Hiba : ce n’est pas de notre faute Juil25

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Hiba : ce n’est pas de notre faute

Je me présente à vous tous et toutes, je m’appelle Hiba, j’ai 17 ans , je viens d’obtenir mon Bac et j’ai été victime de viol/agression sexuelle.

Avant tout, je tiens à vous remercier tous et toutes pour votre solidarité qui fait chaud au cœur et qui témoigne de la grandeur d’âme dont les marocains peuvent faire preuve… Car après tout, le Maroc n’est pas fait que de violeurs, agresseurs, et fils de « flane » qui se croient supérieurs à leur semblables et qui, en plus de faire preuve de sauvagerie et de manque d’humanité, sont des (comme on dirait en dialecte marocain) des « 7OUGARAS ».

Je tiens à éclaircir déjà le contexte dans lequel cet acte horrible a été commis. Oui, mon amie et moi voulions fêter notre réussite et l’un des deux agresseurs, qui est un ami à Jihane et que je ne connaissais pas, lui a proposé de nous conduire là où on avait l’intention d’aller retrouver nos amis. Et comme l’on croit aux valeurs nobles de l’amitié, on lui a fait confiance… Tout naturellement.

Il s’avère qu’il y a un présumé cousin avec lui… Mais comme nos agresseurs sont venus nous chercher de chez les parents de mon amie, on ne pouvait pas imaginer que leur insolence dépasserait les limites et qu’ils oseraient nous nuire d’une quelconque façon. On a tourné en rond à travers Rabat et ils ont invoqué une multitude de raisons pour justifier ces déplacements qui n’étaient pas au programme. et là encore, on a été naïves… Jusqu’à ce qu’ils nous conduisent dans un coin perdu à Birkacem .. Il était clair que leur intention n’était pas de nous emmener rejoindre nos amis ( je pense que là, on peut clairement parler de kidnapping puisqu’ils nous ont interdit l’usage de nos téléphones portables et nous ont séquestrer pendant des heures durant) . À ce moment-là, la peur nous a paralysé l’esprit… on a essayé de s’échapper, mais il nous ont rattrapéES et vu qu’il faisait sombre et qu’on était à plus d’une centaine de mètres de la route, on avait pas d’autre issue que de rester sous leur emprise. Et comme si déjà cette frayeur n’était pas suffisante, ils nous ont traitées de tout les noms, nous rabaissant et humiliant et en touchant à notre dignité d’être humain. Incrédules, devant la folie démoniaque qui s’est emparé de nos ravisseurs, mon amie et moi avons tenté de les calmer, mais en vain … Ils nous ont battues à coup de bâton de fer, menacées à l’arme blanche .. et après, l’un deux a agressé mon amie Jihane. En tentant de lui venir en aide, je me suis alors attiré les foudres des deux « ani-mâles » qui ,tout en alternant violence verbale, agression physique et atteinte à la pudeur, ma pudeur, m’ont à tour de rôle obligée à faire des choses qui touchent à ma dignité, ils ont abusé de mon corps… m’ont touchée ici et là avec agressivité, obligée à les embrasser, à les toucher… Ils m’ont souillé la peau. Et pour que l’on soit claires, il n’y a effectivement pas eu de pénétration oui, parce que j’ai dû les supplier et pleurer et j’en passe… Mais je ne pense pas que le viol s’accorde à l’hymen… mais au corps, en tant qu’entité qui n’appartient qu’à moi. Et quand un inconnu te touche le corps, sans ton consentement, souille tes parties intimes de façon tout aussi répugnante que la pénétration, en t’obligeant et menaçant de mort, je pense que c’est ce qu’on appelle le viol et pas des moindres. Un viol qui laisse des séquelles psychiques, physiques et comportementales. Alors que toute personne qui dit le contraire, me permette de lui faire part de mon expérience personnelle et je sais que des tas de jeunes filles ont été victimes avant nous, mais n’ont pas osé en parler.

Je pense que chaque soir des tas de Jihane , et des tas de Hiba sont agressées, humiliées et souillées …et par peur d’être jugées par une société impitoyables, elles se taisent et gardent le silence. Moi, j’estime que mon corps en sa totalité m’appartient bout par bout à moi seule et que toute personne qui me touche sans mon consentement, n’a pas ce droit, mais l’a arraché de force et doit par conséquent être punie. Surtout que je vois que, généralement,  le violeur ne sait même pas qu’il en est un, puisque la société ne le traite jamais comme tel. C’est ce qui fait de lui un récidiviste sans jamais être puni, sous prétexte qu’il n’a pas déraciner la fleur… Mais, il lui a tout de même enlevé ses pétales , il l’a froissée, il l’a ternie et il a aidé à ce qu’elle perde son éclat et se fane petit à petit, en allant vers une mort certaine.

Ce combat que nous menons avec l’appui total de nos parents, nos familles et vous, n’est pas juste celui de Jihane et Hiba, mais doit être celui de toute une société qui se doit de faire entendre la voix de la justice, pour que ce genre de choses honteuses n’aient plus lieu au Maroc, que les actes ignobles soient punis… Et je tiens aussi à dire à toutes les grandes gueules qui pointent du doigt nos parents, qu’ils ont tout faux et que c’est bien à cause d’ignares pareils que l’on n’avance pas. Parce que, mesdames, messieurs : le viol, l’agression sexuelle, l’abus de confiance, n’est JAMAIS de la faute de la VICTIME, MAIS TOUJOURS LA FAUTE DES AGRESSEURS.

Et puis je tiens aussi à remercier les avocats qui ont été à mes côtés hier et dont le nombre a dépassé 10, spécialement Maitre Saadia Wadah qui m’a soutenue depuis maintenant déjà presque 20 jours avec le vrai sens d’écoute et d’accompagnement juridique et psychologique et Maitre Jamai , Maitre Cherkaouit Le Batonnier des avocats de Rabat et tous les avocats et avocates qui , avec Maitre Wadah nous représentent et défendent cette honorable cause.

Paix à vous, Encore merci, et que justice soit faite.

Par Hiba Ahlafi