Mohamed, 14 ans : j’ai été violé Août12

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Mohamed, 14 ans : j’ai été violé

Une fois dans mon lit, j’essaye de bouquiner un peu pour arriver à dormir ,mais mes pensées m’empêchent de me concentrer. Celles-ci me conduisent à la grande silhouette blanche, flamboyante au milieu de l’obscurité, se dirigeant vers moi puis m’étranglant une fois de plus dans les bois ténébreux. Je sens le contact du métal froid avec la peau de mon coup frissonnant de frayeur. J’entends encore une fois sa voix rauque lourde de menaces. Son autre main rugueuse me cogne le crâne à chaque fois que j’essaye d’aligner deux mots dans une petite tentative de communication qui finit par échouer et par me fracturer la tête.

J’entends pour la énième fois dans ma tête ce grognement assourdissant de la moto de mon ami qui s’en va, me laissant seul avec pour seule compagnie ma douleur sourde et l’agresseur. Mon Agresseur. Ce dernier me réclame tout ce que j’ai ,mais dans mon ahurissement total, je n’arrivais plus à parler, je ne faisais plus que zozoter des phrases incompréhensibles découpées par la douleur. Ce fut tellement brusque, irréel et… affreux.

Il me débarrasse de tout ce que j’ai, ma paire de lunettes médicales inclue. Son complice, qui venait de débarquer, le violeur si mes souvenirs sont justes, s’en charge pour les tenir et tout planquer dans mon sac-à-dos tandis que l’autre me conduit sur une de ces tables en ciment conçues pour les familles qui viennent y pique-niquer le jour. Me mettant à plat ventre là-dessus, il s’assit sur mon dos et recommence brutalement ses taquineries avec le manche de son coteau. Ensuite, je le sens me débarrasser de mes converses, mon pantalon et mon caleçon. Mon esprit part dans tous les sens. Mon cœur bat la chamade. Je frissonne comme une feuille, mais je n’ai plus la force de me débattre. Je sens quelque chose d’épais s’introduire en moi me déchirant l’anus. J’entends des rires et des cris de plaisir, ainsi que mes sanglots, accompagnés de coups douloureux sur la tête et le derrière.

Quand leur partie de plaisir cesse, ils me jettent à terre comme un sac de patates. J’éprouve de la haine envers ma personne, du dégout, de la lâcheté et une douleur indicible. Je me sens dépourvu d’honneur et de masculinité. Déchiré. Sale. Je veux à tout prix que la terre s’ouvre sous mes pieds et m’enfonce dans le néant absolu. Je n’étais plus qu’un moins-que-rien. Je prends ce qui me reste de courage et de force, m’habille et regagne la grand-route. Quand je remarque que j’ai du sang partout, je me dirige vers une station-service et me lave dans les lavabos de la mosquée. Au chemin, j’essaie d’inventer une histoire concernant une agression banale dans les alentours de la maison afin d’éviter « lhchouma » et les explications de ce que je faisais dans les bois ce soir-là à mes parents. Depuis, je revois ce souvenir cauchemardesque, à chaque fois que je ferme l’œil. Je vis dans la peur, l’insécurité et la culpabilité. Je ne fais plus confiance à personne. Je méprise les rires insouciants de mes camarades de classe parce que, bien entendu, je n’ai plus d’amis.

Quand on est ados, non, on n’est pas sérieux. On rêve. On prend des risques. On franchit ses limites. Jusqu’au jour où un violeur viens nous arracher notre innocence et on se condamne par la suite de finir le restant de ses jours dans les remords et tous les soupirs du monde ne sauraient bercer son âme…

Mohamed…
Par un Homme