Dans la peau de ta Maire Fév05

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Dans la peau de ta Maire

En me réveillant le matin, je me sens toute bizarre. J’ai le sentiment que quelque chose avait changé.Je me rends à la salle de bain et je scrute mon visage en essayant de détecter le changement.

Rien…

Toujours le même visage qui me rend mon bonjour chaque matin. Alors qu’est ce qui a changé ? je jette un coup d’œil à mon mari endormi : toujours le même… et c’est la que j’eus l’idée lumineuse d’aller fouiller mon sac. Premier indice qui me frappe : mon vieux sac en bandoulière a disparu et à la place, il y a un sac de « jeune cadre dynamique »…

Bizarre !

En fouillant un peu plus, je vois des cartes de visite qui ne ressemblent aucunement à mes cartes habituelles. J’en prends une et je dois me rattraper pour ne pas me retrouver par terre… Les nom et prénom sont bien les miens, mais la fonction : pas du tout. Je lis et relis pour m’assurer que ce n’est pas un rêve. Je me suis réveillée dans la peau du maire de ma ville ? Rien  que ça…

« Reprends tes esprits » me dis-je…. Tu veux tellement changer les choses que tu prends tes rêves pour réalité ! Entretemps mon chouchou se lève : bijur mon cœur… euh bijur… alors prête pour une nouvelles journée ?… euh…oui… comme d’hab… hahaha tu joues les modestes de bon matin… euh je ne vois pas ce qu’il y a d’héroïque à faire les courses mon cœur ? Quelles courses ? Tu comptes encore procéder à un changement ?

Bon, j’ai arrêté de l’écouter et je suis partie boire ma tasse de café. Surement que c’est une blague que chouchou me fait. Zut j’ai oublié de lui dire merci pour le joli sac. Une fois ma dose de caféine injectée, je prends ma douche et m’habille… « Euh tu comptes aller bosser comme ça ? » me demande chouchou… euh tu voudrais que je porte un tailleur pour aller voir le boucher ?… ahhh ok! tu vois l’association des bouchers et tu veux la jouer cool !! … de mieux en mieux… je sentais une migraine toquer à la porte de l’hémisphère droit de mon cerveau… bon j’y vais chouchou… bonne journée…

Dans l’ascenseur j’essayais de comprendre cette mauvaise plaisanterie. Faudrait que j’aie deux bons mots avec zhom le soir. À peine j’ouvre la porte de l’immeuble qu’une voiture freine presque à mes pieds ! Mais ils sont devenus tous fous ou quoi ? Un homme surgit de la voiture et fait le tour pour ouvrir la porte : Bonjour madame … euh bonjour… j’espère que je ne suis pas en retard… euh non non ( !!!) … allons-nous directement au bureau ou désirez vous faire autre chose ? (bon zhom fait vraiment fort !!) allons au bureau…(au point ou j’en suis autant voir ou cela me mènera)…

Une chose attire mon regard : Tous les trottoirs sont nickel, pas un trou sur la chaussée, les rues sont très propres, pas de nids de poules ni de dos de chameau. Les feux tricolores marchent et tous les automobilistes respectent les passages piétons. Idem pour les piétons. Je commence à me demander dans quelle galaxie ai-je débarqué…

Hmmm, je devrais peut être en parler à ma psy. Voila que je prends mes rêves pour des réalités… et quelle réalité !! Absorbée par mes pensées, je ne me rends pas compte que la voiture s’est arrêtée. L’homme ne me laisse même pas le temps d’ouvrir la portière. En sortant de la voiture, je lève les yeux vers l’imposante bâtisse devant moi : la mairie de la ville… En entrant dans le bâtiment, je vois des hommes et des femmes, sourires aux lèvres, avec une lueur dans leurs yeux reflétant la fierté qu’ils tirent de leur travail… Tous affairés, essayant de rendre meilleure la vie de leurs concitoyens.

