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Education maintenant, oui maintenant !

Encore une page née sur ce Facebook. C’est décidément le virus du moment. Devant mon ordinateur de Casablancaise, bourrée de certitudes, je critique d’abord et clique ensuite.

« Education maintenant », supportée par quelques 700 personnes, est le nom de cette « communauté », qui invite beaucoup de monde à se pencher sur « sa page », pleine de photos. Je clique un peu plus. Une chaîne humaine, expliquez-vous ? Des photos, une expo, un débat, une stratégie, une feuille de route ? Pour l’Education ? Pour tous ? Et maintenant, de surcroît ? « Comme c’est touchant et civilisé », ricane-je de mauvaise foi.

Soudain, ce pollué de cerveau cale. Je tombe sur Soufiane. Ce petit garçon au sourire magique porte une ardoise sur laquelle est écrit, en majuscules : EDUCATION.

Soufiane : 1, ma critique aisée : 0.

 

Oui petit, tu as bien raison. Tu auras 30 ans en… 2030 ? Comment ça sera à ton avis ? Tu y seras alors, ce jeune adulte, que l’on a envie de dessiner aujourd’hui, talentueux, confiant, se réalisant. Comme tous ces autres petits et petites, dont les sourires et les espérances, défilent sur cette page.

Un autre clic, et voilà Rachida, 40 ans, femme de ménage : « l’Education c’est avoir conscience », est-il griffonné en arabe sur une ardoise qu’elle porte. La légende explique que Rachida n’a pas eu la chance d’avoir appris à lire et à écrire. La bravoure du combattant est gravée dans son regard. Mes hommages.

La photo suivante présente Abdelkrim, 15 ans, « Attarbya ! Moustakbali, « Mon éducation, Mon avenir » a –t-il, lui, écrit. Bonne question. Comment ça sera demain ? Où veut-on aller ? Et surtout qu’est-ce qu’on est entrain de fabriquer?

Oui, on sait, on sait. Tout le monde connaît le problème et tout le monde en a marre de rabâcher une épuisante banalité, qui n’émeut plus grand monde, et qui sert de porte-bonne conscience dans quelques salons bienpensants : l’éducation est en faillite, l’ascenseur social est bloqué, la cohésion sociale désagrégée, on ne sait plus produire de valeurs, notre culture en ruine, le savoir, on va plus trop le chercher, et le livre, lire, le fameux « lis ! », agonisent, étouffent.

Marre des discours, du diagnostic. Que fait-on maintenant? Nous, ensemble. A quel moment doit-il se passer quelque chose, un déclic ? Un instinct de survie collectif, à quand ? C’est un peu ce que suggère tout sourire les contributeurs au projet « Education maintenant ».

Trouver le déclic : Est-il à notre portée, celle de notre pays, fruit d’une civilisation, qui a su, il y a longtemps (où alors je ne me souviens plus), rayonner par une société solidaire et transmettre du savoir ; croyez-vous qu’il soit à notre portée de produire une stratégie nationale intégrée, pour tout le monde-tout le monde tout pareil- dans laquelle on déroulerait des feuilles de routes concrètes et segmentées ?

1-L’Education, en activant une révolution pédagogique et une mobilisation coup de poing pour sauver la génération des tous petits, celle qui sera aux commandes en 2030  –rêvons, comme ça, à la louche : la qualité et la quantité des écoles, des cantines, des moyens de transports pour tous –au-delà du centre du monde : Casa-Rabat-, la manière d’enseigner, le contenu de l’enseignement, la production de joie de vivre, le civisme, le sens des choses, la morale, le respect, du bien-être, donner envie d’y aller, et aux parents l’espoir d’un avenir meilleur pour leurs enfants-

2-La Culture, (lambeau)

3-Le Livre et le Savoir, (page blanche)

4-Le Civisme (page noire)

5-Les Valeurs (On ne sait plus quoi écrire entre le proclamé et le vécu)

6-Le Sport pour tous (le vrai)

Sérieusement, nous savons fabriquer de super plans sectoriels qui, à peu près, fonctionnent, et où, à peu près, l’Etat et les entreprises jouent le jeu et progressent. Pourquoi la même méthode ne marcherait pas pour ce qui touche la chair de nos chairs : l’Education ? L’Etat et nous, ces gens, ces héros ordinaires, ces anonymes. On dit que les entreprises cherchent et ont du mal à trouver assez de jeunes qualifiés à recruter. Et on voit que plus d’un diplômé sur 5 chôme. Y a comme un pétard, chauffé par une démographie à dominante jeune et une urbanisation galopante, anarchique.

