Non je ne zapperai pas! Mar19

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Non je ne zapperai pas!

 

« Je t’attraperai par ton vagin et je te pendrai. C’est ce que tu mérites ».

Pour ceux qui ont raté la phrase en arabe, c’est littéralement la traduction de la déclaration qui m’a été faite en pleine rue de Rabat et en plein jour.
Entendre une telle phrase heurte votre « sensibilité »? Vous trouvez cette expression vulgaire? Si c’est le cas, vous avez raison de réagir, d’être insupportés. Mais attention, ne vous trompez pas de cible. Ne vous attaquez pas à la personne qui vous rapporte ces mots mais à celui qui les a proférés en plein public. La réaction qu’elle devrait créer est de souhaiter que cela ne se reproduise plus, et non pas d’en vouloir à la citoyenne qui rapporte ce qu’elle a enduré.

Dans chacun de ces commentateurs bien-avisés qui me demandent, choqués, comment j’ose écrire de telles choses, je vois ce passant et ce spectateur qui assiste à mon harcèlement et à celui de toutes les femmes sans ouvrir la bouche, voire qui sourie devant la scène. Ce même spectateur intervient dès que j’ »ose » m’arrêter et interpeler mon agresseur. Ils accourent tous pour me dire: « ne fais pas attention à lui », « continue ta route et fais comme si de rien n’était », « ne lui réponds pas, ça peut mal finir », « tu as l’air d’une fille bien, d’une fille respectable, ne t’abaisses pas à son niveau », « s’il t’agresse, baisse les yeux et accélère le pas ».

C’est à en créer bien des troubles psychologies! On t’agresse, mais tu dois faire semblant de n’avoir rien entendu, rien ressenti, pire tu dois garder tout ça pour toi. Car si tu le répètes, TU es vulgaire, TU n’es plus respectable. En somme, on reconnaît aux femmes leur droit de circuler dans l’espace publique, mais elles doivent prétendre que les hommes autour d’elles qui les harcèlent sont invisibles. Donc oui Femme, tu as le droit d’être dans la rue, mais tu dois subir les « conséquences » de cette présence en silence!

Or c’est peut-être là une de nos erreurs, nous femmes, c’est de nous être tues à chaque fois que nous subissions une telle agression. C’est d’être passées à côté comme si de rien n’était, comme si ce n’était une voix imaginaire, une main imaginaire, voire un pénis imaginaire…

Or comment pourrons-nous changer une réalité, si elle n’est qu’imaginaire? N’est ce pas cela même qui dérange au fond les personnes outrées qu’on leur rapporte ce qui nous est arrivé? En racontant le harcèlement sexuel dans tous ses détails, sa vulgarité et en décrivant les conséquences qu’il a sur nous, nous rendons visible et réel ce fléau. C’est à moment seulement qu’il n’est plus possible de le « zapper ».