Moi… l’Homme de la situation Avr15

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Moi… l’Homme de la situation

 

Et Pafff, Elle vient de recevoir la claque de sa vie, le son résonne dans ses oreilles, et l’empêche de poursuivre la conversation téléphonique, ou plutôt le monologue débité par son interlocuteur qui n’est d’autre que son ex futur Big Boss numéro I :
Allo, madame vous êtes toujours là, Alors je disais, Madame, j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer, le comité a recruté (sans mon accord) un homme pour le poste qui vous était destiné.

Elle respire profondément et lâche avec dégout :
Excusez moi? et notre accord? et la présentation de la nouvelle stratégie? et mes deux entretiens? et mon dossier de recrutement? et le draft de mon contrat ?
Ils ont pensé que c’est mieux de mettre un homme dans ce poste clef – il marque une pause et ajoute- j’ai négocié pour vous un autre poste : Son adjoint… bla bla bla

Le bourdonnement de son sang dans ses oreilles, l’empêche d’entendre la suite du monologue et un malaise s’empare de ses tripes.
Vous voulez dire, une secrétaire? sa secrétaire? c’est se que vous me proposez? Dois-je porter une mini-jupe, Monsieur ? Maintenant je comprends la réaction de ces femmes qui manifestent la poitrine en l’air, elles le font par déception, par horreur, par mépris.

Elle avait envie de hurler, d’arracher le haut de sa tenue, d’exhiber sa poitrine de femme, de mère, d’être humain tout simplement ! Elle avait envie de hurler contre cet homme, contre ce comité d’hommes, qu’elle est une femme, et qu’elle l’assume ! Qu’elle n’est ni moins compétente, ni moins responsable que cet homme qui a pris sa place ! Qu’elle est une personne intègre et qu’elle ne cédera pas à leur harcèlement moral, elle n’abandonnera pas ses droits !

Elle est à bout de souffle, un flux incroyable de souvenirs des événements récents la submerge d’un seul coup.

Depuis le début de cette aventure qui est un simple recrutement au sein d’une grande entreprise de la place, rien n’a était simple pour elle.

Elle avait passé son premier entretien avec un comité de recrutement, qui se composait de trois hommes, tous des directeurs et qui se sont tous présentés à la fin de l’entretien comme étant les piliers de l’entreprise. Ensuite, elle a passé son deuxième entretien avec le grand manitou, Le Big Boss numéro I de l’entreprise, ce dernier était impressionné par son profil. Ses expériences et ses lettres de recommandation font d’elle l’Homme de la situation.

Elle a été admise à l’unanimité.

L’étape suivante, était la rencontre un autre homme, le Big Boss numéro II, qui est aussi le responsable du site ou elle devait travailler. Avec le Big Boss numéro II, elle a discutée de ses fonctions, des clauses du contrat, de son équipe et, finalement, des principaux problèmes existants dans le département. Ils se sont mis d’accord pour qu’elle intègre l’entreprise dans une semaine. La situation étant critique, plus vite elle commence, mieux ce sera pour redresser la situation qui, d’après le Big Boss numéro I, est alarmante.

Elle avait noté que l’accueil du Big Boss numéro II était froid, mais elle s’était dit que ce n’est pas important, la jalousie entre cadres est monnaie courante. Ils ont tout les deux presque le même statut, et la jeune femme maîtrisait très bien son métier.

Cinq jours pour préparer son dossier de recrutement. Entre «la mokata3a» en grève, le «Mekadam» qui n’est jamais sur place, pour attester qu’elle habite bien chez elle et, finalement, le papier qui atteste qu’elle n’est pas une ex-tolarde.

En plus de ce stress, elle devait présenter LA STRATEGIE, bizarre non ?

Vous imaginez son angoisse? Elle a beau essayée de faire comprendre au Big Boss numéro II que ce n’était pas une brillante idée de prendre la parole le premier jour et encore moins de parler d’une stratégie théorique, en l’absence des données exactes et une visibilité de l’état actuel du département : Niet. Notre cher dealer, Pardonnez l’erreur de frappe, Leader, Big Boss numéro II, applique, d’après ses propres termes « la méthode choc » !! Rien que ça. Elle est parachutée dans une grande entreprise, et elle doit choquer au premier contact.

Bon elle ne doit tout de même pas décevoir le Big Boss numéro II et augmenter son irritation envers elle. Alors choquons!

