Le blog, le bug aérien français et moi Juin12

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Le blog, le bug aérien français et moi

 

Pas facile de s’envoyer en l’air !

Non, ce n’est pas un papier cul. Quoique… On s’est bien fait…

Restons polis. Après tout, ce n’est qu’une journée de foutue, un torticolis et une valise perdue quelque part entre Casa et Paris. Va savoir à quelle altitude elle se trouve en ce moment… J’ai même pas pu dire à maman que j’ai raté l’avion, car en courant dans tous les sens pour attraper un TGV ou un sandwich, il m’a été difficile de trouver une cabine téléphonique. Rassurez-vous, j’en ai trouvé. C’est la carte qui était exclusivement locale…

Bon, on ne va pas se lamenter. En État de droits, on a droit à la grève. On a même le droit de ne pas être efficacement remplacé pendant la grève. Sinon ça servirait à quoi sérieusement, non mais! Et puis soyons compréhensifs : le gars a un métier à risque. Il orchestre les virées au septième ciel et force est de croire que ce n’est pas le pied. Un contrôleur aérien, c’est une victime comme nous. Il a même peur que l’on paie les pots cassés, ou alors qu’on ne paie pas… je ne sais plus! Tout ce que je sais, c’est que le contrôleur aérien français n’avait aucune intention de nous faire du mal ou de me faire rater l’agréable rencontre du 4M, organisée à Montpellier, avec des personnes tout à fait charmantes venues de 40 pays, pour débattre du blogging/journalisme 2.0.

De toute façon, j’ai bien été présente à la rencontre prévue pour débattre de la crédibilité du net comme média. Si j’avais dormi assez la veille et que l’ombre de ma chère valise n’embrumait pas mes pensées, j’aurais peut-être pu objecter que le net n’était pas un média, mais un support comme un autre, qui malgré/grâce à ses spécificités, pouvait offrir l’hospitalité à de fabuleux médias, complètement décalés. Mais j’aurais dû me forcer un peu, d’autant plus que les panélistes faisaient montre d’une grande méfiance vis à vis du web, considéré uniquement comme « source », ce qui pour moi est un déni total des réalisations des blogueurs engagés. Puis, ça ne passait pas tellement de l’autre côté non plus. Un blogueur tunisien a exprimé la déception de ses pairs quant à l’échec des médias tunisiens à prendre la vague de la liberté qui a soulevé le pays. Un autre blogueur, syrien cette fois, a carrément recommandé un peu plus de modestie aux journalistes, prenant pour exemple le traitement médiocre, voire fallacieux, de la presse turque des manifestations de Taksim. Je me suis tout de suite dit que ma plaque lisseuse aurait bien fait d’aplanir ce genre de différends.

En même temps. Peut-on en vouloir aux journalistes de se méfier des interprétations et des infos pêchées dans la toile, lorsqu’on connait les risques qu’ils courent et le poids de la responsabilité juridique, surtout dans nos pays ? Pour l’anecdote, ma question silencieuse a tout de suite trouvé une sorte de réponse sur le mur de la conférence, où un fil twitter défilait avec un hashtag de l’événement. Lorsque le charmant intervenant (les noms m’échappent), responsable du site sénégalais Soleil, affirma que le lectorat local ne représentait que 12% du trafic général du site, un rapide s’empressa de lancer sur twitter : 88% des sénégalais ne lisent pas le Soleil! Ah l’esprit de déduction! Avec toute ma tendresse, t’as besoin d’un sérieux démêleur cher ami. Dommage, j’en avais un dans ma pochette.

J’ai trouvé dommage que cette rivalité puérile entre blogueurs et journalistes n’ait pas trouvé de dénouement heureux après le printemps des peuples. Dans ma minute amour et paix sur la terre entière (sauf pour les contrôleurs aériens), je me suis dit qu’on gagnerait énormément à s’aimer, à s’embrasser… enfin, à collaborer sous une forme ou une autre, avec moins de limite et pas d’arrogance de la part des uns comme des autres. Et c’est là que j’ai pensé qu’au Maroc, certains espaces de rencontres entre blogueurs et journalistes existent réellement. La curiosité (ou le scepticisme) des deux parties les a poussés l’une vers l’autre. Dans certains cas, cela n’a fait que renforcer les doutes et le rejet de chacun. Mais souvent, ça a fait fondre la glace et baisser les armes. Des amitiés solides sont même nées de ces contacts et, avec, le respect qu’il faut.

Je n’ai pas exprimé cette idée lors du débat, l’idée de perdre la moitié de ma garde-robe me perturbait. Mais j’ai fini par en parler autour d’un verre à quelques personnes à la fin de la rencontre. Vous me connaissez (ou pas!). Vous savez que le chauvinisme m’hérisse particulièrement les cheveux. Mais lorsqu’à peine j’exprime mon idée, que je défends une certaine forme de communication entre les deux communautés chez nous et que le brillant confrère algérien me crache entre deux vérités cosmiques qu’il n’y a pas de presse au Maroc, je me sens soudain l’âme d’un supporter de foot… Et c’est là en fait que mes talons rouges pointus auraient pu gaiement servir (amicalement, bien entendu!).

Ma conclusion de ce débat, animé en présence de représentants de 40 pays, était que ma valise aurait peut-être contribué à transformer le visage du monde. En attendant, j’essaie de profiter de l’événement et de ses belles rencontres, le temps qu’un contrôleur aérien renonce à l’idée de payer comptant sa nouvelle résidence secondaire à mes dépens.