A Fatima

Je n’ai pas connu Fatima Mernissi. Pas personnellement j’entends. Pour moi, c’était quelque chose qui pouvait attendre, puisqu’elle était éternelle. C’était comme une sorte de pensée magique… ou alors la conviction inconsciente que je la rencontrais chaque jour dans les rues de mon pays. Dans les visages des femmes délivrées des harems. Du moins, des murs de béton, car les murs de âme demeurent souvent infranchissables. Je la rencontrais aussi dans mes prises de position, quelques fois irréfléchies et me disais que c’est parce que des femmes comme Fatima ont tenu tête au premier jet de pierre que je peux aujourd’hui m’aventurer dans l’arène sans armure. Un jour, en 2012. On m’invita à un panel organisé par le CNDH avec des gens au très lourd passif militant. J’étais censée représenter la génération de féministes en herbe. Des bébés râleuses dont la conscience s’est tout juste réveillée par les premières brises du printemps arabe. Je n’avais rien contre, même si je n’avais jamais eu le militantisme tenace. Mais, avec des femmes, on avait créé une sorte ce blog collaboratif pour déverser nos ires et nos rires. On l’avait appelé Qandisha. Une dame, dont j’ai malheureusement oublié le nom, me demanda pourquoi ce nom de Qandisha. Je m’apprêtais à répondre avec lassitude à cette question redondante chez moult bonne gent qui s’effarouchait de l’évocation de la diablesse, quand j’aperçus une lueur intrigante dans les yeux de la dame. Je lui racontai donc consciencieusement comment l’idée de ce nom nous était venue. Comment on avait prédit qu’en parlant d’autre chose que de la beauté, la mode et la cuisine, on allait à l’encontre de l’idée qu’on se faisait de nous et que le pire que l’on pouvait subir, c’était d’être accusées de traitrise, stigmatisées de mille noms...

Malika Mar22

Malika

  Malika m’a élevée. Dans tous les sens du terme. Malika avait 18 ans quand je suis venue au monde. Je lui ai fait rater son bac cette année là. L’année d’après, elle ne s’était même pas présentée aux examens. J’avais contracté la coqueluche et pour je ne sais quelle raison, elle se sentait coupable. L’instinct maternel sans doute. Elle avait veillé sur mes insomnies et mes quintes de toux. Elle avait perdu davantage de poids, aux dires de ma mère qui angoissait du coup pour nous deux. Malika avait échappé de peu à un misérable destin en rencontrant cette cousine éloignée qui ne pouvait se résoudre à laisser une jeune fille toute maigrichonne passer à côté d’une scolarité normale et porter sur sa frêle ossature le poids d’un ménage dans une maison de riches. Il n’était pas question que ma mère paie la sienne pour l’avoir. Ce n’était pas une domestique, mais une cousine qui allait avoir peut-être une chance de s’en sortir, contrairement à ses soeurs. Elle avait donc dix ans lorsqu’elle a rejoint le jeune couple à El Jadida, où elle a pris le chemin de l’école. Je suis née 8 ans plus tard. Dans mes tout premiers souvenirs de Malika, j’ai en tête l’image de ce sourire indélébile, ces joues qui rougissaient comme des tomates, ce teint bronzé que j’aimais tant et des yeux tellement bridées que j’en étais fascinée. Jamais Malika ne me refusait une demande ou un caprice. Mon bonheur à mon retour d’école était de me retrouver seule avec elle et de profiter de toutes ses faveurs avant le retour des autres. Elle avait toujours quelque chose pour moi : une gaufrette, un fruit, une glace, des caramels ou, à défaut, de gros câlins qui couvrent la...

Jihane et Hiba : que la honte change de camp! Juil24

Jihane et Hiba : que la honte change de camp!...

