Lettre d’une immigrante d’intention Déc19

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Lettre d’une immigrante d’intention

Rabat, le 18 décembre 2012

 

Chère Aude,

Aujourd’hui, j’ai appris que tu étais quelque part dans un village du moyen Atlas, vivant parmi les amazighs qui t’appellent Aïcha.

Te souviens-tu de notre conversation, dans la maison n°1 aux Oudayas? Je t’avais demandé ce que tu voulais faire dans la vie, tu m’as répondu que tu ne savais pas, tu m’as aussi dit que tu n’avais pas les moyens de vivre, ce pourquoi tu appréciais la générosité et l’hospitalité des gens ici.

Aujourd’hui, je suis allée pour la deuxième fois à l’ambassade du Canada pour demander un visa, afin d’étudier dans ton beau pays, celui dont tu m’as parlé si souvent.

Aujourd’hui, pour la deuxième fois, on m’a refusé pour motif : risque d’immigration et pourtant ce n’est pas le cas, ou alors toutes les personnes qui voyagent sont des migrantes potentielles.

La vie est injuste, entre toi et moi, tu peux aller où tu veux, quand tu veux et pas moi. La différence entre nous est l’inégalité entre deux nations, deux mondes, un développé et un dit du « tiers monde ».

Contrairement à toi, je sais ce que je veux et j’en avais les moyens. Je voulais étudier pour mon engagement que j’ai mis sept années à cultiver, je voulais vivre près de mon cœur, dont je suis incapable de me séparer, je voulais à travers cette expérience, voyager dans les contrées américaines. On m’a renié ce droit, bien que j’aie les moyens requis pour en bénéficier, un droit conditionné, tu imagines ?? Un droit inhérent à la personne, à savoir : Circuler librement sur Terre, un droit sur lequel l’histoire de l’humanité s’est construite, la mobilité.

Chère Aïcha, pourquoi, je ne bénéficie pas de mon droit à voyager et à étudier ? Ne suis-je pas égale à toi ? Peut être a-t-on vu en moi une menace et pourtant je n’en suis pas une. Peut être a-t-on vu en moi une personne plus utile dans son pays, mais qui peut prétendre que je le suis, et d’ailleurs, n’est-ce pas à moi de choisir ?

« Welcome » n’est visiblement pas une notion appliquée pour tous. Alors ne m’en veux pas si j’ai ce ressenti envers toi, Aude, je ne comprends pas pourquoi je devrais t’accueillir à chaque fois, si chez toi, je ne suis jamais accueillie. Tu me diras que j’ai tord et que ce n’est pas de ta faute, chose que je sais, mais c’est ainsi, plus fort que moi. J’ai besoin de temps pour comprendre ce qu’est la vie et le combat pour la justice et la dignité que les nations prônent, y compris la tienne.

 

Aïda l’immigrante d’intention

Par Aida Kheireddine