En leur rendant leurs sourires, je suis de prés mon guide de la journée… et j’arrive à mon « supposé »bureau. Rien de sobre, plein de couleurs, du mobilier pratique et mimi ! Un jeune homme (que je suppose être mon secrétaire) me tend des post-It et me suit avec un agenda… En me suivant avec un agenda, le jeune homme (je n’ose pas lui demander son prénom… je le découvrirai assez tôt) me dit : Bonjour Mouna (tiens je n’ai pas droit a du madame ici ? c’est cool … pas de protocole… bon point de la journée) je me permets de te rappeler (il me tutoie !!!!!)s (la réunion prévue avec les établissements scolaires dans une demi heure… j’ai prévu une ou deux tenues (pourquoi ? je commence à peine à rentrer dans mon jean préféré qu’on me demande de le quitter ??!!) pour te changer. Parfait parfait… (je ne trouve rien d’autres à dire… très inspirée ce matin) et quel est le sujet de cette rencontre ? … tu veux faire le point avec eux sur les frais et leur annoncer la nouvelle… ah ok !! ( je n’en mène pas large)… Euh et qu’elle est cette nouvelle ? Là, le jeune homme me regarde et me dis : hahahah… comment ça quelle nouvelle ? ben la nouvelle qui changera la donne pardi !!

Bon j’ai moins d’une demi-heure pour me mettre au parfum. Je retrouve un peu de bon sens et demande à voir les documents préparés… Je ne veux tout de même pas être mise au courant en même temps que les concernés… et pour une nouvelle, ça allait en être une qui fera couler beaucoup d’encre !!!

Plus que 10 minutes avant le début de la réunion, j’en profite pour jeter un coup d’œil à ces fameuses « tenues » : trop protocolaires à mon goût ! Maintenant, il faut être juste et dire que mon goût n’est pas une référence. Il en est même très très loin : pour être très honnête mon look est bon à passer au carbone 14… Je me suis arrêtée à mes 20 ans : tee shirt, jeans et converses… qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, c’est ma tenue… Je cherche toujours le confort et surtout le réconfort… Et qu’y a-t-il de plus réconfortant que les habits qu’on portait quand on était jeune et insouciant ? prêt à escalader tous les sommets du monde et à relever des défis qui au fil du temps devenaient aussi importants qu’un emballage de jouet pour un gosse de 3 ans… Voila que je me perds dans mes pensées…. Je choisis très bien mes moments moi !!

Bon je garde mon jean, je zappe tee shirt et converses. À la place, je mets des bottines À talonS et une chemise… C’est fou ce que quelques centimètres de plus changent la physionomie et l’état d’esprit !! Je sens mes énergies féminines remplir mon corps et je me surprends à vouloir la jouer coquette… Eh cerveau, concentre-toi ! Tu as une réunion ! Pas le temps de divaguer sur mes émotions ! Je sors de mon bureau et je commence à errer dans les dédales du bâtiment jusqu’à trouver la salle de réunion. Hmm, cette bâtisse a besoin de signalisation interne. Un petit plan avec un « vous êtes ici » ferait gagner du temps quand même ! Je note ça mentalement et je rentre dans la salle.

Personne ne fait attention à mon entrée. je peux donc dévisager à mon aise les personnes présentes. elles donnent l’air d’être très consciencieuses (en tout cas, c’est ce qui se reflète) de donner une bonne image d’elles même… Mais, j’arrive limite à lire toutes les questions qui se posent derrière leurs masques sociaux… ça part dans tous les sens. Bon, arrêtons leur supplice. Laissons leur un moment de répit. Ce qui les attend ne sera pas facile à avaler.

Mesdames, Messieurs, bonjour ! Veuillez prendre place s’il vous plait, nous allons commencer notre réunion. Tout d’abord, je vous remercie de votre présence. Sans perdre de temps en préambule, rentrons dans le vif du sujet : pensez-vous que la ville tient toutes ses obligations vous concernant ?

Je sens la pression tomber et les avis fusent a la vitesse de l’éclair : Oui mais…on voudrait ne plus payer les taxes. Il nous faut des places de parking dédiées. La ville devrait payer pour nous l’eau et l’électricité. La ville ne nous encourage pas vraiment ! Il nous faut des exonérations. Bref vous l’avez compris… j’ai l’impression d’avoir plein de schtroumpfs grincheux devant moi. Ça part dans tous les sens, c’est à celui qui crie plus fort que son voisin pour faire entendre sa doléance. Limite, je m’attends à entendre : remboursement des frais de coiffure, de manucure et pédicure…

Je leur laisse un moment pour se calmer et profite du moment où ils reprennent leurs souffles pour en placer une : Je vous remercie pour toutes vos remarques et propositions. Nous vous promettons de faire le nécessaire pour vous faciliter la vie encore plus. Toutefois, ce que j’ai entendu ne sont que des propositions. J’en déduis que les points de base sont respectés. J’en profite pour vous féliciter. Car grâce à vous, nous avons compris que nous ne satisfaisons pas nos concitoyens, vos listes d’attente everestiques (bon voila que j’invente des mots maintenant) nous le démontrent clairement de jour en jour. Et au nom de mes collaborateurs, je vous dis merci !

