L’islamisme, une machine politique rouillée Juil02

Tags

Related Posts

Share This

L’islamisme, une machine politique rouillée

Il ne date pas d’hier le combat des islamistes égyptiens pour ce pouvoir, pris, il y a un an.

On se souvient qu’il y a trois décennies déjà, ils investissaient les universités, prédicateurs enthousiastes et patients. Hormis quelques chercheurs, personne ne les prenait très au sérieux, quand eux prenaient très au sérieux l’idée d’un grand soir.

C’est ainsi qu’en 2011, après ce que le monde, – et le monde arabe avaient traversé de guerres, d’horreurs, d’ismes et de fins, – celle, supposée de l’Histoire, celle avérée, du Communisme, du moins celui des origines – les islamistes, en 2011 donc, furent les seuls à disposer d’une machine idéologique à même de produire la critique sociale, morale et croyaient-ils, les instruments à même de réformer et refonder l’ordre d’une Egypte dont il faut dire, au passage, qu’elle se portait, à ce moment-là, économiquement mieux que deux ou trois années auparavant…

Alors, aujourd’hui, l’islamisme, – cette autre histoire de dialectique, des croyants contre les incroyants, mais aussi des pauvres contre les riches, de la fin et du début de quelque chose, avènement d’un califat ou d’une société pure, retour de la Vraie Loi… Oui, l’islamisme ne tombe-t-il pas à son tour dans le vide où s’écrasa la grosse machine de fer du communisme ?

Parenthèse : même vision de l’état, fort. Même vision du pouvoir, unique. Même rapport à une idéologie devant tout expliquer et tout définir : le passé, le présent, l’avenir, soi et les autres, les hommes et les femmes, le travail, et surtout, la place, le rôle, et la morphologie de l’ennemi. Même usage, aussi, d’un népotisme visant à gratifier les frères et à faire taire les ennemis…

Ainsi la nomination à Louxor comme gouverneur d’un ancien djihadiste repenti, ou niant l’avoir jamais été, djihadiste, ressemble-t-elle, un peu, aussi, à la manière dont le communisme a produit ses apparatchiks.

Mais surtout : que dire de la division par deux de la société ?

N’est elle pas non plus, inscrite dans les gênes de ces grands systèmes explicatifs, tous, voués à l’échec ? Oui, les grands systèmes – dès lors qu’ils sortent du rectangle de papier du traité de philosophie politique – sont comme ces monstres, ces cyclopes, aveuglés par les certitudes.

Le monde dans lequel nous vivons interdit aux grandes machines rouillées le droit à trop durer… Le problème de l’islamisme politique, on aura l’occasion de le vérifier encore… Son incapacité à traiter les sociétés complexes autrement qu’en les coupant en deux, – niant, brutalisant la moitié qu’il ne veut pas voir.

C’est en réalité d’un problème de traitement, de logiciel politique qu’il s’agit. L’islamisme est binaire.

Mais voilà : les sociétés sont trop vivantes, trop informées, trop interdépendantes les unes des autres, par la technologie, l’émotion, le mensonge, et leurs jeunesses trop pressées d’exister, pour se satisfaire d’un hachoir politique.

Une nouvelle séquence de ce qu’il fut probablement outrancier d’appeler Printemps Arabe, se produit sous nos yeux… Celle du commencement de la fin de l’islamisme politique… A suivre.

Driss C. Jaydane, écrivain et journaliste