Quoi mon voile? Qu’est ce qu’il a mon voile? Déc05

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Quoi mon voile? Qu’est ce qu’il a mon voile?

 

Oui c’est bien à toi que je m’adresse. Toi qui me dévisages. Toi qui envisages de me coincer au coin d’une rue ou d’un couloir pour me dire que je ne le porte pas bien. Je m’adresse à toi qui trouves que je fais honte à l’étoffe qui couvre ma tête. Toi qui mesure ma piété et mon respect du droit chemin par la longueur de mon étole et de sa totale opacité. Toi qui m’accuses de porter un voile dévoilé en oubliant qu’avant tout, toi et moi sommes des êtres humains qui commettons des erreurs et devrons plutôt s’acharner pour nous faire pardonner.

Qu’est ce qu’il a mon voile ?

Toi qui écarquilles les yeux, qui murmures à ton voisin ta consternation en en me voyant manifester ma joie sur les gradins pour encourager mon équipe favorite ou en entendant des insultes ou injures qu’un automobiliste me force à proférer. Toi qui me regardes du coin de l’œil quand je mets mon voile après une séance de sport déchainée ou de soins chez le salon de coiffure.

Qu’est ce qu’elle a ma tête voilée, toi la vendeuse de la boulangerie huppée qui balbuties pour demander, dans un français approximatif, la commande aux clients devant moi et qui une fois, mon tour arrivé, me dis en arabe/darija « oui lalla ». Encore cette situation me fait sourire ainsi que celle du Stewart de notre compagnie nationale qui avec un faux sourire demande aux passagers ce qu’ils désiraient dans la langue de Molière, sachant que le vol desservait un pays germanique et bien sur une fois à mon niveau, me lance sèchement « chrifa djaj oula lham » autrement « poulet ou bœuf ». J’ai manqué de lui répondre : « Chiken for me sir. Thank you ». Je risque, cependant, de sortir complètement de mes gonds, si un médecin voulant me fournir ses explications se sente obligé de le faire, cette fois, dans un arabe pitoyable qui dévoile plutôt la petitesse de son esprit.

Ces situations me rappellent drôlement que plusieurs fois à Paris, on s’adresse à moi dans certains magasins en anglais et que je m’amuse à répondre par un hochement de tête pour qu’on ne soupçonne pas ma provenance.

Qu’est ce qu’elle a ma tête voilée, toi l’agent de la police espagnole qui, en me voyant marcher vers lui pour rentrer dans la ville de notre territoire que son pays occupe, oses me demander de passer par le couloir qu’empruntent les marchands de la contrebande et m’oblige ainsi à lui balancer une douche froide en lui demandant de voir d’abord le visa apposé sur mon passeport.

Passés ces exemples légers et plutôt sympathiques, le message aux uns et aux autres est qu’il y a encore de grands efforts à faire pour arrêter de stigmatiser et de faire preuve d’une sincère tolérance.

Mon voile je le porte par conviction personnelle et je ne peux assumer en le portant que mes propres erreurs. Je suis une voilée imparfaite parce que tout simplement le parfait n’est pas de ce monde et qu’il faut un peu de tout pour faire une communauté, les cancres, les bons et les meilleurs et aucun humain ne peut se targuer d’avoir la latitude de catégoriser ses semblables.