Lâcher prise, c’est dire oui à la vie Déc21

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Lâcher prise, c’est dire oui à la vie

Touria est une jeune maman cadre hyper impliquée dans sa vie et dans la vie des autres. Touria a besoin de tout contrôler, de tout connaître, de tout maîtriser. Touria dépense une énergie monstre à vouloir s’assurer de tout, au détriment de sa quiétude.

Lors de notre première réunion, c’est à peine si elle ne m’a pas donné une to-do list. « Ca t’arrive de lâcher prise, Touria?

  • Je voudrais bien. Je suis lassée et je sais que je suis trop exigeante de moi et des autres« .

C’est une bonne entrée en matière pour un coaching individuel. Elle a besoin de lâcher prise.

 

Que faut-il lâcher, en fait?

Lâcher prise tout le monde en parle, mais c’est l’Arlésienne. Peu savent ce que c’est. L’expression est tellement galvaudée qu’elle est réduite à signifier calme ou zen.

Avant d’apprendre à lâcher prise, allons voir de quelle prise s’agit-il? C’est la « prise » que représente notre ego et notre représentation de nous-mêmes nourris par nos convictions, nos croyances et, aussi, nos ressentis. Lâcher prise me rappelle, toujours, « Débranche » (titre d’une célèbre chanson de France Gall): abandonner l’illusion de toute puissance et accepter ses limites.

 

Défi de rester dans l’ici et maintenant 

L’être humain construit sa vie à coups de « si » et de « quand » et la régit par ce qui « devrait être » et « aurait pu être« . Des personnes, comme Touria, qui veulent tout contrôler, vivent dans le passé ou le futur, avec le lâcher prise, elles apprennent à être dans l’ »ici et maintenant« , le présent.

Touria reproche aux autres de ne pas faire autant qu’elle. Du coup, elle fait tout, toute seule. Tous ceux qu’elle côtoie en ont pour leur grade : son mari, qui ne s’occupe pas très bien de la maisonnée, ses enfants qui n’ont pas de bonnes notes, ses collaborateurs qui sont des fainéants, son patron qui lui délègue tout.

Face à ce « néant« , Touria est « obligée d’intervenir et de prendre les choses en main, si non, c’est l’échec assuré« . Heureusement, qu’elle est là leur « sauveur« , elle est toujours là pour éviter les « cata« .

Touria dirige, tout le temps, sa colère vers des détails qu’elles considèrent comme « hyper importants« , mais qui paraissent futiles pour les autres. Ce décalage dans l’appréciation entretient, en elle, une colère permanente qui la mine et envenime sa vie. C’est justement la raison pour laquelle elle s’est dirigée vers le coaching: « je n’en peux plus. Je me sens épuisée et j’ai de plus en plus de problèmes avec tout le monde, y compris mes propres enfants. J’ai besoin de comprendre. »

 

Zone de contrôle versus zone de préoccupations inutiles

À la fin de la troisième séance, j’ai demandé à Touria de préparer, chez elle, la liste de toutes les tâches qu’elle estime devoir faire. Lors de la séance suivante, je lui ai donné deux marqueurs : le jaune pour surligner les tâches qu’elle contrôle et le bleu celles qu’elle ne contrôle pas.

Au début, elle a beaucoup hésité. Car elle est encore pétrie par l’idée de la toute puissance et du devoir : non seulement elle peut les faire, mais elle doit les faire ! Après quelques négociations en monologues, car j’ai refusé de répondre à ses questions, à ses interrogations et à quelques pics de colère, elle a commencé à « colorier » sa page.

Il y avait, bien entendu, plus de jaune que de bleu. Pendant cet exercice, Touria était en prise avec ses conditionnements les plus ancrés. Nous sommes, tous, victimes de nos pensées limitantes. Or, nous pouvons changer ces pensées, car elles sont le fruit de notre décision. « J’ai appris que si je ne fais pas moi même les choses, elles ne seront jamais faites!, » m’explique Touria.