Rien de nouveau au Maghreb. Ces réflexions sont probablement d’une banalité affligeante. Mais de temps en temps, on se donne nous-mêmes de grosses claques, tellement grosses, qu’elles vous donnent du dépit, envie de pleurer, de crier, de faire quelque chose : de grèves en grèves, de rapports mondiaux sur le développement humain en incidents surréalistes, de comportements inqualifiables en accidents macabres, de manière de parler, aux manières de débattre (lorsque l’on prétend débattre), et d’année en année… On se fait mal, et franchement mal. La marque de la main reste longtemps, bien rouge, sur notre joue, nous chauffe à blanc la dignité, nous bastonne notre épine dorsale, et assèche un peu plus nos espérances.

Mais que nous arrive-t-il ?

Sur « Youtube », chercher « Education Maroc ». Les premières vidéos sont celles d’anonymes qui témoignent en image, de la situation. Le site Averty.ma a produit également une vidéo et fait parler quelques jeunes, là des professeurs en colère… Et c’est encore la même vieille chanson qui traverse les âges. Sur un autre site, une pétition pour la scolarisation des petites filles en zone rurale circule espérant trouver écho chez ceux qui peuvent accélérer la cadence, mais qui, pour des raisons qui échappent au bipède de sexe féminin de céans, n’accélèrent pas du tout cette cadence –si elle existe encore-. Peut-être est-ce ce gouffre, tellement béant, que les efforts de l’Etat ne sont pas visibles ?

En 2012, plus de 10 millions d’entre nous sont encore analphabètes, disent les statistiques officielles. L’école, cette pauvre école, ne produit plus d’espoir pour grand monde, bien qu’elle sache de temps en temps fabriquer quelques brillants profils, qu’on aimerait ériger, leurs professeurs et parents avec, en héros nationaux, tant c’est assimilé à un exploit.

Qu’est ce qui nous empêche d’inverser la vue ? Déployer une stratégie pour faire en sorte de rendre, au départ, les moyens et les moins bons, des bons ? Que l’excellence, ou ce qui s’y rapproche, devienne une stratégie de masse et non d’élite ? A l’anglosaxonne. Oui, surtout se garder de comparer… mais on ronge tout de même notre frein, quand on se promène dans les statistiques de la Turquie, ou de la Corée du Sud, quand on observe leurs courbes de progrès en 40 ans, et la fierté dégagée d’être ce qu’ils sont.

Le regard, flotte un instant, rêveur. Que n’étions-nous tous instruits, pareils, cultivés, éduqués pareils, brandissant ensemble, et avec tant de fierté notre identité marocaine que nous aurions gagné bien des points de croissance et peut-être même un Prix Nobel en littérature et un autre dans les sciences ? Rêve de lumière.

Rhimou, croise ce rêve. Non, Rhimou, habillée à la chamalya, vit à Moulay Abdeslam, et sa photo figure également dans cette chaîne humaine. « Education, pour nos enfants, un avenir » écrit-elle de son cœur, dit la légende. Oui Madame, notre avenir, parlons-en. Décidons de notre direction. Est-ce si impossible, inaccessible, que cela ?

Sur la page, des dizaines et des dizaines d’autres visages, de compatriotes, d’un peu partout, souriants, portant le même message, délivrent cet appel : Education, Attarbya ! Une stratégie svp. Oui svp, une stratégie. Vite.

« Cette initiative est née spontanément. La démarche, explique-t-on, s’est construite sans prétention, ni velléité aucune. Que le message passe est déjà pour nous un progrès. ». Et oui on en est là : la victoire de faire passer le message et espérer catalyser notre responsabilité, nous, société, et la converger avec les efforts de l’Etat, vite.

Education maintenant, oui maintenant, vite, urgence, warning, sos, au secours, wa l3adaaaw.

Me voilà également prise d’appel au secours également, sans prétention. Je rejoins la chaîne et poste ma photo dès ce soir –en essayant de garder le sourire-.

 

Par Rahma Aboubrahim