La meilleure chose qui me soit arrivée Mai21

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La meilleure chose qui me soit arrivée

La meilleure chose qui me soit arrivée

Posté par Jihane Raqiq le 21 mai 2013 dans Chronikate | 9 commentaires

Le cœur battant et les doigts fébriles tu décachètes l’enveloppe et parcours le document à la recherche du résultat…Positif ! Ton cœur fait un bond, tu arrêtes de respirer, tes yeux se transforment en fontaine.

Tu remercies la dame qui n’a pas arrêté de te scruter pour deviner si pour toi c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle et quitte la laboratoire. Tes jambes ne te portent plus, tu cours te réfugier dans ta voiture.

Tu prends ton téléphone et compose machinalement le numéro de ton chéri. Toi qui avais depuis ta tendre enfance échafaudé des milliers de scénarii pour annoncer la nouvelle à ton homme de la manière la plus originale et la plus romantique qui puisse exister, lui annonce de tout go que vous attendez un enfant et lui demandes dans la foulée si sa réunion s’est bien passée. Tu repars au bureau et finis ta journée de travail, un SMS du futur papa te replonge dans la réalité, il te dit tout son amour et son bonheur.

Tu te sens comme un alien. L’idée qu’une chose est en train de grandir en toi te donne la chair de poule. Tu repenses au sketch de Roumanoff et glousse en imaginant ton fœtus – à ce stade tu n’arrives toujours pas à l’appeler bébé- en train d’aspirer ta cellulite de l’intérieur et prie pour que ce soit vrai.

Tes réveils sont de plus en plus violents, tu te réveilles en vomissant ce que tu n’as même pas encore envisagé de manger. Désormais, la nausée te suit comme ton ombre, les relents du camion poubelle te sont plus supportables que l’odeur du café et la seule vue de ton collègue poilu te fait tourner l’œil et la langue (vieille coutume sensée protéger ta progéniture des éventuelles malformations).

Tu prends le bon côté des choses en jubilant devant ta balance, 5 kilos en moins ! même Ducon Dukan n’aurait pas pu faire mieux. Tu déchantes aussi vite quand tu commences à reprendre tes kilos plus vite que tu ne les as perdu et que ton ventre se dilate plus vite que celui de Mme Serfaty.

Bientôt « la chose » commence à bouger et tes neurones avec. Tu te sens non seulement délestée de ton corps mais aussi de ton intelligence. Tu n’es plus qu’hormones, la pub Signal te fait pleurer comme une madeleine parce que le mioche qui imite son père et trop attendrissant. Tu souris à toutes les mamans que tu croises qui te retournent un regard lourd et compatissant, l’air de dire « si tu savais dans quel pétrin tu t’es fourrée ».

Le jour J approche, bientôt la délivrance le début du cauchemar. Les contractions t’arrachent à ton semblant de sommeil aux aurores. Ton bébé n’a même pas la décence d’attendre ton réveil pour manifester son envie de quitter tes entrailles. Disons qu’il t’annonce déjà la couleur. Direction la clinique. 18 heures de contractions et de poussées plus tard, bébé est là. La sage-femme te dépose une chose gluante et sanguinolente sur le ventre et t’invite à l’embrasser. Tu obéis machinalement. Les milliers de films et de documentaires avec des parents émus aux larmes te viennent à l’esprit, mais tes yeux restent secs et ton esprit embué. Pas le temps de réaliser quoi que ce soit, on t’arrache déjà ton enfants des bras, direction les soins pédiatriques.

La famille, amis, collègues, voisins et oueld 3emm moul bach se relaient à ton chevet, s’extasient devant ton mini-toi et en profitent pour te faire la liste des choses qui feront désormais partie de ton passé : les grasses matinées, les after work qui durent jusqu’à 5 heures du mat’, le brushing impec’, les nichons de jeune fille, ou zid ou zid…

3 jours plus tard tu as le droit d’emporter ton enfant et de regagner ton chez toi. Tu te retrouves nez à nez avec cet inconnu et te poses des milliers de questions existentielles. Il se met à pleureur, tu lui donnes le sein, le biberon, la tétine, ton doigt, change sa couche, le berce. Il continue de plus belle. Tu cherches le manuel d’utilisation, sauf qu’il n’y en a pas. Toi Bac+10, à la tête du service com’ de ta boite, te sens tout à coup perdue, nulle et désemparée.

Les jours et les nuits se suivent, tu n’as toujours pas réussi à avoir 3 heures de sommeil d’affilée mais tu fais contre mauvaise fortune, bon cœur et, pendant que tu sombres dans ton baby blues, tu affiches ton plus beau sourire et dis à qui veut l’entendre que tu es heureuse et épanouie et que c’est la meilleure chose qui te soit arrivée.

Tu attends patiemment les 3 mois du rejeton parce qu’on t’a dit qu’il ferait enfin ses nuits. Sauf qu’on ne t’a pas précisé que le nuits blanches ne se termineront jamais, parce qu’il y aura encore les poussées dentaires, les fièvres qui ne se déclenchent qu’après minuit, les j’ai perdu mon doudou, les cauchemars, les premières sorties en boite, le premier chagrin d’amour, le bac …..et le « je pars étudier à l’étranger ».

Soudain, tu émerges de ton cauchemar rêve, ton chéri te susurre des mots doux et t’enlace : « et si on faisait un bébé ? ». Tu te lèves en courant : « Désolée, chéri, j’ai fait vœu de chasteté. Rendez-vous après la ménopause ».