Le vrai nom des petites bonnes Mai08

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Le vrai nom des petites bonnes

 

Quel est le vrai nom de celles qu’on appelle petites bonnes ?

De ces fillettes. Elles peuvent avoir huit ans, et se voir confiées à de bonnes familles, ces employeurs qui promettent qu’ils s’en occuperont bien, de ces petits corps féminins. Corvéables, sans merci…

Des fillettes, qui n’iront jamais l’école, n’apprendront pas à lire, à écrire leur nom sur une ardoise. A dessiner un soleil. Ne sauront jamais ce qu’est une récréation… Des fillettes de huit, neuf, dix ans, levées à six heures, debout avant les enfants de la maison. Car il faut, à ses enfants-là, qui possèdent une enfance, préparer le petit déjeuner. Après, on passera la serpillère, on fera les lits et la poussière…

Alors, quel est le nom de ces petites bonnes, vendues par la campagne à la ville, que leurs parents croient tirer de la pauvreté en les confiant à la misère, celle de misérables intermédiaires, praticiens horribles d’un deux métiers les plus vieux du monde… Celui d’un autre, d’un second commerce des corps.

Celui qui consiste à vendre de la peine et de la sueur de gosse, à être un commerçant, encore trop impuni, de l’inhumanité, être le maillon encore trop fort, de la chaine du travail des enfants dont on fait des domestiques… Et pas seulement… Que dire d’enfants autorisés à ne manger que deux fois par jour. A sept heures. A minuit. Mais à la seule condition que le travail soit fini.

Que dire d’enfants qui acceptent les coups en silence, n’en disent rien parce qu’il faut se taire, si l’on veut aider les parents, trop pauvres, et n’ayant pas les moyens, ni le cœur à se voir encore asséner une énième vérité sur l’état de leur pauvreté…

Que penser, enfin, de ces petites, qui disent que travailler n’est rien, et que le plus dur, c’est la faim, et les coups ! Qu’être bonne, au fond, et c’est bien là le drame, c’est supportable, finalement, presque pas grave, à condition d’être à peu près nourri. Et pas trop battu. Il ne manquerait plus qu’elles demandent à ne pas être violées, ou tuées. Il arrive que des fillettes le soient, violées, brûlées.

Alors, quel est le nom de ces petites filles qui, dès les premiers rayons du soleil, acceptent, prennent sur leur petites épaules de n’être plus des enfants ? Ce nom est celui de la pauvreté extrême, lorsqu’elle rencontre l’inhumanité cynique et impunie d’horribles profiteurs. Mais il est aussi, et surtout, le nom d’une haine sans nom pour les pauvres. Et leurs enfants.

Driss C. Jaydane, écrivain et chroniqueur à Luxe radio