 1er au 8 de chaque mois, j’appartiens à une classe au-dessus de la moyenne, à partir du 10 jusqu’au 15 du mois, je fais partie de la classe moyenne, le reste du mois je tombe en dessous du seuil de la pauvreté.

Je fais donc partie d’une classe sociale versatile et non identifiable, encore !

 

Je suis Moi, femme croyante.

Oui je trouve le string qui dépasse très vulgaire, et le niqab intégral me fout les boules.

Cela dit je me garde de tout jugement, et j’ai un regard bienveillant sur les unes et les autres. Cela ne me regarde pas !

 

L’exhibitionnisme me dérange, et je trouve le déballage de chair très cheap comme technique Marketing et je pense qu’il y’a un minimum de décence à avoir et de respect pour son propre corps, je ne comprends pas certaines tenues, et le respect que j’ai pour mon propre corps fait que je n’irais pas l’exposer comme ça à la vue de tout imbécile venu, il mérite mieux que ça. Mais l’exhibitionnisme religieux me dérange tout autant, je ne comprends pas ces prêcheurs du vendredi et ces nouveaux messagers, pourquoi autant de shows qu’avez-vous besoin de prouver et à qui ? Ceux qui jugent par les centimètres d’une jupe et non par le cœur, lorsque Dieu lui-même juge par le cœur et les intentions, ceux qui ne pardonnent rien, alors que Dieu est pardon. Bref, je porte ma croyance qui est mienne et qui fait mauvaise presse chez les uns et chez les autres, en me faisant traiter de coincée crédule par les uns et de mécréante hypocrite par les autres, ma religion à moi est une croyance non  reconnue et non identifiable selon les critères en cours.

Je suis Moi, femme Marocaine.

Mais dans un Maroc, où deux Maroc vont à deux vitesses différentes, dans des courants très divergents, je ne me retrouve ni dans l’un ni dans l’autre, juste à la touche à regarder le match qui se joue sans pouvoir y participer et sans me sentir vraiment concernée par les débats et réclamations des uns et des autres. Il y’a mon Maroc à moi, et celui des autres ! et mon Maroc est un pays non identifiable entre la réalité des choses et ma réalité et mon idéal.

 

Bon bref, je les ai soufflé ses fichues bougies,

Moi, femme sans identité, un OVNI parmi vous.

 

Par Imane Hadouche