Moi, femme, marocaine, musulmane et esclave Mai21

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Moi, femme, marocaine, musulmane et esclave

On a tous fait un jour ce rêve d’un long couloir sombre avec à son terme la lumière, une lumière inaccessible, si proche et pourtant si lointaine. J’ai l’impression de vivre dans ce rêve. Pour certains, ce songe tiendrait plus du cauchemar que du rêve, pourtant c’en est un de rêve, car je caresse l’espoir de pouvoir atteindre, un jour, cette lumière tant convoitée. Si elle venait à s’éteindre, les choses en seraient certainement autrement, mais pour l’heure, elle est là cette lumière, elle est en chacune d’entre nous. Cette révolte pour une égalité morale et spirituelle.

Moi, femme, marocaine, musulmane et esclave.

Femme et marocaine, je le suis, musulmane je l’ai choisie, mais esclave je n’y consens !

J’ai le malheur d’être née femme dans un pays où seuls les hommes ont le droit au choix. Victime de la misogynie, j’ai laissé mon cœur et mon âme manifester leur mécontentement. Je me suis découverte féministe le jour où j’ai découvert le désir. Un désir si profond de vivre, d’avoir le choix, d’aller au-delà de ce que les autres se sont sentis le droit de m’imposer. Aujourd’hui, je me rêve en femme libre de son corps et de son esprit, capable de renverser l’état des choses et se proclamer libre. Cette femme que je suis au fond et qui jusqu’ici n’a pas eu le courage de manifester son existence au monde. A la fois rongée par le remord de ne pas être à l’image de ce que l’on attend d’elle et pourtant jubilant d’avoir su enfin faire l’effort de réfléchir par elle-même et de dire non, quand tout ce que l’on attend d’elle c’est qu’elle consente sans s’indigner.

J’ai ouvert la porte, je me suis laissée pénétrer par cette conviction, si forte et si profonde, que j’étais la propre maitresse de mon existence, que je me refuse aujourd’hui  d’accepter cette voie prédéfinie qui ne correspond ni à mes attentes ni à mon état d’esprit.

Personne ne m’enfermera plus dans ce mutisme.

Oppression vécue de gré à une certaine époque, où tout ce qui comptait pour moi était d’être à l’image de la « bent nass » typique dont le trajet et les choix de vie étaient déjà tout tracés. Réduite à devoir suivre l’exemple de celles qui m’ont précédée, courber l’échine devant la toute puissance des phallocrates et subir éternellement la pression sociale. Je me refuse aujourd’hui à me réduire à ça : un être moulé auquel on ne demande pas de réfléchir sur son existence et sa situation. On vit cet état des choses comme une fatalité alors qu’il ne tient qu’à nous d’essayer d’y remédier.

On ne peut en vouloir à nos mère de nous avoir, entre autres choses, éduqué à nous préserver pour nos époux, qui soit dit-en passant ne voient aucun intérêt à se préserver pour nous. On ne peut leur reprocher d’avoir accepté cet état des faits, ayant intégré tout cela par habitude et n’ayant pas eu le loisir d’y réfléchir et de remettre tout cela en question.

Quelle honte ce serait pour moi de ne pas essayer de briser ce cercle vicieux qui nous réduit, femmes, à une vie que nous n’avons pas eu le droit de choisir. C’est pourquoi aujourd’hui j’ai décidé de poster ce que j’ai plaisir à nommer ma déclaration d’émancipation. Et quelle meilleure façon de manifester tout cela autrement qu’en la postant sur Qandisha ?!

 

Par TILILA TOURI