En analysant la situation et grâce à vos réputations, nous avons décidé de… (je vois des sourires s’installer sur leurs visages… et leurs masques sociaux reprendre leurs places) mettre en place des crèches publiques dans chaque quartier (et paf !!!). Ces crèches suivront le même processus que vous en terme d’innovation éducative et seront bien entendu payantes (et hop les sourires qui reviennent en force) à hauteur de 3% des salaires des parents. Donc, juste une petite contribution (les sourires se figent et deviennent grimaces).

Un silence assourdissant prend place après la fin de mon intervention. Je vois bien qu’ils essayent d’avaler ce que je viens d’annoncer sans y parvenir. Bon 1, 2, 3 et le brouhaha reprend du service : Vous n’avez pas le droit !!! Vous signez notre arrêt de mort !!! Nous avons l’accord du ministère de l’éducation !!!! Savez-vous à qui vous parlez ??!!! Vous vous prenez pour qui ?!! Vous cherchez la guerre ??!! Mais elle est folle !!! Nous avons des charges !!! et blablablablabla… Plus de masques sociaux, plus d’amabilité. Je les vois toutes griffes dehors cherchant à protéger leur butin et leurs acquis…

Laissez moi répondre a vos interrogations s’il vous plait : Alors oui j’ai le droit, je ne signe pas votre arrêt de mort. Je signe la libération des parents de votre dictature. Vous avez l’accord du ministère de l’éducation pour ouvrir une école… et non pour faire du racket collectif, et oui je sais à qui je parle. Je parle à des personnes qui ont oublié le principe de base de l’éducation et qui sont dans une compétition burlesque de qui arrivera à extirper le plus d’argent aux parents.  Je me prends pour le maire de cette ville et je prends surtout très au sérieux mes obligations envers mes concitoyens. Je ne cherche pas la guerre, je cherche ce qu’il y a de mieux pour tout le monde, oui peut être que je suis folle mais je veux croire à ma folie, pour ce qui est de vos charges vous n’avez qu’a vous débrouiller, comme tous les parents qui ont leurs charges et qui se battent pour vous payer vos frais de scolarité exorbitants.

Il va de soit que la décision finale revient aux parents. Nous proposons une alternative. Si les parents décident de garder leurs enfants chez eux, ils assumeront leurs choix. Nous avons eu diverses réunions avec divers partenaires publiques et nous sommes arrivés à cet accord : si un parent décide, malgré la disponibilité d’une place pour son enfant en crèche publique, d’inscrire son enfant dans l’un de vos établissements, l’État jugera qu’il n’a pas besoin d’allocations familiales ni de déductions fiscales et il paiera plein pot tous les produits subventionnés. Si vous n’avez plus de questions, je vous remercie pour votre présence et vous souhaite bon courage.

Hihihi ! Je suis fière de moi, quand je vois les visages abattus et atterrés que j’ai en face de moi. Les uns après les autres, ils se lèvent et sortent sans même un « au revoir ». Il faut dire que je les comprends, les pauvres. Je viens de les priver de leur vache à lait. Comment allaient-ils s’en sortir pour payer les fournisseurs de caviar, les universités de leurs enfants et les appartements tertiaires et quadruplaires ? Comment allaient-ils faire pour annoncer à leurs enfants qu’ils devront se contenter de 6 paires de chaussures de luxe et de 8 voyages de shopping par trimestre ? Eh oui la vie est dure !!!

Je suis très fière de moi ! Je ne sais toujours pas si je rêve ou pas… mais je veux y croire. Je ne dis pas que c’est aussi simple que cela, mais ca pourrait l’être… Bon pour l’instant je profite de ma casquette magique de « maire » et je procède aux changements que je veux pour le bien-être de tout le monde…. Allons voir un peu tous ces dossiers épineux et venimeux qu’on traine depuis trop longtemps à mon goût…. Il est temps de donner un bon coup de pied dans le cocotier !!!

Par Mouna Baaddi