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On achève bien les célibataires !

Dans notre société traditionnelle, le mariage pour une femme représente l’Ultimate consécration. Les parents peuvent enfin souffler avant de dévier leur stress sur leur plus jeune fille. Une femme a beau gravir les échelons professionnels, avoir la belle vie, voyager, elle ne sera « complète » aux yeux de son entourage qu’une fois mariée.

Une copine me raconte : » Je me suis retrouvée, il y a quelques jours, invitée à un dîner ou j’étais la seule célibataire. Un vrai massacre : À peine elle m’a ouvert la porte, que la maîtresse de maison ne me regardait plus. Elle cherchait derrière mon dos mon éventuel compagnon. Ne voyant personne, elle a lancé un regard franc à ma main avant de découvrir mon annulaire nu de toute alliance. Une fois à table, je sentais déjà que j’étais l’intruse, le sujet, la contaminée, tout tournait autour du « problème » : IL FAUT LA CASER !!! Du coup chacun me vendait un cousin, un ami ou un collègue « célibataire-bien-sous-tout-rapport-qui-cherche-à-se-caser ». En partant de chez mes tortionnaires, j’ai eu droit à une petite tape sur l’épaule et au classique  » t’iiiiiiiinquiète ma chérie, tu seras la prochaine, il suffit juste de te montrer plus sérieuse…»!

Le célibat de ma copine, à un âge où la majorité des femmes pouponnent en vantant les avantages du lait maternel, était forcément perçu comme une situation qu’elle subissait. Elle avait beau argumenter sur son besoin d’indépendance, ses envies de voyager… Elles rebondissaient en parlant de vrai engagement et des joies de la maternité. Être célibataire ,en plus l’assumer et de s’assumer, n’est apparemment pas crédible étant donné que notre contexte socio-culturel n’admet aucun modèle alternatif au mariage.

C’est vrai que dans une société où les libertés individuelles sont soumises au poids des traditions, être une trentenaire célibataire demande une certaine logistique et beaucoup de patience. C’est un peu comme être clandestin dans un pays où on aurait besoin des papiers pour chaque démarche entreprise. Du coup, quand les célibataires ne sont pas la cible de suspicion, elles sont regardées avec pitié. Quelques soient les accomplissements professionnels et personnels d’une célibataire, au yeux de son entourage, elle a échoué dans sa vie. Du coup,beaucoup jouent les « entremetteuses » pour régler une situation qui parfois, n’est problématique que pour elles, car la principale intéressée est parfaitement satisfaite de sa vie et ne veut pas faire de compromis en se lançant dans une relation qui ne la comblerait pas.

Mais souvent, la pression de la société est telle que beaucoup de femmes, devant la menace de leur horloge biologique, finissent par écouter les personnes qui leur répètent : « A ton âge, tu ne peux pas espérer mieux, tu sais que tu n’es plus toute jeune, « ewa mat9es7ich rassek », si tu veux avoir des enfants un jour.».

Le poids du célibat s’alourdit avec l’âge. Beaucoup de femmes qui avaient une certaine idée de l’homme avec qui elles aimeraient partager leurs vies, s’affolent face à la perspective de rester seule, cèdent et se marient …avec le mariage. Prendre le temps de choisir son partenaire de vie devient un caprice. Elles laissent tomber leurs rêves d’amour pour toujours et d’homme idéal en épousant le « célibataire-bien-sous-tout-rapport-qui-cherche-à-se-caser ». Elles gagnent en retour un statut, elles deviennent des Madames qui peuvent enfin vivre leurs envies de maternité et s’épanouir librement dans leurs relations de couple, en toute légalité.

Si les hommes sont appelés toute leur vie « Monsieur », peu importe leur vie privée, la civilité de la femme est conditionnée par son statut marital. Et selon qu’on soit « Mademoiselle » ou « Madame », le comportement des autres change. Madame est plus respectée, on ne badine pas avec « mert rajel ».

Mademoiselle est épiée, plainte ou critiquée. Elle est aussi « disponible », et donc la cible de certains dragueurs lourds qui confondent « célibataire indépendante » et « ouverte à toutes propositions ». Le mariage est donc perçu comme le gage des bonnes valeurs, une garantie contre les écarts de conduite.

Je me rappelle un jour, dans une conversation, une collègue trentenaire qui argumentait : « Je ne suis pas pressée de me marier… je veux dire… pour le moment, je suis contente de ma vie telle qu’elle est… j’aime mon indépendance… je… »… Un « Allah ister » affolé a mis fin à ses divagations sur la question et à la discussion. Donc, folles sont celles qui ne font pas de la quête du mari une priorité absolue une fois qu’elles ont coché les cases pré-mariage.

En fait le tout est de rentrer dans le moule, suivre le schéma tracé : grandir sans heurts et sans faire d’écarts, se marier, une fois mariée, bien tenir sa maison, s’occuper de son mari, faire des enfants, éduquer ses enfants, voir grandir ses enfants sans heurts et sans qu’ils fassent d’écarts, marier ses enfants…

 

Par FAYROUZ LAMANI