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Rahama Wright : l’entrepreneuriat équitable

 

Le 22 mars 2013, Rahama Wright a présenté son projet d’entrepreneuriat équitable à Dar America de Casablanca, pour faire connaitre l’action de son ONG, devant un public constitué essentiellement d’étudiants. Qandisha Magazwine est allé à la rencontre de cette entrepreneuse qui œuvre pour faire évoluer les coopératives en Afrique à travers son organisation, Shea Yeleen International.

Lorsqu’on rencontre Rahama Wright, on est en admiration devant son dévouement et sa passion pour améliorer la situation des femmes rurales en Afrique de l’ouest. Au fur et à mesure de la discussion avec elle, on ressent cette énergie positive qu’elle transmet autour d’elle, ce sens de la dévotion pour un quotidien meilleur des femmes en Guinée, son pays d’origine, mais surtout la révolte qui la pousse à agir pour changer la donne : Shea Yeleen International estime que 66% du personnel derrière la production industrielle internationale sont des femmes. Elles contribuent à 50% de la production alimentaire dans le monde mais ne touchent en somme que 1% de bénéfices de leur labeur.

 

Shea Yeleen International : un pont entre acheteurs et producteur

Pour Rahama Wright, cette quasi-absence de reconnaissance a plusieurs explications : structures patriarcales, absence d’outils qualifiant les femmes à avoir une autonomie entière et une dépendance financière, faibles infrastructures, faible niveau d’instruction. Cette situation une solution : au niveau des coopératives dans le monde rural, il n’existe pratiquement aucun lien entre producteurs et acheteurs à l’échelle de l’Afrique de l’ouest. Rahama Wright a voulu faire de Shea Yeleen ce pont liant acheteurs et productrices, créé en 2005 par ses propres moyens.

Ce n’est plus un secret, le marché mondial du beurre de karité est saturé. On retrouve cette substance dans différentes gammes de produits de cosmétique et de bien-être. Mais combien de ses consommateurs en connaissent la provenance et sont informés sur le processus de production ? Une chose est sûre, dans la majorité des cas, il s’agit de firmes multinationales qui traitent la karité comme n’importe quelle autre matière première destinée au cosmétique, à faire rentrer dans de grosses machines de traitement et de retraitement, dans les conditions connues du travail à la chaîne en usines, sans aucun savoir sur les processus non-chimiques d’industrialisation du beurre de karité. Bien entendu, la part du lion des bénéfices d’une telle chaîne de production revient aux propriétaires de ces grosses firmes, mais jamais aux premiers vendeurs du fruit de karité qui ne coûte rien, en comparaison avec le prix du produit fini. Quid des ces hommes, ou plutôt de ces femmes de l’ombre, qui perpétuent encore la tradition de fabrication du beurre de karité avec zéro déchets industriels ?

Au de-là du commerce, revaloriser l’humain

Ce sont ces femmes-là, de l’intérieur de leurs champs de karité et de traitement du fruit chez-elles, que Shea Yeleen cherche à promouvoir et à sortir de l’ombre. Dans beaucoup de pays en Afrique, les femmes contribuent non seulement à la production industrielle mais s’occupent entièrement de leurs foyers, de l’éducation de leurs enfants, de leur santé, se battant pour leur garantir un avenir meilleur. Les femmes de la Guinée par exemple sont connues pour l’exploitation traditionnelle du beurre de karité, qu’elles commercialisent sans jamais arriver à avoir une marge de bénéfices dessus, encore moins à amorcer leurs frais de production. Rahama Wright s’est donnée donc le challenge de qualifier ces femmes à faire du beurre de karité leur gagne-pain, une source de revenus stables. Pour en venir à bout, l’ONG a créé en 2011 Shea Yeleen Health and Beauty. L’antenne lucrative de l’ONG est constituée des femmes rurales de Guinée productrices de beurre de karité. Elle a pour but de faire parvenir le produit à un marché plus large, leur permettant surtout d’en toucher directement les bénéfices, couvrant leurs activités et améliorant leur quotidien.

Rahama Wright a suivi ses études en Relations Internationales avant de faire un stage à l’Ambassade des Etas-Unis au Rwanda et partir en mission au Mali, en tant que Bénévole pour la Paix. C’est dire qu’elle connait concrètement la situation des femmes en Afrique et se rappelle comment sa mère, guinéenne, a dû faire plus d’un sacrifice pour l’éducation de ses enfants. Elle a sillonné plus d’une dizaine de pays d’Afrique, dont le Burkina Faso, la Mauritanie, l’Ethiopie, le Soudan, le Kenya, la Zambie, le Maroc aujourd’hui. De ses voyages et de ses rencontres avec les femmes de ces pays, dans différentes régions éloignées, elle est convaincue plus que jamais que l’évolution du monde rural ne peut se faire sans la qualification des femmes qui y vivent. Rahama Wright estime profondément que cette évolution se fera par la jeunesse et la diaspora africaines, puisque les jeunes qui ont eu la chance d’avoir un certain niveau d’instruction peuvent faire échos aux actions associatives de leur environnement, constituant à leur tour un pont à travers les réseaux sociaux, un lien avec le reste du monde.

*Consulter le site de Shea Yeleen International

 

Par Ghita Zine