Le jour J, les brefings se tiennent à 8h45mn et elle est tenue à présenter les grandes lignes de sa stratégie :
Oui Madame, nous sommes au courant de votre recrutement. Mais, Monsieur le Big Boss numéro II, est malade. Oui malade. Il ne viendra pas aujourd’hui et vous ne pouvez pas prendre vos fonctions en son absence. C’était le propos du responsable des ressources humaines.
Ok, je fais quoi ?
Nous vous rappelons.
OK, il, le Big boss II, m’avait promis de revoir les clauses de mon contrat. Je lui avais laissé le draft la semaine dernière. Il m’a promis de me remettre la version finale aujourd’hui.
Désolé madame. Je ne sais pas de quoi vous parlez.

Lundi, mardi, mercredi… Elle aiguise ces armes pour choquer, redresser, ajuster. Elle révise toutes les stratégies qu’elle a déjà expérimentées et qui ont déjà fait leurs preuves. Tout ceci dans l’attente de la fin de la phase de convalescence du Big Boss numéro II.

Mais il ne faut pas abuser. Le Big Boss II est malade. OK. Nous avons compris. Mais une entreprise ne peut-être paralysée par l’absence d’un des dirigeants : « Le roi est mort, vive le roi ».

Elle appelle le fameux responsable des ressources humaines et insiste pour avoir une réponse.
Madame votre bureau n’est pas encore prêt.
OK. Ceci prendra combien de temps?
Nous ne pouvons vous communiquer de date madame.
OK. Et mon contrat ?
vous l’aurez le jour où votre bureau sera prêt.
OK. Et bien entendu, vous ne savez pas quand le bureau sera prêt? Super !
Madame, profitez de ces jours de repos, pour prendre soins de vous.

Le sang bouillonne dans ses veines. De quel droit lui parle-t-il de la sorte? Elle doit garder son calme. Elle va gérer cet imbécile une fois sur place.
Merci pour le conseil, je saurai quoi faire de mes jours de repos obligatoire.

En réponse à son dernier commentaire, elle a eu droit à un rire, un rire débile, mesquin et stupide.

Elle doit, une fois de plus, supporter la stupidité et l’insolence d’un collègue qui n’arrive pas a délimité les territoires ami et collègue. Pour l’instant, elle doit passer l’éponge sur cet incident et aller de l’avant.

Entre le risque de se faire coller l’étiquette de « la balance » et l’inconfort d’attendre encore la guérison total du Big Boss du numéro II, elle a choisi l’étiquette, elle doit comprendre ce qui est en train de se tramer.

Elle appelle le Big Boss numéro I, lequel appelle le Big Boss numéro II, qui se trouve dans l’obligation de la rappeler :
Nous avons mis du temps pour préparer votre bureau et il n’est pas encore prêt.

Pas un mot d’excuse, pas une explication.
Je vous remercie d’avoir pris la peine de m’appeler. Vous me contacterez dans combien de temps?
Aucune idée, Madame.
Ce n’est pas possible, une fourchette au moins.
Entre 2 jours et une semaine.

Elle étouffe un rire, cette réponse, malgré son manque de réalisme et professionnalisme, la faisait rire. Cette situation lui rappelle un sketch de Gad el Maleh, où il parlait de l’heure de la livraison d’un meuble de chez IKEA, la livraison était prévu entre 8h du matin et 18h d’après Midi, Gad avait dit : ce n’est plus une fourchette madame, c’est un râteau. Elle avait envie de placer la réplique, mais elle s’est retenue, maintenant ce n’est plus un sentiment mais une certitude, le Big Boss numéro II, ne porte pas la nouvelle recrue dans son cœur.
Et mon contrat ? Révisé ?
Une fois le bureau prêt.

Révoltée par la réponse illogique et irresponsable d’un grand et haut responsable, elle décide d’appeler une fois de plus le Big Boss numéro I. Ce dernier incapable de répondre, lui promet de rappeler le plus rapidement possible.

Retour à l’instant présente, le Big Boss numéro I, est toujours au bout du fil :
Madame, j’ai dis adjoint et non assistante.
Monsieur, Je ne vais même pas parler de votre proposition. Sachez, Monsieur, que je refuse de travailler avec des hommes qui ne respectent pas leurs engagements. Pourquoi ? ce manque de respect, cette bassesse, ce dénigrement envers ma personne. Finalement rien n’a changé, l’Homme de la situation, c’est bien l’homme avec un petit « h » et non avec un grand « H »….

Elle inspire profondément et lance dans le combiné du téléphone avec un calme absolu :
Je n’ai absolument rien à prouver et vous allez devoir un jour vous justifier pour tous vos actes irresponsables, vos magouilles et vos injustices. Croyez moi, Monsieur, vous allez le regretter amèrement et ce jour n’est pas trop loin, et c’est moi qui vous le dis, moi l’Homme de la situation.