Anefgou ou la mort subite du nourrisson Déc24

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Anefgou ou la mort subite du nourrisson

Un pays qui laisse ses enfants mourir de froid, quel horizon peut-il regarder encore ?

 

 

Un enfant n’est pas toujours heureux

Il a parfois peur

Il a froid

Il marche nu pieds

Dans la boue

Ou bien le sol sec

Enroule un plastique

Sur la tête

Autour de la poitrine

Comme matière de jute

Plastique, comprenez

Carbonne hydrogène

Oxygène azote

Souffre et silicium

Il tend sa main vers le feu

D’une bouilloire noire d’années

Trouve refuge devant

Un pot d’échappement

Je l’ai vu cet enfant

Habillé de restes

De sacs

Matière plastique

Pétrole

Il a parfois la peau sur les os

Le regard si affamé

Un autre enfant a des roues

A la place des pas

Un autre jamais ne soulève la tête

L’autre ignore tout du monde

Les enfances ne se ressemblent pas

Le son de la harpe n’est pas toujours

Au rendez-vous

Les lits doux le chocolat

Et les bras ouverts

Il y a des poupées en porcelaine

D’autres à la vanille

En tissu

Il y a aussi des croix de bois

Ou celles dans le rêve

D’une petite fille

Au visage gercé de froid

Il y a des béquilles

Des fauteuils roulants

Des attèles articulées

Des sourires de toutes les formes

Et beaucoup de larmes

De yeux ouverts

Sur rien

De petits doigts

Qui creusent la terre

Tirent l’eau du puits

De visages noirs de graisses

Petits mécanos

A Saint Paolo

Aux douars

Et ailleurs dans le monde

De petites mains cousent

Des ballons

Pour celui qui gagnera le ballon d’or

Ils cousent la nuit au jour

Pour un bol de riz

Il y a des enfances déchiquetées

Par d’injustes naissances

Elles ne se ressemblent pas toutes les enfances

Les enfants ne sont pas tous heureux

Mais tous savent sourire

A l’infamie du Temps

Même ces nourrissons morts de froid à Anefgou

Tamalout et alentours

Le Haut Atlas ce n’est pas du vin

Des olives et des tagines fumants

Des tapis et des bijoux

Ce sont aussi des enfants

Qui crachent du sang

Et meurent

 

 

Siham Bouhlal