J’ai fait un enfant toute seule! Jan16

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J’ai fait un enfant toute seule!

Dans notre société névrosée, une trentenaire célibattante certifiée est une prostituée en quête de chaire rassie, une malheureuse obsédée par les rituels de la magie noire, ou une pseudo féministe entêtée aux orientations sexuelles très douteuses. Selon les normes biscornues de notre communauté machiste, une femme ne peut exister, subsister ou respirer sans homme. Ce mâle devient un passeport national agrégé pour aborder les providences de la vie, chevaucher les péripéties névrosées d’une société hybride, dompter les réprimandes d’une audience totalement paranoïaque et procréer un bataillon de rejetons schizophrènes et détraqués. Alors une trentenaire célibattante et enceinte : c’est le hallelujah suprême pour franchir les portes des enfers !!

J’ai appris que j’étais enceinte de deux mois par mon médecin. Les particules temporelles de l’espace s’étaient paralysées, le hélium des atmosphères s’était rétracté et les charges électriques des foudres avaient éclaté. Ma raison bouillonnait d’amertume et bataillait hardiment avec mes esprits, partagés entre la pression sociale, sa sagesse immorale et l’affection d’une mère pour son bébé. J’étais affligée par cette nouvelle. Je ne savais pas qui renverser farouchement avec ma voiture, qui abattre brutalement de sang froid…

Je portais un petit chérubin dans mes entrailles débauchées, qui témoignaient encore de mes nuits folles avec mon pervers de Salim . Il est assez complexe dans sa composition pour m’épouser. C’est un homme déréglé par le temps, détraqué par la malchance et brouillé par son existence. Il répond parfaitement aux théories contournées de Nietzsche dans  » la généalogie de la Morale », attestant profusément que le mariage est incompatible avec les philosophes. C’est pas un homme à marier, ni un homme qui acceptera de se marier sous la contrainte. Du coup, deux alternatives s’offraient à moi, avorter ou accoucher !!

Je croyais vivre seule, je me préparais à la vie seule, mais me voici entrain de la vivre à deux. Quelle immense difficulté que de vivre à deux ! Et quelle immense difficulté que de devoir prendre un choix pour deux ! Un choix d’une obscurité profonde et tellement infinie. Après avoir absorbé plusieurs Burges, et visionné les derniers épisodes de Gilmore Girls j’appelai Salim pour le rencontrer. Après un long silence, qui sans doute était destiné à me faire comprendre qu’il était hors de question qu’il assume cet enfant, il rétorqua froidement  » Es tu sure qu’il est de moi? Dans tous les cas il faut avorter rapidement ». À ce moment, tout ce qu’il y avait de beau en cet homme disparut brusquement.

Je me sentais mourir d’affliction, pacque j’eus la bêtise de m’en enticher. Quelle vie éprouvée que j’allais passer avec un homme tel que Salim, un visage déloyal, une âme doucereuse, et un esprit insidieux ! Je l’ai averti que j’allais garder son enfant, et qu’on aurait peut être été heureux à trois. En sortant, j’épurais ma mémoire des courts moments pendant lesquelles j’avais aimé Salim, ou il m’avait peut être aimée… Je n’avais plus qu’une pensée en tête : c’est la dernière fois que je croise son sourire chancelant et que je tolère ses caprices de libertin dissolu.

La citation de Rousseau  » Renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs  » retentissait dans mon esprit déterminé et altéré par l’amertume. Faut-il vraiment renoncer à ses désires pour honorer les convenances sociales d’une société schizophrène? Faut-il vraiment tuer son enfant pour respecter les concordances communautaires d’une société malade? Faudrait-il vraiment s’ asphyxier au zinc pour étouffer le hchouma absolu?

Finalement, Qu’ai-je fait de si grave qui donne aux gens le droit de me juger? Au bout du compte, les paroles de Salim venaient d’éponger mes acrimonies dans mon for intérieur. Je n’allais pas renoncer à ma liberté, renoncer à mon droit d’être mère, renoncer à mes choix, et renoncer à mes inclinaisons de femme libre et autonome. Je n’allais pas réjouir les mœurs soulées par l’hypocrisie sociale, et grisées par les disjonction amorales.

Qui allait finalement juger mes agissements? Salim un pervers dissolu à la quête de vagins opprimées? Sa famille de Ben, pseudo-arriviste? Mon voisin Mehdi, partagé entre la prière du vendredi et le tour des bars louches le soir ? Ma collègue Rokia, vierge vénérable mais sodomisée à ses heures perdues? Mon cousin Ahmed, qui trompe sa femme avec la secrétaire du midi ? Ma copine Rita, qui parsème les pattes Al Dente de son copain avec des talismans magiques pour qu’il l’épouse? Qui a véritablement le droit de me juger? Nous baignons dans une société encrassée par les tabous, les interdits, les sournoiseries, les impostures et les parodies des tourments. Ces phénomènes sociaux éclaircirent parfaitement mes yeux et triomphèrent vaillamment sur mes doutes.

Cet enfant je l’ai gardé dans la lueur suprême, devant les yeux aguerris et suspicieux de tous. J’ai accouché d’un petit Driss qui porte aujourd’hui mon nom de famille Benmessaoudi. J’ai déménagé dans une autre ville pour récuser un passé éreintant, décamper une famille rétrograde et conservatrice et raturer de ma raison un amour tortueux et tordu.

Pour Driss, je vis d’amour, d’espérances et sans presque songer au lendemain. J’ai peut-être égaré mes passions pour Salim, mais j’ai acquis les affections de mon petit garçon. Je sais que Driss sera digne de mes enseignement, respectueux de mes aspirations, fidèle à mes inclinaisons et fier de mes déterminations. Je suis certes une femme libérée, révoltée, et indocile, mais je suis extrêmement comblée. Soyons enchantés pendant les quelques jours que nous aurons à vivre dans cette terre, soyons heureux à deux, et à jamais.

Messieurs, assumez vos frivolités, même celle d’un soir et comme le dit si bien Jules Renard :  » Un père a deux vies : la sienne et celle de son fils ».

 

Par YASMINE NACIRI