Les routes de la déroute Sep05

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Les routes de la déroute

Un accident de la route, ça arrive… La mort c’est une fatalité. Mais alors quelle rage lorsque les accidents de la voie publique deviennent la première cause de mortalité au Maroc ! C’est à croire que l’on est incapable de maîtriser des engins inventés et conduits partout par l’homme. Si l’état de nos routes laisse à désirer, il est clair que nous sommes les premiers à blâmer dans cette catastrophe.

On savait déjà que les efforts de Ghellab n’aboutiraient à rien. Au mieux quelques malheureux en prison, au pire un bakchich qui prend les dimensions d’un cachet. Si l’ancien Ministre des transports était sincère à croire que son nouveau code allait sauver le pays, il a été d’une naïveté sans borne à penser que les marocains s’en tiendraient à ses lois. Quand on peut s’en sortir de tout à coup de malheureux pourboires, pourquoi s’encombrer de discipline et de scrupule ? Et les meilleures d’entre-nous ont cédé à la pression d’un agent qui, la plupart du temps, nous a arrêté pour de bonnes raisons. Comment peut-on aspirer à l’application de la loi par l’autre lorsqu’on est incapable de la respecter et de payer pour tout dérapage?

Non, Monsieur Ghellab n’est pas naïf. Il savait qu’on ne change pas un mentalité du jour au lendemain. Alors il a pensé à mettre un peu plus de contraintes. Un chauffeur de taxi criant à l’injustice, après avoir grillé le feu rouge, tentait d’apitoyer m’sieur l’agent en lui lançant : « Mais tu me connais mon ami! Tu prends toujours la même somme. Qu’est-ce qui a changé? ». Expliquer à ce chauffeur de taxi qu’il est doublement criminel et multirécidiviste te passerait pour un demeuré, un idéaliste, car au Maroc ça ne se passe pas comme ça!  Dès le premier jour, on a bien compris que les entorses à la loi deviendront tout juste… plus couteuses.

Et c’est tant mieux pour l’automobiliste qui grille un feu ou un stop et qui finit par contrôler sa vitesse. Après s’en être sorti la vie sauve, avec quelques procès et quelques bakchichs, il finit par se plier à la loi, à regrets mais pour de bon. Mais tout le monde ne s’en sort pas. Le terrible accident sur la route de Marrakech dont tous les médias du monde ont parlé, sauf les nôtres, est l’exemple même de l’entorse continue faite à la loi, à la sacralité des vies des gens, au respect de l’autre et à la bonne conscience.

« Ce sont des choses qui arrivent », nous dira n’importe quel camionneur ou chauffeur de car qui multiplie les courses sans prendre un moment pour roupiller, pensant qu’il sera plus à l’aise chez lui dans son propre lit. Et oui, ce sont des choses qui arrivent et qui continueront d’arriver tant qu’on ne force pas des gens inconscients du danger qu’ils font courir aux autres, à respecter la loi. Je suis certaine que nous espérons tous le miracle qui va transformer les routes du Maroc en routes européennes, larges, lisses et en bonne état. Mais pour ce qui est des mentalités, il n’y a pas de potion magique. L’application de la loi est la seule façon de garantir aux conducteurs, comme aux piétons et aux passagers, un minimum de sécurité et une plus grande espérance de vie.

Mais qui va appliquer la loi? par quel moyen va-t-on « forcer » la police à faire son job correctement? Comment peut-on être témoin de la « transaction » et prendre part à la décision? L’automatisation des équipements de la route peut en effet améliorer la prestation sécuritaire, mais ce n’est malheureusement applicable que dans les grandes villes. Il ne nous reste qu’à espérer une intervention divine, celle de l’Homme tardant à venir.

 

Par Amal Jalili