À qui appartient le corps de la femme? Août26

À qui appartient le corps de la femme?

À qui appartient le corps de la femme? Posté par Sanaa Takhssait le 26 août 2013 dans Focus | 22 commentaires Le visage découvert, couvert. Civilité ? Soumission ? Il me semble que si nous voulons comprendre et mieux poser le débat, il faut que nous partions aussi d’un point fondamental qui consiste à discuter du corps des femmes telle qu’il a été envisagé par la société, en nous posant une question mi-empirique mi-théorique : À qui appartient le corps des femmes? Il est nécessaire de rappeler que tous ces débats tournent autour d’un seul élément : le corps des femmes. Un corps couvert et effacé tel qu’il est représenté dans la photographie de la photographe Yéménite Bouchra Almutawakel, ou un corps nu, objet des revendications des Femen. Depuis toujours, le corps des femmes est l’objet d’un traitement très différent de celui réservé au corps des hommes. Recueillant autant de louanges émues quand il est jeune, dégoûté en cas de non-conformité à un idéal de séduction jamais atteint, étalé nu ici, honteusement couvert et recouvert là, cet « éternel féminin » semble cultiver la contradiction. Depuis les travaux des champs jusqu’à ceux de l’usine et de la maison, depuis les soins aux enfants jusqu’au soutien aux anciens et aux malades, depuis le poids de la culpabilité des désirs « illégitimes » des hommes jusqu’à leur satisfaction même non consentante, depuis la virginité réelle ou simulée jusqu’à la mise au monde d’enfants qu’elles ne désirent pas, la construction sociale d’un corps féminin problématique (compliqué, faible, malade, uniquement centré sur ses fonctions reproductrices…) et pourtant bon à tout faire, supporte des assignations qui deviennent à la fois cause et conséquence du statut inférieur des femmes, de leur dévalorisation symbolique et de leur exploitation et marchandisation économique, notamment dans le champs médiatique. Qu’on les veuille voilées ou dévoilées, les unes comme les autres dans la rue, dans l’espace public, sont ramenées à cette dure réalité : elles ne valent qu’en tant que «sexes» et pas en tant que personnes ayant des intérêts et des fonctions multiples, vaquant simplement à leurs occupations. Leur corps ne leur appartient pas tout à fait, puisque n’importe quel inconnu peut se permettre d’en commenter les caractéristiques ou l’accoutrement. Cantonnées dans ce rôle/organe de « sexe », elles sont à chaque instant susceptible d’être évaluées, désirées ou agressées par un homme. Dans le viol, dans la prostitution, dans les films X, dans les mutilations sexuelles, dans l’obligation de se cacher sous un voile, dans les publicités, et tout bonnement dans la pression constante prônant la beauté, la minceur et la jeunesse, c’est toujours la même chose qui est rappelée aux femmes : la société, régie par les hommes, a un droit de regard, et même un droit d’usage sur leur corps, à des fins de reproduction ou de guerre, à des fins religieuses ou...