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L’innocence des « vrais » musulmans

Je ne sais pas pour vous, mais je n’ai jamais vu un navet mortel! D’habitude, ça donne des gaz. ça cause des spasmes et au pire vous aurez le ventre ballonné, menaçant de vous étouffer à la première inspiration.

Blague à part, je ne sais pas de quoi peut-on qualifier de ce qu’a engendré le navet cinématographique, le vomis du 7e art, « L’innocence des musulmans ». S’il est vrai que les extraits du film (s’il existe vraiment en totalité) révèlent un scénario d’une bassesse écoeurante, les réactions qu’il a suscitées sont incontestablement criminelles.

Tueries, saccages, attentats… pour témoigner l’amour au prophète de la religion de la paix!

J’en ai voulu aux autorités dans tous ses pays là qui ont laissé libre court à la rage humaine, alors qu’ils n’hésitent pas à matraquer les manifestants pacifistes, aux revendications sociales et politiques. Si les autorités le voulaient, elles n’auraient jamais permis des actes aussi mesquins et criminels. On se demanderait presque si le but n’est pas de donner au monde cette image de pays de sauvages qui méritent d’être matés et de dissiper toute compassion envers nos revendications démocratiques.

J’en ai voulu aussi à nos théologiens qui passent leur temps à prêcher, sans jamais aborder l’essentiel. Je leur en ai voulu de cultiver la haine de l’autre, en faisant croire aux musulmans qu’ils sont le peuple élu à la place du peuple élu, à faire la différence entre les gens en se basant sur leur race et leur croyance, comme si Dieu avait créer des gens pour s’amuser, d’autres pour le barbecue.

J’en ai voulu aux professeurs des écoles qui n’ayant pas de programme pour l’ouverture des esprits, ne font pas preuve d’imagination pour cultiver le respect et l’amour entre les gens. Bourrage de crâne, blocage cognitif et zéro soutien à la créativité : voilà ce que produit l’école, qu’elle soit publique ou privée. Aucune différence entre le nanti et le pauvre sur la culture de la tolérance et de l’acceptation de la différence.

Je commençais à en vouloir au monde entier, quand j’eus cette conversation avec mon ado :

– ‘man, j’accompagne Reda devant le consulat des USA. on proteste contre le film contre le prophète!

– Tu ne vas nulle part ! ça risque de tourner mal. T’as pas vu les images sur la télé?

– Mais non, ça ne se passera pas comme ça au Maroc.

– Ah bon? tu ne vois pas ce qui arrive aux manifestants?

– Oui mais là c’est peace quoi!

– Peace, c’est toi qui le dis ! Il va surement y avoir un gars violent qui se mettra à brûler je ne sais quoi, ou à jeter des pierres. ça tourne vite au vinaigre!

– Une pierre ou deux, ça ne leur fera pas de mal à ces fils de pute!

– tu parles de qui là???

– Des américains! Ces connards se foutent de nous et de notre religion, sachant très bien qu’on peut tout accepter sauf ça! Ila Mohamed!

– Mon fils, d’abord, les américains font des films même sur leur propre prophète et puis ce ne sont pas les américains mais UN américain.

– On s’en fout! Ils n’ont qu’à payer pour les stupidités de leur compatriote. Et s’ils veulent insulter Jesus c’est leur problème. Mais, Mohamed non! ça ne se passera pas comme ça.

– Mon fils, je ne te savais pas si fervent pratiquant! Ne crois-tu pas que tu es juste énervé par effet de masse? Un peu comme pour un match de foot perdu ?

– Comment ? Franchement, tu me prends pour un crétin?

Et il claque la porte, avant que je ne lui dise que non, que je le trouvais juste trop rempli de haine et de colère et qu’il vaudrait mieux, dans ce cas, se tenir à carreau. Que la gestion du différend passe par la perception rationnelle du problème, une fois toute émotion évaporée, et que s’énerver prouve qu’on donne un crédit aux propos de l’ennemi. J’aurais dû lui dire qu’on a des milliers de façons de prouver sa foi au quotidien, tout en donnant au monde la meilleure preuve de la grandeur de nos peuples et de notre religion.

C’est alors là que je m’en suis voulu, moi mère marocaine, arabe et musulmane, d’avoir négligé d’apprendre à mon fils les B.A.ba des civilités et la nécessité pour l’individu de s’en remettre à son libre arbitre, avant de décider ou non, de suivre la meute. Est-ce trop tard?  J’espère que non.

PS : Je tiens à présenter mes sincères condoléances aux familles des diplomates américains morts à la suite des incidents douloureux à Benghazi. Toutes mes pensées vont à leurs femmes et à leurs enfants, en espérant que le drame n’en fera jamais des ennemis du monde arabe ou de l’Islam. Cette fois, j’implore réellement « l’innocence des musulmans »… Les vrais.

 

Par Rabia Moueden