Bilan d’incompétence Mar09

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Bilan d’incompétence

Comme l’heure est aux résultats des évaluations annelles et aux bilans de compétences… et comme les campagnes électorales approchent, dressons un bilan de nos incompétences.

On y va par ordre chronologique :

Il faut dire qu’on joue à un drôle de jeu avec mère Nature. D’abord nous déplorons la sécheresse, ensuite nous prions inlassablement pour la pluie, pour finalement pleurer nos morts frappés par les intempéries et ramassés dans des camions poubelle. Mais est-ce vraiment la faute de mère nature ?

Dans mon travail, quand les organismes font face à des crises et à de mauvaises gestions de crise, je commence par des descriptifs et une carte de responsabilités, et je termine par un bilan de compétences, qui peut au final s’avérer un vrai bilan d’incompétence.

Pour définir la carte des responsabilités, posons-nous quelques questions :

Qui est responsable des routes, ponts, et sous ponts ?

Qui est responsable des cahiers de charge et appels d’offres qui définissent la qualité des œuvres ?

Qui est responsable du suivi technique et de la validation de la conformité des ponts et routes aux normes de sécurité, avant de les ouvrir au passage public ?

Qui doit connaître par cœur les régions à risque, et les zones touchées par le passé par des accrues ?

Et sur la base des informations concernant les zones à risque, qui doit établir un plan préventif de secours et d’évacuation en cas de catastrophe ?

Gagné, j’ai nommé Monsieur le Ministre de l’équipement. Et force est de constater que l’on est drôlement bien équipé, au point où nous transportons nos morts dans des bennes à ordures !

J’explique cela dit, pour les éventuels questionnements à propos de la nature et du coût de ce plan préventif (je sais anticiper, moi) : ça ne coûte absolument rien, pas un rond, si ce n’est le coût du papier pour imprimer les directives et les avenants, et quelques tasses de café lors des négociations. Et non, ça ne prend pas 5 ans ou 2 ans, ça prendrait au total, avec de la bonne volonté, un ou deux mois.

Comment ça marche ? Le ministère définit les zones à risque, il négocie avec les corps concernés (armée, protection civile, gendarmerie, pompiers…) un plan de déploiement en cas de catastrophe pour sauver et évacuer la population, un plan rapide et efficace, les corps concernés avec leur maîtrise technique, établissent des simulations d’exercices dans ce sens, et les incluent dans leurs programmes d’entraînement.

Sur un autre plan, le ministère met en ligne un portail, avec des numéros utiles (et surtout opérationnels), il alimente le portail avec des informations mises à jour concernant le niveau d’alerte (jaune, orange, rouge) et les prévisions météorologiques.

Bien sûr, on ne peut empêcher la nature de se déchaîner, et bien sûr qu’elle est imprévisible par rapport au timing. Mais il reste quand même une grande marge de contrôle pour limiter les dégâts au maximum.

Le pire, c’est qu’en toute mauvaise foi, on dit qu’une enquête est ouverte à propos du drame. Dans le langage courant, non manipulatoire, et direct, ouvrir une enquête veut dire : « c’est pas moi, et je me dépêche d’ouvrir une enquête pour chercher un bouc émissaire, avant qu’on ouvre une enquête me concernant ».

En toute mauvaise foi, on se déresponsabilise et on jette la patate chaude à l’entrepreneur qui a construit le pont ( la victime de plus), ledit pont qui n’a pas été réceptionné paraît-il par le ministère, mais qui a quand même été ouvert au public !

Oui, mais encore, l’entrepreneur (à qui on veut faire endosser la responsabilité) il a répondu à un appel d’offre, et c’est le ministère qui est censé fixer le cahier de charge au centimètre et au gramme près, avec détails techniques et détails sur les matériaux utilisés, et c’est le ministère au final qui doit assurer le contrôle technique et garantir la conformité de l’œuvre aux normes. Tout ça bien sûr, avant de l’ouvrir au passage.

Donc, si ce ministère dit ne pas être responsable des routes et infrastructures laissées par l’ancien gouvernement (ça fait quand même trois ans !!!!) ni responsable des infrastructures présentes et futures, ni responsable des routes (merci d’avoir une pensée pour les victimes de l’accident dramatique sur la route de Tichka, il n’y a pas si longtemps, où le drame s’est répété autrement cette fois) ni des ponts et sous-ponts, ni de leur suivi, ni de leur conformité aux normes, ni de leur ouverture… Pourquoi ne pas supprimer ce ministère, visiblement sans carte de fonctions sans carte de responsabilités et sans utilité ?