  Aujourd’hui, Fatim-Zahra Yaakoubi et Jamila Sayouri nous ont donné une belle leçon de courage. Elles ont rejeté toute forme de compromis avec les agresseurs de leurs jeunes filles, malgré la pression et le poids de la tradition dans une société patriarcale, où les droits de la femme sont bafoués au quotidien. Ces femmes se sont insurgée contre le crime, avec bravoure et dignité, soutenues par leurs conjoints, des amies et de parfaits inconnus ayant répondu aux nombreux appels à soutien spontanés sur facebook. Les faits : Dans la nuit du 4 au 5, une sortie normale en compagnie d’un ami de la famille s’est vite transformée en cauchemar pour Jihane et Hiba, lorsque le jeune R.T., accompagné par K.B., un individu plus âgée (33 ans) méconnu du groupe d’amis, a changé de destination pour isoler les jeunes filles. Menacées avec des armes blanches et des battes en fer, frappées et surtout humiliées, Jihane et Hiba se débattent jusqu’au bout… Viol et agression à caractère sexuelle ont lieu. Les agresseurs recourent aux menaces pour intimider les jeunes filles et les empêcher de porter plainte. Statut social aidant (l’un des agresseurs est fils de haut gradé de l’armée et le second est le gendre d’un ancien haut responsable, père d’un malheureux enfant en très bas âge) les agresseurs comptent s’en sortir impunément. La plainte : Après des heures interminables de violence et de terreur, le choc est tel que les victimes perdent la voix. Mais soutenues par Maitre Jamai et Maitre Saadia Weddah, elles parviennent à rédiger un récit des faits… Dans les familles, c’est la panique. Les parents sont horrifiés, déprimés, en colère, mais entament la procédure légal pour prouver l’agression sexuelle et rechercher l’autre individu. 15 jours s’écoulent avant que les deux familles...

Le blog, le bug aérien français et moi...

  Pas facile de s’envoyer en l’air ! Non, ce n’est pas un papier cul. Quoique… On s’est bien fait… Restons polis. Après tout, ce n’est qu’une journée de foutue, un torticolis et une valise perdue quelque part entre Casa et Paris. Va savoir à quelle altitude elle se trouve en ce moment… J’ai même pas pu dire à maman que j’ai raté l’avion, car en courant dans tous les sens pour attraper un TGV ou un sandwich, il m’a été difficile de trouver une cabine téléphonique. Rassurez-vous, j’en ai trouvé. C’est la carte qui était exclusivement locale… Bon, on ne va pas se lamenter. En État de droits, on a droit à la grève. On a même le droit de ne pas être efficacement remplacé pendant la grève. Sinon ça servirait à quoi sérieusement, non mais! Et puis soyons compréhensifs : le gars a un métier à risque. Il orchestre les virées au septième ciel et force est de croire que ce n’est pas le pied. Un contrôleur aérien, c’est une victime comme nous. Il a même peur que l’on paie les pots cassés, ou alors qu’on ne paie pas… je ne sais plus! Tout ce que je sais, c’est que le contrôleur aérien français n’avait aucune intention de nous faire du mal ou de me faire rater l’agréable rencontre du 4M, organisée à Montpellier, avec des personnes tout à fait charmantes venues de 40 pays, pour débattre du blogging/journalisme 2.0. De toute façon, j’ai bien été présente à la rencontre prévue pour débattre de la crédibilité du net comme média. Si j’avais dormi assez la veille et que l’ombre de ma chère valise n’embrumait pas mes pensées, j’aurais peut-être pu objecter que le net n’était pas un média, mais un support comme...

يوم عادي من زمان الحڭرة...

