Le monde à côté Août28

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Le monde à côté

Pour paraphraser  » Le monde à côté », ce beau récit du feu Driss Chraibi, dédié tout simplement au renouveau,  je projette quant à moi une certaine opinion sur ce « monde à côté » d’aujourd’hui, caractérisé non seulement par ses mutations incessantes, mais aussi à travers la « conjoncture » : ce mot à maux, modelé par les politiciens au gré des humeurs et des situations, embrigadant cette génération dans les espoirs sans lendemain, et des promesses à vau-l’eau! Ce « monde à côté » n’a pas juste cet un arrière goût de l’inachevé, il s’émeut dans une orbite ou le maître mot est désormais : AVENIR.

Ce « monde à côté  » est tributaire de ce que fait la folie des hommes ! Or, de ceux et celles qui réclament de la justice sociale, de ceux et celles qui militent pour des droits spoliés, de ceux et celles qui ne sont plus capables de dormir à force de crever de faim, il n’en demeure qu’une seule vérité, celle des intérêts des groupes qui bâtissent des fondations pour mieux générer des profits. Les vraies causes drainent à peine de l’intérêt par rapport à certaines causes, les revendications légitimes passent pour être une litanie aux yeux de ceux qui gouvernent ce monde. Heureusement qu’un certain réveil vient justement d’avoir l’effet d’une onde transmissible qui rase tout sur son passage. Les crises économiques en Europe, les prix flamboyants du gaz, la dette excessive de certains états de plus en plus incapable de payer les rentes de retraites, l’effervescence citoyenne de par le monde sur la donne politique et la crise de confiance entre élus et citoyens, tout cela, se rejoint dans la force du rêve! Oui, tout le monde rêve à son printemps. Tout le monde rêve de plonger dru dans un bouquet de fleurs et de ne s’y réveiller que plus tard, pourvu de se tailler en primeur l’arôme de la sainte liberté!

Les arômes du printemps

Puis, vint le printemps arabe! Un réveil, on ne peut plus surprenant, et qui a pris de plein fouet le service de renseignements occidentaux. Là-dessus, on continue de ramer sur les analyses, d’autant plus qu’on ne parle que très peu d’une renaissance arabe en regard de l’émergence de plusieurs mouvances islamistes qui prennent maintenant le relais à la tête de ces gouvernements. On parle d’un printemps arabe libérateur, mais est-il à ce point digne de ces printemps aux matins splendides dans les sérails, de ces printemps générateurs d’une future démocratie? Tant qu’à faire, la vraie image des convoiteurs du pouvoir a circulé librement sur le Net, et ceux qui continuent d’utiliser les bas-fonds de la toile sont considérés comme des ennemies de la patrie! Le printemps ne resplendit pas juste avec des fleurs mais avec des ajoncs aussi.

Or, de par le désespoir de ceux qui se sont immolés par le feu pour protester contre leur situation, un débat a eu lieu sur les éventualités de dresser un dôme en hommage à un certain Bouazizi, et il y a eu aussi les autres qui veulent faire pareil, et qui ne sont plus capables de vivre les déboires du chômage et de ce temps où la dignité est devenue une viatique dans le marché. Comme ce résident permanent au Canada qui s’est fait molester par les services de sécurité américaines car il a osé dire le verbe (exploser) dans une communication virtuelle avec un autre vendeur, formule de marketing oblige, au sein d’une compagnie, innovatrice dans son domaine, et qui ne jure que par les explosions… de ses chiffres de vente ! Comme ce vieillard grec qui s’est tiré publiquement une balle dans la tête, protestant contre la faiblesse de sa pension, arguant que le gouvernement de son pays le pousse à la pauvreté et bientôt à aller chercher de la nourriture dans les poubelles! Comme cet homme d’origine scandinave, extrémiste de la première heure, qui avait massacré à la mitraillette plus de soixante dix personnes pour des raisons de haine contre une minorité! Ce samaritain, en ayant plaidé la légitime défense, se voit gratifier par une contre expertise d’un tribunal qui le juge, par-dessus tout, saint d’esprit!  Ou encore, ce jeune parachutiste militaire, né en France, d’origine arabe qui s’est déversé tout d’un coup sur la population, excédé par les injustices de la marginalisation, vengeance aussi au nom d’une identité palestinienne, toujours hypothéquée! Une mort digne a des arômes d’un printemps amer, une mort digne est désormais un tremplin nécessaire pour permettre aux générations futures d’espérer des sociétés meilleures.

