La défaillance du féminisme « modéré » Nov29

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La défaillance du féminisme « modéré »

Le présent billet est en partie une réponse à Samia Haimoura pour son article “Défaillance du féminisme islamique”. Très sensé dans son analyse, l’article m’a conquise au début, mais la conclusion m’a laissée confuse.

Selon les propres mots de l’auteure : “Je ne prône pas une égalité entre homme et femme, je crois fermement qu’il existe une différence fondamentale entre les deux gentes qu’il faut savoir reconnaître et respecter. C’est ce que j’appelle un féminisme modéré, voire rationnel.”

Pourquoi avoir peur de l’égalité? Pourquoi la rejeter? N’est-ce pas tomber dans le discours même de ses adversaires que sont les féministes islamistes? En quoi l’idée de l’égalité est-elle excessive ou irrationnelle? De quel féminisme parle-t-on?

À mon avis, des précisions s’imposent, et je compte les étayer le plus fidèlement à ma pensée.

L’égalité n’est pas l’uniformité

L’égalité, c’est tout simplement l’accès aux mêmes droits et libertés pour tous, sans distinction de sexe, de couleur ou de handicap. Tout individu est particulier, différent, mais il a droit en sa qualité d’être humain aux mêmes droits que tous. D’où vient que l’on entend criser des dents dès lors qu’il s’agit de l’égalité homme-femme ?

Les réticences ont des racines culturelles évidentes. Néanmoins, les détracteurs de cette idée s’appuient souvent sur l’amalgame désuet entre égalité et uniformité. On s’inquiète pour la « féminité » de la femme qui va en vrille, encore faudrait-il la définir ? On dépeint l’aube d’une société asexuée comme un cataclysme certain, cela ne serait même pas possible dans l’oeuvre de science-fiction la plus loufoque… On use et abuse de l’amalgame, déformant ainsi le concept d’égalité et le vidant de tout contenu.

Dans l’article précité, l’auteure insiste sur “le respect des différences”. Définissons les différences entre hommes et femmes sans confusions ni fantaisies. Il existe une différence de base, claire, reconnue par tous, elle réside dans les fonctions de reproduction. Le problème réside dans les constructions culturelles qui s’imbriquent dessus, dénaturent le naturel, couvrent le culturel de naturel et de nécessité. Ces constructions prennent racine dans un défaut de compréhension des rôles de reproduction entre homme et femme, incompréhensions ancestrales qui, s’étant perpétuées, n’ont plus été questionnées ni repensées.

Ainsi, d’une différence de base, minime, a été extrapolée une autre disctinction purement culturelle, qui dans une société patriarcale prête à la femme toutes les qualités passives et immanentes, à l’homme toutes les qualités actives et transcendantes, toutes les valeurs de prise sur le monde. Il y a là un hiatus, un arbitraire, et c’est sur ce champ-là qu’agit la pensée féministe.

Notons ceci : De manière générale, la différence n’empêche en aucun cas l’égalité. Par ailleurs, il y a le biologique et il y a le culturel, prenons garde à ne pas outrageusement mélanger les deux, et gardons notre esprit critique en éveil.

Le féminisme est un humanisme

Contrairement à ce qu’on pense, le féminisme est un humanisme. C’est une déconstruction des figures sociales masculines et féminines au profit de l’humain d’abord et avant tout. L’une des maximes les plus célèbres de  De Beauvoir, en prélude à la deuxième partie du Deuxième Sexe, est : « On ne nait pas femme, on le devient. » Beaucoup crieraient au scandale à la lecture de cette ligne ; « on veut viriliser la femme ! », dira-t-on, autre a priori quand on parle de féminisme. Il faut suivre le cheminement du texte pour réellement comprendre. Le mot « femme » désigne ici la figure sociale et tous les stéréotypes qui lui sont rattachés, cette figure est un produit purement culturel, elle n’a rien d’inné et elle est souvent limitative pour les femmes dans les sociétés patriarcales.

C’est vrai que beaucoup de débats ont étés suscités, au sein de mouvements féministes même, autour du terme « féminisme ». Il renverrait, pour certains, à un communautarisme. Il serait, pour d’autres, réactionnaire. Mais il faut savoir que le néologisme « féminisme » est l’innovation d’un homme, Charles Fourier. Je dirai que c’est là plus un problème de forme que de fond. Dans l’absolu, oui, je me dirais antisexiste, mais actuellement et dans un contexte tel que le nôtre, je me dis, et sans gêne, féministe.

Enfin, le féminisme est un humanisme car c’est un antisexisme, car il affirme l’égalité, oui l’égalité, sans distinction de genre.

Osons, osons, féministes !

Pour bien contrer ses adversaires, mieux vaut ne pas les caresser dans le sens du poil. Tout le fonds de commerce des féministes islamistes (si féminisme il y a) est de rejeter l’égalité au nom de sacro-saintes méprises, en grossissant et en défigurant l’idée même.

Le féminisme marocain est une lutte, née d’une nécessité sociale et culturelle, s’étendant sur des décennies, dont l’héritage ne doit pas être négligé et dont la continuité est toujours assurée. De grâce, ne tombons pas dans le piège de la “modération”. Il y a modération et modération. La modéraion dans les méthodes, les manières de communiquer les idées est une modération que je comprends et soutiens. Par contre, de quelle modération parle-t-on lorsqu’il s’agit d’un droit légitime, incessible ?

Il y a l’égalité et l’inégalité, il n’existe pas de nuances entre les deux et il n’y a pas d’exceptions à faire sur la question de la femme.

 

Par Fedwa Ghanima Bouzit