Tais-toi! Jan02

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Tais-toi!

Quand tu sors prendre ta tasse de café et qu’une bande de gnaouis te martèlent les oreilles pour un dirham, tais-toi !

Quand tu te fais traiter de pute par une mendiante, faute de donner un dirham, tais-toi !

Quand le chauffeur de taxi te demande, en te déposant tard le soir, de lui donner plus d’argent parce que toi tu en gagnes facilement, tais-toi !

Quand un homme te dit de te marier pour avoir un enfant et que les hommes finissent toujours par venir et partir, tais-toi !

Quand un autre t’explique qu’une femme qui met une mini-jupe est une femme qui s‘exhibe et mérite tout, tais-toi !

Quand tu vois deux filles, âgées d’à peine de 18ans, se faire tirer et agresser par une vingtaine de jeunes enfants d’à peine 14 ans, n’arrête pas ta voiture et tais-toi !

Et si tu ne veux pas te taire, hurle et dis aux gnaoui qu’ils te martèlent les oreilles, alors que les autres habitués du café te disent du regard que tu perds les pédales.

Crie pour dire à la mendiante qu’on se prostitue tous et chacun à sa manière et que toi tu n’achètes pas ton plaisir dans l’au-delà.

Crie, encore plus fort, pour faire comprendre au chauffeur de taxi que tu ne paieras rien et que cette affaire se réglera au commissariat de police.

Et pour les jeunes filles, descends de ta voiture, va vers elles et pleure après dans ton coin parce que cette société ne produit plus que des enfants victimes et bourreaux.

Rugis et explique au bonhomme que tu es un être entier et hurle encore et encore!

Et si, après des années de cris et de hurlements, tu trouves encore de l’énergie et de l’espoir pour vivre alors tu es une championne.

Ou sinon, tais-toi. Fais-toi petite. Disparais de la nature et éclipse-toi. Pars discrètement dans ton ailleurs. Cultive une indifférence née de trop de sensibilité et suis le conseil d’un ami qui te dit : « économise tes énergies ».

Moi, je n’ai rien à économiser. Et c’est parce qu’un grand nombre les a économisées que je me retrouve, aujourd’hui, obligée de hurler, de crier, de faire chier les gnaouis, les mendiants, les chauffeurs de taxi et jusqu’au dernier de ceux qui me font chier quotidiennement…

 

Par Majda Saber