La mort de Socrate Déc18

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La mort de Socrate

Ce que je crains le plus c’est de me réveiller un matin et de trouver que tout cela soit normal…

Aucune fibre en moi ne réagira aux événements que des fous provoquent et que des menteurs, à leur solde, présentent comme légitimes. Cela peut commencer par ce papier que l’on attend pendant une semaine au pot de vin versé pour l’obtenir, à ces voitures qui explosent dans les marchés, aux meurtres planifiés et exécutés froidement par une armée étatique contre des civiles. C’est l’indifférence administrée à dose homéopathique trois fois par jour avant les repas. Cela ne s’est pas fait en un jour. Mais, aujourd’hui, les moyens de désinformation ont exacerbé ce sentiment de peur qui cloue chacun à sa place.

Où sont ces gens qui ont défendu leurs convictions au prix de leur vie ? Je sais que le monde s’est fait en opposition à toutes les idées révolutionnaires. Mêmes les découvertes scientifiques ont été mal reçues et ont provoqué la mort de leurs auteurs avant d’être détournées du bien qu’elles auraient pu apporter à l’humanité, mais utilisées contre elle. D’où viennent nos idées ? Quels sont les moyens que nous avons pour réfléchir ? Quels sont les éléments objectifs que nous avons pour prendre ou pas une décision ?

Chomsky écrivait que la plus grande réussite de la bourgeoisie est d’avoir persuadé les gens que ses idées sont celles de la majorité. Mes idées sont elles celles de la bourgeoisie ? Mais dans ce fatras de concepts qui couvre le monde de quelle bourgeoisie parle-t-on ? Et le manque de crédibilité des moyens d’information, des partis politiques, de l’école et de tous les relais du savoir qui ont fini par imposer l’indifférence ! Tout, aujourd’hui, montre que les idées de la bourgeoisie ont échoué ? Ou bien est-ce cela qu’elle voulait ?  Personne ne vote, personne n’ose plus critiquer une décision politique ou économique ; qu’il y ait des guerres partout dans le monde cela paraît normal. Quand, il y a quelques années encore, les guerres d’Algérie, du Vietnam ou l’invasion de la Tchécoslovaquie mobilisaient tout ce qui comptait d’étudiants, d’intellectuels et d’ouvriers dans le monde. Maintenant, les Occidentaux défendent leur territoire en Afghanistan et en Irak ; les Islamistes défendent leur religion aux USA. Les Israéliens investissent leur Terre Promise et celle qui ne l’est pas contre des femmes et des enfants désarmés? Tout cela sans que le monde réagisse pour arrêter les massacres. Savonarole a pris toutes les nationalités, les revendications religieuses ont escamoté les revendications économiques et politiques puisque rien d’autre que la religion ne peut plus mobiliser les foules. Tout cela sans que les peuples sachent le pourquoi et le comment réels de ces guerres. Ils défendent leur gouvernement, comme on défend l’équipe de foot de son quartier, non parce qu’elle joue bien mais parce qu’elle est du quartier.

La lutte a toujours porté sur la détention du savoir, de la connaissance et de l’information. Celui qui détient ces trois choses, détient le pouvoir. Les dieux et les hommes, à travers une histoire qui se répète, n’ont fait que punir ceux et celles qui veulent les acquérir. Prométhée, bien qu’il ait utilisé la ruse pour voler le feu à Zeus,  fut puni et l’humanité avec lui par la curiosité de Pandore. Adam chassé du paradis du Dieu monothéiste à cause de la curiosité de Eve. La connaissance serait-elle le privilège du Diable ?  « Le diable n’est-il pas le plus vieil ami de la connaissance ? », comme écrivait Nietzsche dans « Par delà le bien et le mal ». Ce que Nietzsche oublie c’est que le diable est venu dans les bagages des religions monothéistes. Ce n’est pas lui qui a condamné Socrate à mort mais bien cinq cents juges athéniens. Il a été accusé d’iconoclastie et corruption de la jeunesse. La volonté démocratique de la majorité a eu raison du philosophe. Socrate avait le choix de se renier ou de boire la ciguë, il avait choisi la mort.

Dans ces situations de survie où l’être humain se trouve confronté à des choix difficiles : soit il perd son humanité et devient une bête qui défend sa vie par tous les moyens qui s’offrent à lui, soit il garde son humanité, agit selon des valeurs du respect de soi et de l’autre et vit et meurt dignement ; soit il cède à la peur et une fêlure apparaît. Serions-nous tous fêlés ? Tout ce qui est nouveau perturbe l’ordre établi et remet en question les idées sur lesquelles  la société  s’est construite. C’est une révolution. Ce mot a toujours fait peur.

Qu’est-ce  cette révolution ?

C’est ce mouvement qui oblige les hommes à aller à contre courant de leurs idées et de leurs intérêts immédiats pour changer une situation en meilleure qu’elle n’est. La stagnation et les situations sécurisées bloquent l’évolution de l’humanité. À force de chercher la sécurité, l’homme finit par ne plus s’aventurer hors de cet univers connu qu’il répète à satiété. Est-ce cela la pensée de la bourgeoisie qui dirige le monde ? Mais il y a toujours eu des hommes et des femmes qui ont empêché le monde de tourner en rond bien que la rotation et la révolution soient l’une des causes de la mort de Bruno Giordano, de Galilée  et de Copernic.Si en 1992, le pape Jean Paul II a prononcé un mea culpa et a réhabilité Galilée, d’autres penseurs restent dans l’oubli et leur réhabilitation ne risque pas de venir de si tôt. Al Hallaj et Faraj Fouda continuent à être tenus dans l’oubli.

Pire, on assassine encore tous ceux qui pensent différemment, la connaissance continue à faire peur. Il faut se taire et faire taire toutes les voix discordantes. On doit penser tous la même chose, porter le même costume, manger la même nourriture et avoir le même visage ! La situation actuelle du monde  ne permet à personne d’exprimer une idée ou une critique contre qui que ce soit ou quoi que ce soit. L’esprit critique a été étouffé. Et le malheur ce n’est plus l’Etat et ses institutions répressives qui s’occupent de juger et de punir les réfractaires ; non, ce sont les simples gens ou leurs associations qui manifestent contre ce qu’ils considèrent être répréhensibles. N’importe qui, aujourd’hui, peut s’ériger en guide pour montrer le droit chemin aux autres. C’est une insulte à l’intelligence humaine que de se croire le seul détenteur de la vérité absolue ou le guide suprême de la nation. Et c’est, peut-être, cela qu’on appelle démocratie.

 

Par Un homme