Ce que je ne comprends pas, c’est que ce sont des zones connues pour les risques d’accrues, les rivières ont un lit et ont une trajectoire plus ou moins prévisible, la nature a de la suite dans les idées, et reste constante même dans ses débordements. Mais visiblement, le ministère, lui, n’a ni suite dans les idées ni constance.

Vient ensuite, l’opium de notre peuple, cette passion qui ne rend pas la pareille à ses fans chez nous : le sport, et plus précisément le foot. Et comme on ne rigole pas avec le foot, cette fois-ci, on ne va pas fermer les yeux et laisser passer la bêtise, et l’affaire du stade inondé pour cause de non conformité du gazon, va coûter sa place à Ouzzine, qui était alors Ministre de la jeunesse et du sport. Mais qui, visiblement, n’a pas réceptionné (encore !) le stade, pourtant ouvert pour un match. Nos ministres n’aiment pas réceptionner les chantiers, ca doit être une phobie.

Bien que je ne comprendrai jamais les critères de priorisation chez le marocain, mais visiblement, on peut laisser passer une affaire de morts et de régions coupées du reste du pays, mais on va bien sûr se soulever pour du mauvais gazon, un signe peut être, qu’on est partis pour brouter pour quelques années. Bref, on envoie paître Ouzzine, lui qui aurait pu nous faire rentrer dans le livre de Guinness pour la plus grande raclette, il s’en est pris une.

Et entre deux déclarations bien sympathiques du grand chef, maladroites pour les uns, et intentionnelles pour les autres, mais clairement misogynes. La dernière en date pourrait faire de l’ombre aux 50 nuances de gris, rendre vert de jalousie un certain Rocco, et pourrait même donner lieu à une vignette « programme réservé aux adultes » avant la transmission des séances parlementaires.

Et en parlant des 50 nuances de gris, et de système de priorisation très archaïque, on va interdire un film au tour de la vie du prophète Moïse, avant de le ré-autoriser après avoir charcuté quelques secondes de scénario scandaleux. Et quelques jours après, on va programmer le film soft porn sado maso avec fessée torture et tout ça. Ah les critères encore m’échappent et les limites du politiquement correct dans le triangle cul, culte, et culture restent obscures et définitivement pas claires du tout.

En parlant justement de torture, et de choses « claires », je reste sans mots face à la récente interview du ministre de la communication et porte parole du gouvernement. Je peux me tromper, mais c’est bien ça la fonction initiale de ce poste ? Communiquer et parler, juste parler bon sang ! Juste formuler une phrase cohérente !

Le ministre a vécu une vraie séance de torture et nous l’a infligé par incompétence juxtaposée. Je ne discute pas son accent ni ses lacunes en Français, Mais la question qui se pose : pourquoi n’a-t-il pas parlé dans une langue qu’il maîtrise, en faisant appel à un traducteur ? Pourquoi choisir de parler dans une langue qu’il ne maîtrise pas ? C’est quoi le problème avec l’arabe ?

Mais passons le détail du choix de la langue parlée pour la forme, il a finalement bien choisi la langue de bois pour le contenu. Ou même pas la langue de bois, il a juste décidé de faire une interview, pour refuser de répondre après à toutes les questions, POURQUOI ? Pourquoi donner une interview quand on est décidé à ne pas répondre ?

Un Ministre de la communication et porte parole du gouvernement qui attrape une constipation verbale, on aurait tout vu. Il nous a fait l’interview à la façon « qui veut gagner des millions » en répondant à la question par un « A » un « B » un « C » ou un « D » :

« A » c’est clair

« B » c’est l’avenir

« C » je ne peux pas en parler

« D » tout est clair, je suis clair, c’est clair

Et on ressentait son besoin de demander un « joker » ou « un coup de fil à un ami » quand le journaliste a évoqué la torture et le compte suisse du Roi. Si le roi lui-même s’est exprimé par rapport à ce sujet sur « Le monde », pourquoi être plus royaliste que le roi ? Quitte à apprendre par cœur la réponse publiée sur le journal et la réciter !

Ce qui permet de mettre la question finale dans son cadre « êtes-vous heureux ? ». Une question dont il n’a visiblement pas saisi le sarcasme

Imane Hadouche : coach en leadership politique et auteure