Nous, femmes contorsionnistes Jan06

Nous, femmes contorsionnistes...

« Wili, kouni t7echmi ! » (Voyons, sois pudique !) « Kouni merdiyate el walidine » (Soit digne de la bénédiction de tes parents) « Kouni bent ennass » (Comporte-toi comme une jeune fille de bonne famille) « Twalo lik errejline ? » (Où penses-tu aller comme ça ?) « Wili, ach ghay goulou ennass » (Voyons, que vont dire les gens ?) « M3amen tchawerti ? » (A qui as-tu demandé l’autorisation ?) « 7emri lya lewjeh » (Rends moi fier de toi) « Khassek telqay li setrek » (Tu dois trouver un mari qui te couvre) « Choufi laliyatek ach darou ! » (Prends exemple sur celles qui te dépassent de loin !) « Kouni mra ou gadda ! » (Comporte-toi comme une femme capable !) Voici certaines des nombreuses injonctions contradictoires que les femmes marocaines supportent de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Au sein d’une société arabo-musulmane servile et culpabilisante, déchirées entre tradition et modernité, nous sommes tantôt encouragées à devenir des femmes fortes et exemplaires, tantôt assujetties à l’autorité parentale, sociétale ou spirituelle. Générations après générations, les familles cultivent ce besoin furieux de guider minutieusement leurs filles dans le moindre de leurs choix, le moindre de leurs actes. La plus subtile incartade ou tentative d’expression personnelle est considérée comme un affront honteux qui doit être dissimulé. De plus, la religion musulmane donne un statut prestigieux aux mères en affirmant que « Le Paradis est sous les pieds des mères ». Malheureusement, cette parole prophétique est souvent détournée pour faire d’elles des martyrs à qui on ne peut rien refuser, pas même de s’immiscer dans nos choix  les plus intimes. Dans une culture où les mots « liberté », « opinion », « choix personnel », « intimité » et « intégrité » sont considérés comme des propos blasphématoires, quelle place reste-t-il à l’épanouissement de notre véritable personnalité ? Nous nous démenons pour répondre à des diktats de toutes sortes, afin d’apaiser ces voix qui n’ont de cesse de creuser de...

Ma jolie école Nov18

Ma jolie école

  L’école, cet endroit magique qu’on chante dans l’enfance, qu’on cherche à fuir à l’adolescence et dont on rêve d’y retourner une fois happé par tumultueux monde des adultes. L’école, que de souvenirs entre ses murs et devant sa porte. A cette école que j’ai candidement aimée, parfois vénérée, je voudrais dire que je lui reproche bien des choses. On dit bien : qui aime bien châtie bien. je n’ai jamais voulu saisir le sens réel de cet adage mais je trouve qu’il convient au contexte. je me rappelle avoir chanté que mon école était fort jolie, qu’elle m’apprenait à être polie… Ma jolie école m’a bien appris certaines formes de politesse mais j’aurais voulu qu’elle m’apprenne que la société dehors est une vraie jungle où politesse est interprétée en faiblesse. J’aurais aimé qu’elle m’apprenne en cours d’éducation civique que dehors, les règles minimales du civisme sont bafouées au vu de tout le monde. Elle aurait dû m’aviser que les obligations du civisme ne s’appliquent pas à tous et que certains sont même confortés dans leur violation quotidienne des règles qu’elle nous disait inviolables. Elle aurait dû tôt m’apprendre qu’on n’est pas tous égaux en droits. Ma jolie école aurait dû m’aviser que dehors, en dépit des apparences, l’ignorance bat son plein : que les citoyens ne savent pas ce que veut dire une fil d’attente, ne savent pas attendre patiemment leur tour, ne savent pas vivre en copropriété, ne savent pas le vrai sens de respect, de tolérance, d’hygiène… J’aurais voulu qu’elle sache ce qu’elle veut réellement m’inculquer dans les interminables et ennuyeux cours d’éducation islamique. Ma jolie école n’a jamais été laïque. Pourtant, elle balbutiait dans son enseignement de la religion. Jolie école, pourquoi passer par plusieurs chemins pour arriver nulle part....