Demain, peut être… Août03

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Demain, peut être…

Ce matin, dehors, les bruits familiers de la rue, un chantier, des voitures qui passent, Casablanca un samedi matin comme les autres. Mais, rien pour moi ne sera plus jamais pareil.

Je ne veux plus comprendre ni réfléchir, ni encore essayer d’analyser ou d’espérer un futur meilleur. Dans ma tête, il n’ y a plus de place pour la complaisance ou le compromis. Les années de plomb sont loin derrière. Elles avaient le mérite d’être claires. Nous avons eu nos martyres, ceux qui, au delà de leurs prises de position, nous ont montré que la lutte pour une vie meilleure est possible même au prix de leur vie.

Notre histoire parle pour nous. Nous avons cru aux changements ou nous avons voulu y croire. Nous avons avalé une nouvelle constitution sans réelle liberté, sans liberté de conscience, assujettie aux « constantes nationales ». Nous avons accepté un ministre de la justice et des libertés polygame, une ministre de la famille et des blabla limite analphabète, la tentative d’imposer une culture propre, des jeunes filles violées que l’on veut marier à leurs violeurs, un gouvernement schizophrène , composé d’une coalition improbable, une opposition qui rapidement attend son tour pour participer à la mascarade, des velléités de protestation brimées, des atteintes graves aux libertés individuelles, des homosexuels taxés de malades que l’on emprisonne, des déjeuneurs que l’on juge et condamne à 3 mois de prison, et aujourd’hui, nous devons accepter en silence la grâce d’un violeur d’enfant pour une fictive histoire de raison d’Etat.

Et l’on est en droit de se demander si on nous prend pour des idiots. Et l’on est en droit de se demander si effectivement nous sommes idiots. La sensation de vivre dans un sempiternel brouillard, de se lever chaque matin et de participer qu’on le veuille ou pas à un système où l’humain, les valeurs humaines, ces valeurs universelles que nous pensons défendre, sont bafouées au quotidien. Nos enfants aujourd’hui sont menacés, leur vie, leur intégrité, leurs droits élémentaires.

Accepter encore et encore, jusqu’à la mise en danger de la chair de notre chair. Et se taire. La colère laisse place petit à petit à la peur. Le bilan est lourd. Imaginer que tout va continuer, que l’humiliation, la dignité outragée, les brimades, le mépris de l’intelligence vont continuer à être le lot de chaque jour est une souffrance.

Demain peut-être, on brûlera nos livres, on assassinera nos enfants, on nous fera lécher le sol, pour je ne sais quelle raison d’intérêt général. Mon indignation n’a pas de limites en tant qu’individu, que femme, que mère, que citoyenne.

 

Par BAHAA TRABELSI