Wiam… Avr25

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Wiam…

 

« Correction : ce fut une tentative de viol… Juste une tentative », ai-je lu sur un mur facebook.

C’est vrai que le pire a été évité. Visage complètement entaillé avec risque de perte de l’oeil droit, jambe gauche et main droite hachées, mais son hymen est intact, voyons! L’honneur de la petite Wiam est sauvé!

Il y a des jours, à la lecture de ces faits divers presque tirés de film d’horreur, tu penses que ça ne peut plus être pire, que t’as saturé les récepteurs de dégoût pour la sainte journée, mais non! Détrompe-toi, il y a toujours quelqu’un qui viendra lancer l’argument qui tue, le commentaire qui achève et qui te prouve, à ton grand désespoir, qu’il y a toujours un pis à ton mal.

Rappelons les faits. Il y a deux jours, une image atroce puis une vidéo d’une petite fille font le buzz sur facebook. Il s’agit de Wiam, une enfant qui a subi, selon le quotidien Almassae, une « tentative de viol » de la part d’un homme armé, lorsqu’elle jouait pas loin du puits dans leur douar. S’étant débattue énergiquement, elle fut récompensée de plusieurs coups profonds de faucille sur son visage et ses membres. alerté par les cris, son jeune frère courut appeler l’aide et le criminel s’enfuit.

Quelques heures et une cinquantaine de points sutures plus tard, la jeune fille lance un appel à l’aide via le quotidien almassae, où elle rend compte de l’état pitoyable de la prise en charge hospitalière et la négligence qu’elle subit. Un groupe citoyen est immédiatement constitué pour répondre à l’appel. La prise en charge a lieu, probablement déjà programmée, mais pas assez rapide pour cette famille désespérée. Pendant ce temps, le criminel circule librement dans les champs.

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La petite Wiam

Je me démêlais encore de mon amertume quant au manque de sécurité dans le milieu rural, au besoin de faire appel au scandale et au buzz pour rendre compte de l’urgence de l’état d’une petite fille qui risque de perdre son oeil en plus de l’intégralité de son visage, à l’inertie des autorités et des médias (et là je salue Almassae même si je ne suis pas une lectrice), absorbée dans la lecture d’articles et de discussions sur le sujet, quand je tombe sur un mur sur ce commentaire. »Correction : ce fut une tentative de viol… Juste une tentative ».

0 allusion à la vie de cette petite, au traumatisme et à la violence monstrueuse qu’elle a subis, encore moins au risque de perdre son oeil dans l’affaire… juste un ouf de soulagement, de ne pas avoir subi l’agression sexuelle. En gros, t’es un paquet. On te malmène. On te déforme. On te souille et piétine… Mais tant que t’as ton emballage, tu es toujours vendable! Youpiii!

Je sais bien que bon nombre des lecteurs ici me diront que non, qu’ils dénoncent sans hésitation l’acte barbare et que leur horreur n’est pas atténuée par l’absence de viol. Je sais que beaucoup d’hommes et de femmes auront des sueurs froides en imaginant leurs petites risquer de tomber sur ce malade et qu’ils n’en dormiront pas plusieurs jours. Mais le fait est là. Beaucoup de gens, lettrés ou pas, issus de milieux aisés ou baignant dans la pauvreté, religieux ou non et des deux sexes, auraient ce soupir de soulagement en apprenant que l’hymen est intact.

Quelques heures après, un examen médical prouve le viol…

Je ne veux même pas me demander pour quelle raison ce résultat n’est pas déclaré à l’admission. Je ne veux pas savoir pourquoi le riche agresseur a été relâché. Et je ne veux pas penser à la suite possible, si l’affaire finissait par ne plus faire le buzz. Mes récepteurs de dégoût sont déjà saturés par l’image de ces vertueux effarés qui monteront maintenant sur leurs tribunes pour dénoncer l’acte barbare.

Je n’ai ni le coeur, ni la science pour analyser ou proposer des solutions à ce problème profond dans la hiérarchisation des priorités morales. Je n’ai pas la rage pour me mobiliser pour le changement. Je ne peux que distiller mon désespoir dans la grande bassine dans laquelle on baigne tous. Je me dis des fois que nos pays ne méritent, peut-être, pas leurs femmes. En général, un regard de mon homme me suffit pour calmer ma douleur. Sa tendresse m’apaise. Aujourd’hui, même s’il en met une dose de plus, mon spleen perdure.