  ما عرفتش علاش بغيت نكتب بالدارجة. يمكن على حقاش بغيت يفهمني كل مغربي غادي يقراني، و يمكن حيت الهدرة كتخرج احسن بلغة القلب… و لا حيت ما كاين حتى لغة كتعرف تترجم بدقة كلمة « حڭرة ».1 مغامراتي ف الطاكسي الأحمر ما كتقاداش. كل نهار و رزقو. مرة مناڭرة مع شيفور عنصري و لا ضاسر، مرة مقشبة مع ناس ما كنعرفهمش، جمعاتنا ركبة ف اتجاه واحد. بزاف ديال المرات، ملي كيكون الحال سخون بحال هاد الإيام و الراس عامر، كنسد وذني و كنسهى ف السما… باش ما نشوفش بنادم.1 اليوم وانا راكبة ف الطكسي ف الروداني، الحرارة، الصداع، الزحام، موسيقى كتفرع الراس، شيفور مقابل الي دازت كثر من الضو الاحمر و الخط المتصول، ما كان عندي ما ندير. حتى السما غطاها واهد الكاميو مشارجي كيكحب غمام كحل كيطيح الضيم.1 كنت كنفكر في المستقبل البعيد، ملي شفت واحد المنظر ف شكل. هوندا مشارجية بزاف و راكب فيها اللور راجل ما لاقي فين يڭلس، لدرجة أنو حل باب الثلاجة الي مشارجي و دخل يڭلس فيها. يلله بديت كنفكر بللي السيد ڭالس ف ثلاجه و ميت بالصهد، حيت الشمش ضاربة فيه، وانا نشوف الطوموبيل لي وراه. كاط كاط بيضا، فيها جوج رجال ما بين 30 و 35 عام، مفرشخين بالضحك على نفس الراجل. اللي سايق كيكلاكصوني عليه و الاخركيصور فيه بآيباد. فكرت بللي الموقف ما كيضحكش لهاد الدرجة و ملي شافهم السيد و بانت عليه مضايق بالفعل ما بقيتش حملت الموقف بصفة نهائية. علاش هاد الضحك كامل؟ علاش كيتهكمو عليه لمجرد أنو ما لقاش فين يڭلس و دخل للثلاجة؟ ڭلت مع راسي : ياه على براهش! بقات ف الشلاغم و الطوموبيل.1 لكن القضية ما وقفتش هنا، حيت مول الآيباد خرج راسو من الطوموبيل و ڭال للسيد : واش مزيانة عندكم لا كليم؟ داكشي بارد مزيان؟ عنداك يتهرس ليك ملي تنوض! وا هدر هدر آ صاحبي! إلى...

Qui me protège de la police?...

  « La police est au service du peuple », dit-on. Le tout est de savoir de quel peuple il s’agit ! « Ne t’énerve pas Fedwa. ça devait bien t’arriver une fois dans ta vie… », me dit le pauvre ami qui m’a rendu le service de me ramener chez moi, au lieu de me laisser prendre ce taxi patibulaire. Il essayait certes de rigoler pour apaiser la tension, surtout après toutes les menaces à peine masquées qu’il s’est pris de la part de deux racketteurs en uniformes. La soirée était décidément trop bien pour finir en beauté. L’anniversaire d’une amie, une bande d’amis hilares et un dernier verre chez elle pour achever de lui souhaiter tout le bien qu’elle mérite. En sortant, vers les coups de 2h du matin, j’évite à des amis de faire le grand détour pour me déposer, en demandant ce service à la personne qui habite le plus près de chez moi. Quoi de plus normal? Très cher ami, pardon ! Je n’ai jamais pu imaginer que je puisse une tare. Je n’ai jamais cru pouvoir être un motif de menace de foutre ta carrière en l’air, ni de te trainer menotté au commissariat. Mais que veux-tu? Je ne suis qu’une femme moi… Je ne peux qu’être de moeurs légères et de vertue aussi petite que ma robe, n’est-ce pas ? Dès que nos deux motards nous demandent de nous arrêter, je sors le plus naturellement de la voiture pour assister à l’examen de nos pièces d’identité et pour répondre aux éventuelles questions de routine. À peine le nez dehors, le plus gros d’entre les deux, me demande de regagner la voiture en employant un ton grossi pour l’occasion. Je n’ai pas encore le temps de rétorquer, que...