Enfin Libérée Jan29

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Enfin Libérée

Chez nous, comme chez la majorité des familles maghrébines, Toute fille pubère est perçue comme une « 3awra » (partie honteuse). Et le hijab joue la fonction de voile (couverture) qui lui a été assigné depuis longtemps. J’ai donc été obligée de le porter sans opposer de refus, puisque mon père ne cessait de me demander  quand est-ce que je comptais le faire…  j’avais à ce moment là 14 ans.

J’étais dé-personnifiée, d’autant plus qu’à cette époque je n’étais pas la seule à me voiler en famille, et qu’on avait toutes le même âge.

Une fois voilée, mes parents étaient heureux et il me suffisait de les voir intensément joyeux, pour accepter la situation qui me semblait pénible. Au-delà de mes parents, j’ai constaté aussi que je grimpais dans l’estime de tout le monde : famille, amis, voisins… Mais au fond de moi, je n’étais guère satisfaite, j’étais simplement contrainte à faire semblant de l’être pour préserver l’honneur de la famille.

Mais ce n’est qu’après quatre années de soumission, que j’ai commencé à comprendre les choses : pour commencer, ce voile que je portais a été une entrave pour mes études, sans pour autant me protéger du harcèlement et des pervers. Et c’est à ce moment là, que ma souffrance a commencé. Je me suis rendu compte que je n’étais pas sur la bonne voie. Mais l’idée qui me hantait toujours était que : tant que je portais un voile sur la tête et ma virginité entre les cuisses, c’est la virilité des mâles et la réputation des autres femmes, membres de la famille, qui sont préservées… et je me disais aussi à chaque fois que j’avais un doute, que la jeune fille Marocaine est particulièrement victime de commérages… Et l’on sait quel enjeu représente « l’honneur » pour une famille dans une société comme la nôtre. Le voile étant garant de virginité, qui, elle, est étroitement liée à la préservation de l’honneur et la réputation de la famille.

Le temps passa et je commençai à prendre conscience de la réalité des choses : « mais qu’est-ce que je suis en train de faire ? Suis-je sur la bonne voie ? ». Certes, la réponse était toujours la même : il faut que j’exécute les ordres et tant que je porte entre mes cuisses ladite virginité je dois aussi porter ce voile. Ce n’est que lorsque je me suis adonnée à la lecture de Simone De Beauvoir , que j’ai découvert un autre monde, un monde prédominé par une valeur noble qui est : la liberté. C’était une sorte de masturbation cérébrale, qui m’a donné du plaisir, puisqu’après tant d’années de souffrance en silence, j’ai enfin trouvé une inspiration qui m’a permis de prendre des décisions qui seront en ma faveur, au-delà du contexte religieux qui oblige la femme à mettre le voile, puisqu’elle est considérée en fin de compte uniquement comme un objet, donnant lieu à un troc d’une dote contre la virginité.

Je continuais toujours le porter pour que mes parents soient satisfaits, jusqu’au jour où ce tissu commença à nuire à mon avenir, et à mes études. À cause de ce voile, j’ai raté plusieurs opportunités qui pouvaient m’assurer un avenir brillant. J’aurais pu accéder aux écoles dont je rêvais, mais cela était impossible avec ce bout de tissu. Au final, j’ai eu une dépression qui a duré des semaines, parce que je ne pouvais accepter de compromettre mon avenir pour satisfaire mes parents. À cause de l’obligation sociale de porter le voile pour se préserver d’une certaine manière, je trouvais du mal aussi à communiquer avec autrui. Ces autres pour qui, malgré les points qui pouvaient nous unir, mon voile constituait un obstacle…

Mon problème c’était le voile. Je ne le supportais plus, vu qu’il avait gâché partiellement ma vie et que je n’en étais pas réellement convaincue de toute façon. La pression sociale joue un rôle déterminant. Et pour la société, une femme ne pourra jamais être tout à fait indépendante quelque soit sa situation. Mais grâce au soutien de mes amis, qui croyaient en moi et en mes compétences, j’ai décidé donc de ne plus le porter et je suis convaincue que cela m’ouvrira d’autres portes, d’autant plus que j’ai opté pour le commerce.

Après avoir ôté le voile, je me suis sentie enfin libre, parce qu’avec la volonté dont j’ai fait preuve, j’arriverai certainement à réaliser mes rêves, sans aucune peur. Je me sens enfin bien dans ma peau. Je me trouve plus honnête, plus franche, et vraiment authentique. 
J’en avais vraiment marre, j’en étais devenue susceptible et très irritable, au point que le moindre petit incident pouvait me mettre très en colère. Une colère refoulée que je cachais et qui se passait entre moi et moi même ! 
J’ai décidé de ne plus le porter, de sortir la prochaine fois sans le voile, sans en discuter, sans justifier, et je m’en fous de ce qui se passera!

Par FATIMA ZOHRA DIANI