Les Égyptiens en quête d’une seconde révolution...

  Bien que l’envie ne manque pas – quand on s’appelle Marianne et que l’on est Française on naît forcément avec une sensibilité de révolutionnaire – j’ai choisi de ne pas prendre part aux manifestations organisées par le mouvement Tamarod (Rébellion) dimanche dernier. En tant qu’étrangère cela peut être risqué pour moi (un jeune étudiant américain a été tué vendredi dans le quartier de Sidi Gaber à Alexandrie) mais aussi pour mes amis égyptiens que l’on pourrait soupçonner de fréquenter des « espions ». Installée depuis près de trois semaines en Égypte, à Alexandrie, je découvre ce pays que je ne connaissais qu’à travers la littérature, le cinéma et bien évidemment la musique. L’Égypte, pour quelqu’un qui étudie les pays arabes, est la terre des fantasmes orientalistes par excellence. Sans n’y être jamais allée j’étais déjà submergée par les émotions et laissais mon imagination divaguer entre les romans de Naguib Mahfouz et les envolées lyriques d’Oum Kalthoum. Je nourrissais néanmoins quelques appréhensions au vu des nouvelles alarmantes diffusées dans les médias, notamment en ce qui concerne le harcèlement sexuel et l’intégrisme. Après avoir travaillé ces deux dernières années au Maroc, étudié en Tunisie quelques mois avant la révolution j’allais découvrir désormais le Machrek et fouler le sol d’Oum El Dounia (La mère du monde). Très rapidement mes appréhensions se sont envolées. Je marche tous les jours pour aller travailler et je croise peu de barbus, presque aucun en réalité. Par ailleurs, cela peut en étonner certains mais le harcèlement sexuel n’est pas pire ici que dans les rues de Casablanca (du moins c’est mon ressenti pour l’instant). À vrai dire, je m’y sens beaucoup plus en sécurité. Les magasins sont ouverts jusque très tard dans la nuit et les rues grouillent souvent encore de...