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Spiritualité ou appareil digestif ?

Le croissant de lune qui annonce le premier jour du mois de Ramadan a été observé, l’annonce est faite dans les mosquées , sur les chaines radio et télé, c’est le début du mois de jeûne.

Il n’en faut pas plus, pour que le soir même, les supermarchés, les souks, les épiceries, les boulangeries, soient pris d’assaut, comme si avait été annoncée  une grève générale illimitée ou une prochaine guerre intergalactique  . Et ceci, en dehors d’un ravitaillement fait comme pour tenir un siège, quelques jours plus tôt, pour attendre  de  pied ferme l’arrivée de ce mois de la tempérance et de la modération.

On observe partout des queues interminables et  anarchiques, où tout le monde tient à être servi en premier, pour débuter ce mois du partage, du pardon et de la charité.

On achète de tout , en grosse quantité, on rêve de tables qui croulent sous la variété de mets spéciaux, rarement préparés en dehors de ce mois . Même les plus pauvres s’endêtent car les plus riches partagent rarement. Chacun se comporte, comme si durant ce mois, il devait se transformer  en un immense estomac à remplir, du coucher du soleil au petit matin, sans interruption . Le mois de l’abstinence, de la maitrise des envies et des désirs peut commencer avec optimisme.

La ville est quasiment déserte le matin jusque vers  midi. Les marchés se remplissent alors et la foule se déverse dans les rues  comme un seul homme. En temps normal , ce sont les femmes qui font les courses. Durant le mois de ramadan par un accord tacite et pour laisser à leur compagne les coudées franches  pour la préparation de repas pantagruéliques, les messieurs, consentants et heureux, prennent la relève pour investir les marchés, les boulangeries, les pâtisseries en un mot tous les commerces d’alimentation. Ils font leurs achats,  les yeux plus gros que le ventre, ont des envies comme la  femme enceinte pour tout ce qui est proposé, de la datte la plus banale en passant par toutes les viandes et poissons et pour finir par toutes les pâtisseries et sucreries, si appêtissantes quand  le ventre est creux.

Serait-ce,  parce-que  c’est le mois de la mesure , de la pondération et du contôle des pulsions que les bagarres dans les rues se font plus fréquentes? Certains passants se disputent pour un rien , peuvent en arriver aux mains, s’insultent, se bousculent, grognent , jurent… Au volant on s’exaspère dans les embouteillages, on se lance des invectives, on klaxonne avec agressivité.  Fumeurs en manque de nicotine? Jeûneur sans conviction? Jeûneur convaincu mais ignorant?

Chutes et hausses de tension ,  diabètes désiquilibrés,  ulcères d’estomac qui se réveillent… Nombre de malades entêtés,  n’entendront pas raison et  refuseront de rompre le jeûne ou de carrément ne pas jeûner comme c’ est recommandé, le pratiquant n’ayant pas le droit de mettre sa vie en danger.  Mais  le « qu’en dira-t-on » des ignorants et les fausses croyances populaires sont beaucoup plus importants que les préceptes religieux. On comprend de travers, on transforme, on écoute les fkihs autoproclamés, sans formation aucune, on fait de la religion une adaptation personnelle et résultat, les urgentistes  ne savent plus où donner de la tête, les pharmacies ne désemplissent pas et les Gastro-entérologues , Cardiologues et Endocrinologues sont sur le pied de guerre pendant tout le mois.

Pendant ce temps les chaines de télévision nationales très regardées durant ce mois et sur lesquelles on aurait pu compter pour aider à affûter un peu les neurones de nos concitoyens,  passent  des sitcoms ulcérogènes,  des skechs  émétiques  et des pubs colitiques. Peu exigeants,  nous nous complaisons  dans le système digestif, c’est notre choix…

 

Par Hafida Aouchar