Une femme sans couverture Fév18

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Une femme sans couverture

Oui c’est ce que je suis : une femme sans couverture. Ma personne, mon vécu, mon âme et mon existence… bref, ma vie se limite à ces deux mots : sans couverture.

Ce matin mon amie ou plus justement ma vieille amie m’a appelée pour me demander très gentiment et, avec les mots les plus doux, de ne pas assister à sa petite fête d’anniversaire. Cela fait plus de 10ans que je suis à la tête de la liste des invités, les invités qui sont presque toujours les mêmes depuis plus de 10 ans aussi. La liste s’est bien élargie au fil du temps. C’est normal, nous nous sommes tous mariés… Erreur ! Pas tous : moi je ne fais plus partie du clan, je ne suis plus mariée, ou plus justement ma couverture a sauté comme dans les films policiers. Je ne suis plus à l’abri. Je dois courir me cacher ou me trouver une nouvelle couverture ! La deuxième option reste la meilleure, pour pourvoir réintégrer à nouveau le monde des personnes à l’abri …. À l’abri de je ne sais quoi.

Mon amie cherche des explications… encore. Elle n’en trouve pas et finit par s’aplatir et dire la chose la plus cruelle et la plus absurde : tu n’es plus la bienvenue dans le groupe des personnes couvertes.

Je suis une femme divorcée, voilà mon crime. Plus mon amie parle et plus je me rends compte des mes erreurs. J’étais couverte, il n’y a pas très longtemps, j’étais comme elles, un être normal, un être couvert. Oui, à la demande de mes amis, de la société, du monde entier, je me suis couverte d’un homme que je n’aimais pas et qui ne m’aimait pas non plus. Nous avons cherché à nous couvrir l’un l’autre, dans une société où les sans couverture font tâche. Alors par un commun accord, nous nous sommes couverts.

Ce que nous n’avons pas compris, avant de nous couvrir l’un l’autre, c’est que la couverture était trop maigre ! Ainsi, au premier coup de vent, la couverture s’est envolée et nous nous sommes retrouvés tous les deux, d’un seul coup et une nouvelle fois, sans couverture.

Et moi, moi la femme je suis devenue plus exposée aux regards. Maintenant que tout le monde connait l’histoire de ma maigre couverture, je suis devenue aux yeux de la gent masculine un drap des plus légers, d’un rouge vif, au toucher satiné, aussi légers qu’ils peuvent s’y abriter pour un moment, savourer la fraicheur et la légèreté de la matière et puis quitter le drap rouge satiné pour retourner au chaud sous leur couvertures. Pour la gent féminine, je suis un drap rouge vif en soie qui ne laisse pas leurs couvertures indifférentes, et qui risque de créer un courant d’air !

Dois-je me couvrir à nouveau, même si je ne suis pas au chaud et que je grelotte, été comme hiver? dois-je garder la couverture et faire semblant d’avoir chaud ?

Voilà une triste histoire de couverture et un message pour toute le monde avec et sans couverture : Cessez de juger, cessez de critiquer, laissez-nous tranquilles et sachez… que pour ma part, je ne me couvrirai que le jour où je sentirai la chaleur de la couverture qui m’est destinée… J’arborerai mon drap satin rouge vif en soie que j’aime tant et qui ne sera jamais plus, jamais une couverture de passage.

Par Alia Lahlou