  • tu es sûre, « jamais faites ». tu dois, donc, être sur plusieurs fronts en même temps pour faire ce que doivent faire ta fille, ton fils, ton mari, tes collaborateurs, ton patron. Wao, comment tu fais?
  • Non, je ne veux pas dire que je tout fais leur travail. Mais, ils ne vont pas bien le faire. 
  • Comment?
  • Par exemple, mon fils. Si je ne travaille pas avec lui ses devoirs, il n’aura jamais ses 18 en maths. »

Touria court, toujours, derrière des « 18 » pour tout le monde. Et comme parfois, certaines personnes ne sont pas intéressées par ses « 18« , comme son fils, qui veut faire une école des beaux arts, elle souffre, elle s’énerve, elle s’irrite, elle engueule, elle se fâche.

« Je n’ai plus plaisir à rien, » lâche-t-elle. C’est normal, quand on concentre son énergie pour changer des choses que l’on ne peut pas changer, on se sent épuisé, vidé, fatigué, incompris et, parfois même, révolté. La frustration gronde et l’on perd goût à tout. Et le sauveur devient « victime« .

Comme nous ne pouvons contrôler ni les actes, ni les pensées des autres, nous devons accepter les autres tels ils sont plutôt que vouloir les changer ou même les «sauver». « Si tu laisses ton fils travailler seul, il aura de bonnes notes en maths, grâce à la confiance que tu lui as manifestée« .

 

Accepter pour vivre heureux

Pourquoi heureux? Parce que tout simplement, on accepte ses limites et on accepte de regarder les autres tels qu’ils sont et non tel que nous voulons qu’ils soient. Touria était Atlas qui portait le monde sur ses épaules.

En acceptant qu’il y a des choses qu’elle ne peut pas changer, elle a commencé à faire le deuil d’une croyance enracinée en elle : être parfaite, tout réussir et toujours plaire aux autres.

Grâce au lâcher prise, Touria a, désormais, une présence nouvelle. Elle accepte de «laisser les choses s’accomplir», en acceptant la réalité des choses et de ceux qu’elle côtoie.

 

Retrouver sens à sa vie

En acceptant de lâcher prise sur ce qu’elle ne contrôle pas, Touria a trouvé le sens qui fera palpiter sa vie. Au fil des séances, Touria s’est libéré de la prison où elle était emmurée par ses croyances limitantes et par ses préjugés sur les autres. Je l’ai aidé, également, à fixer des objectifs « smarte« : réalistes et réalisables. Avant, elle demandait plus à tout le monde, ce qui les met, tout le temps, en situation d’échec. Résultat : eux, ils sont démotivés et elle en colère.

« Si je n’ajoute pas ce petit chouya, personne ne fera d’efforts. Il le faut.

  • pourquoi?
  • Pour qu’ils donnent plus
  • Plus que quoi?
  • Plus que ce qu’ils doivent donner.
  • Donne-moi un exemple.
  • Un des commerciaux est désordonné. Alors, je lui demande de venir une demi heure avant tout le monde pour qu’il puisse ranger son bureau.
  • Et lui, ton collaborateur, comment il prend cela?
  • Bien sûr, très mal. J’ai essuyé deux départs, cette année.
  • Est-ce que la « désorganisation » de ce collaborateur a un impact sur la qualité de son travail et sur son chiffre d’affaires?
  • Non. Mais, il faut voir son bureau!!!
  • Est-ce qu’il s’est plaint de son manque d’organisation?
  • Non.
  • Est-ce que ses autres collaborateurs se sont plaints de son manque d’organisation?
  • Non. »

Je me suis tue. J’ai continué à prendre mes notes. J’ai laissé Touria livrée à elle avec ce que cet échange a éveillé en elle. « Oui, c’est vrai en quoi cela me regarde? » dit-elle en se parlant. Je n’ai pas voulu intervenir. Touria se confrontait, prenait du recul par rapport à ses petits « chouya ».

Avec ce travail, Touria a commencé à apprécier « l’instant présent« , notre ici et maintenant. Elle ne ressasse plus son passé. Elle a accepté de construire son avenir à partir de l’ici et maintenant. Et non pas, comme elle le faisait à partir de ses expériences passées. Elle a compris qu’il est vain et même dangereux de chercher à changer des choses sur lesquelles elle n’a aucun pouvoir.

 

« Le lâcher prise, c’est dire oui à la vie », titre de livre de Rosette Poletti et Barbara Dobbs.

 

Par Nezha Hami Eddine