Le célibat : fatalité ou sagesse ? Mar09

Le célibat : fatalité ou sagesse ?...

A quel moment prenons-nous conscience du caractère dramatique de notre propre célibat ? Lorsque notre dépendance affective active la sonnette d’alarme de la solitude ? Ou lorsque nos ami(e)s, nos sœurs, nos mères, les voisines et les amies de nos mères se mobilisent pour nous ouvrir les yeux sur le No Man’s Land de notre vie affective ? Nous sommes bien trop nombreuses et nombreux à penser qu’il n’est pas normal d’être célibataire. Mais normal pour qui et par rapport à quel référentiel ? Quand il ne suscite pas la pitié, le célibat éveille les soupçons. Un homme vivant seul sera soupçonné d’être gay ou impuissant. Une femme indépendante inspirera les propos les plus absurdes pour justifier son incompétence à trouver un mari : « Ghat koun mes7oura meskina… » (Elle doit être envoutée la pauvre…) dira-t-on en messes basses. Le célibat a dans nos esprits une connotation de rejet et de marginalité. C’est une honte que nous combattons à tout prix pour ne pas être pointé du doigt. Pour accomplir cette « Sounate al 7ayate » (règle de vie) qu’impose notre culture musulmane, nous sommes prêts à nous soumettre à toutes les absurdités du marché matrimonial, à commencer par fréquenter la mauvaise personne pour les mauvaises raisons. « Au Maroc, si tu n’es pas « la fille de » ou « la femme de », tu n’es rien ! », s’avoue-t-on souvent entre femmes. Pourtant, vivre en couple uniquement pour exister aux yeux de la société, pour se détacher du foyer parental, pour se libérer des consignes rébarbatives des proches ou pour se faire faire un enfant, est loin d’être une preuve d’indépendance. C’est en réalité un symptôme de dépendance et de soumission qui nous fait beaucoup plus souffrir qu’il ne nous apporte...

Nous, femmes contorsionnistes Jan06

Nous, femmes contorsionnistes...

« Wili, kouni t7echmi ! » (Voyons, sois pudique !) « Kouni merdiyate el walidine » (Soit digne de la bénédiction de tes parents) « Kouni bent ennass » (Comporte-toi comme une jeune fille de bonne famille) « Twalo lik errejline ? » (Où penses-tu aller comme ça ?) « Wili, ach ghay goulou ennass » (Voyons, que vont dire les gens ?) « M3amen tchawerti ? » (A qui as-tu demandé l’autorisation ?) « 7emri lya lewjeh » (Rends moi fier de toi) « Khassek telqay li setrek » (Tu dois trouver un mari qui te couvre) « Choufi laliyatek ach darou ! » (Prends exemple sur celles qui te dépassent de loin !) « Kouni mra ou gadda ! » (Comporte-toi comme une femme capable !) Voici certaines des nombreuses injonctions contradictoires que les femmes marocaines supportent de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Au sein d’une société arabo-musulmane servile et culpabilisante, déchirées entre tradition et modernité, nous sommes tantôt encouragées à devenir des femmes fortes et exemplaires, tantôt assujetties à l’autorité parentale, sociétale ou spirituelle. Générations après générations, les familles cultivent ce besoin furieux de guider minutieusement leurs filles dans le moindre de leurs choix, le moindre de leurs actes. La plus subtile incartade ou tentative d’expression personnelle est considérée comme un affront honteux qui doit être dissimulé. De plus, la religion musulmane donne un statut prestigieux aux mères en affirmant que « Le Paradis est sous les pieds des mères ». Malheureusement, cette parole prophétique est souvent détournée pour faire d’elles des martyrs à qui on ne peut rien refuser, pas même de s’immiscer dans nos choix  les plus intimes. Dans une culture où les mots « liberté », « opinion », « choix personnel », « intimité » et « intégrité » sont considérés comme des propos blasphématoires, quelle place reste-t-il à l’épanouissement de notre véritable personnalité ? Nous nous démenons pour répondre à des diktats de toutes sortes, afin d’apaiser ces voix qui n’ont de cesse de creuser de...

La mort au ventre : un suicide à petites bouchées Nov22

La mort au ventre : un suicide à petites bouchées...

Ecrasées par le poids des attentes de nos familles, soumises aux regards critiques de nos voisins et enchaînées par la perception qu’a le monde de la femme parfaite et accomplie, nous nous plions tant bien que mal à toutes ces exigences oppressantes. Pourtant, étouffer ses aspirations en faveur de la bienséance contribue à de nombreux ravages psychologiques. Outre les troubles de la personnalité et les dépressions qu’engendre cet état de fait, les thérapeutes identifient également des symptômes moins décelables tels que les troubles de l’humeur et les troubles du comportement alimentaire (TCA). Les TCA regroupent des troubles tels que l’anorexie mentale, la boulimie, l’hyperphagie, l’orthorexie ou encore la néophobie alimentaire. Il ne s’agit là que de symptômes qui révèlent un mal-être bien plus profond chez les malades. Pourtant, ils sont d’autant moins détectables qu’ils sont parfaitement cachés par leurs victimes. Ces maladies touchent essentiellement des femmes, mais ne se limitent pas à celles-ci. Terrifiées et honteuses, très peu d’entre elles osent en parler au risque de s’entendre dire « jem3i rassek ou diri 3aqlek ! » (Ressais-toi et mûris). Pourtant, les personnes souffrant de TCA ne manquent ni de volonté ni d’ambitions. Trop longtemps étouffées, elles manquent seulement d’estime pour elles-mêmes et d’une identité qu’elles aliènent à leurs familles, leurs maris, leurs employeurs ainsi qu’à la société toute entière. Les TCA ne connaissent aucune barrière sociale et peuvent se révéler à l’adolescence ou à l’âge adulte. Mais en général, les causes à l’origine de ces maladies apparaissent dès la petite enfance au sein du foyer. Brimades, jugements, privations, culpabilisations, sobriquets péjoratifs et violences ordinaires, sous couvert de l’humour ou de l’éducation, alimentent le terreau où germent les TCA. L’anorexie mentale, qui consiste à réduire drastiquement l’apport de nourriture ou à se priver de celle-ci,...