Halal , quant tu nous tiens!

Puis, dans le magma des réveils, un détour au Québec s’impose dans cette aspiration commune des peuples à la liberté!  Après les remous des accommodements raisonnables, des tentatives incessantes pour radicaliser la société québécoise ont pointé dans certains médias. La toute dernière, c’est une tentative désespérée de certains journalistes sensationnalistes de faire croire qu’à travers l’affaire du Halal, le problème reste toujours au niveau de ces communautés qui le consomment et leur cruauté envers les animaux. Qui ne croirait pas ainsi que le Halal est en phase de devenir bientôt un mot prohibé dans certains cénacles, déterminés par leurs gallons populistes à mener leur printemps à eux,  et tout à leur façon ?

Les prétendants à la tolérance citoyenne, et en sérieux détenteurs de la vérité, ont omis l’intérêt des chiffres sur l’économie du Québec, et sont allés jusqu’à maintenir que le problème avec le Casher et le Halal c’est qu’on fait payer à la majorité les coûts de pratiques rituelles dés minorité. Le débat est néanmoins serein mais les quolibets vont leur train sur ceux qui tiennent mordicus à leurs valeurs et qui refusent de retourner leurs vestes pour s’intégrer. Et enfin, certains partis politiques, en gueule de loup, continuent de caresser au sens du poil ceux qui sont en butte à une certaine crispation identitaire, et continuent de jouer leurs cartes électorales en s’attaquant non seulement aux plus frileux, mais carrément à ceux qui ont fait de leur combat contre les minorités religieux leur cheval de Troie.

Bref, dans ce « monde à côté », l’étiquette de l’étranger, importé d’ailleurs, se susurre sur le dos. Les enfants des générations « double-citoyenneté » grandissent dans le tiraillement de deux cultures, quant à leurs parents, ils végètent dans la résignation des insécures, blasés de butter contre ce rempart qu’est « l’intégration », ce mot fanfaron qui les discrédite au moindre faux pas. Quant à ceux qui, de par le monde, continuent de croire à l’interculturel comme issue salvatrice contre les maux de la xénophobie et de la marginalisation, ils ont beau exprimé la fierté de leur double citoyenneté, mais cette fierté n’a décidemment pas le panache de certains autres types de fiertés qui défilent annuellement dans les rue de certaines métropoles, et ce dans la profusion des biceps à l’eau de rose.

Dans ce « monde à coté », faire sa part est devenu l’argument phare. Le statu-quo politique devient une victoire sur les bilieux de l’ordre mondial, et la rectitude politique, l’ennemie mortelle de la culture et ses consorts. Bref, un parterre à pomper ailleurs, dans une terre promise, a plus de valeur qu’un enfant qui pleure sous les bottes d’un soldat hargneux. Une condamnation juridique vite arrangée pour des intérêts politico-économiques a plus de contenance que de planter un jardin ou construire une école en Afrique.

N’allez pas croire, chers amis, que je verse dans une vision pessimiste qui risque de contaminer tout ce qui bouge, ma vision est juste dictée par « la conjoncture ». Et si je fais Dont-acte, c’est tout simplement à l’honneur du renouveau, celui rêvé par des grands Messieurs, dont entre autres Driss Chraibi. « Le monde à côté » est celui d’une nouvelle génération qui veut faire les choses à sa façon, ne pas l’écouter est déjà une oppression à l’humanisme. Le droit à la vie n’ampute pas le droit au rêve, et comme disait Brel : Le seul fait de rêver est déjà très important, alors l’avenir n’appartient-il pas aux rêveurs?

Kamal Benkirane