Marocaine et PAS fière de l’être ! Déc05

Tags

Related Posts

Share This

Marocaine et PAS fière de l’être !

Je suis la première à le regretter, mais je suis devenue au fil du temps et des désillusions incapable de revendiquer ma marocanité avec fierté.

En effet, et au risque d’imiter Hollande avec sa célèbre anaphore « moi président » :

– Je ne suis pas fière d’être marocaine dans un pays où des hommes disent « lmra » suivi d’un « hachak » insultant en parlant de leurs épouses.

– Je ne suis pas fière d’être marocaine quand siège une seule femme au gouvernement. (et Dieu sait que les compétences féminines ne manquent pas).

– Je ne suis pas fière d’être marocaine là où une justice absout le violeur lorsqu’il fait amende honorable en épousant sa victime. QUELLE ABERRATION ! Et notre Ministre de la famille qui enfonce le clou…

– Je ne suis pas fière d’être marocaine lorsque mes concitoyennes risquent leur vie par milliers en recourant à des faiseurs d’anges, faute de bénéficier d’un avortement médicalisé.

– Je ne suis pas fière d’être marocaine dans un pays où les filles mères ou mères célibataires sont traitées comme des parias, parfois emprisonnées et où les pères ne sont même pas contraints par la loi de reconnaître leur paternité et d’assumer leurs responsabilités.

– Je ne suis pas fière d’être marocaine quand nos rues sont envahies par des hordes de mendiants, souvent professionnels, et d’estropiées, parfois simulateurs. Que fait notre gouvernement pour contenir ce flot de misère ?

– Je ne suis pas fière d’être marocaine dans un pays où le malade indigent doit filer un bakchich à l’infirmière pour la consultation, payer son IRM, apporter le consommable nécessaire à son opération et se faire livrer son repas par ses proches pendant son hospitalisation. Et s’il n’arrive pas à se débrouiller pour tout ça, qu’il crève !

– Je ne suis pas fière d’être marocaine dans un état où les policiers se permettent d’interpeller et de demander son acte de mariage à un couple juste parce que celui-ci admire le coucher du soleil sur la corniche, main dans la main.

– Je ne suis pas fière d’être marocaine lorsque nos fillettes dans le monde rurale sont contraintes d’abandonner précocement leur scolarité et sont acculées à travailler comme domestiques ou plutôt esclaves dans les grandes villes.

– Je ne suis pas fière d’être marocaine quand des nantis pillent impunément les ressources du pays depuis plusieurs générations au détriment encore une fois du peuple qui crève de faim.

– Je ne suis pas fière d’être marocaine dans un état qui s’obstine à mener une politique de l’éducation schizophrène: vous étudiez du primaire au lycée en arabe et après le bac vous basculez dans des études supérieures en français. Ca nous fait des légions de diplômés chômeurs que le secteur public n’a pas les moyens de recruter et que le privé recale en raison de la langue. Alors arabisons jusqu’au bout messieurs ou faisons marche arrière sur cette politique qui a démontré ses conséquences calamiteuses!

– Je ne suis pas fière d’être marocaine lorsque notre nation est classée 130ème (sur 177)  dans l’indice du développement humain avec près de la moitié de la population analphabète.

– Je ne suis pas fière d’être marocaine dans un pays où le nouveau code de la route n’a pas permis de réduire les accidents et les hécatombes, mais plutôt encouragé certains policiers à revoir à la hausse leur « tadwira »…

– Je ne suis pas fière d’être marocaine quand nos belles plages deviennent des décharges publiques à ciel ouvert parce que les familles laissent derrière elles, systématiquement et sans état d’âme, les bouteilles et sacs en plastique, les épluchures de légume, les emballages de biscuit etc… Boundif, tu parles !

– Je ne suis pas fière d’être marocaine quand je suis au volant et que chaque petit trajet s’apparente à un véritable parcours du combattant : éviter le nid de poule, la karouila qui se faufile à droite, le chauffard de taxi qui brûle le feu, le bus qui déboule en trombe faisant fi du stop, les piétons qui traversent comme des demeurés, la bourge dans son 4X4 qui stationne en 4ème position pour chercher son rejeton à l’école etc…

Bon je m’arrête là. J’ai dû omettre beaucoup de points. Ca me reviendra et je suis sûre que vous pouvez compléter la liste. Je devine les réactions de certains : le Maroc on l’aime ou on le quitte, le modèle occidentale m’obnubile, mon éducation laïcarde a déformé mes prismes, etc…peut-être…

Mais les constats sont là, les chiffres encore une fois nous accablent, notre société est malade, le printemps arabe gronde toujours à nos portes.

Alors soyons humbles et intelligents, benchmarkons: observons autour de nous, prenons ce qui se pratique de mieux de part le monde en terme d’éducation, culture, santé, justice, civisme, environnement, droits de la femme… et essayons de l’appliquer un peu dans notre pays. Chacun d’entre nous à son niveau. Ce ne serait pas renier ce que nous sommes. Nous disposons de beaucoup d’atouts, nous avons les capacités de relever ce défi. Je me refuse de croire que c’est comme ça. Je voudrais un jour être fière d’être marocaine. Ou du moins que mes enfants le soient.

HIND FASSI