Le blog, le bug aérien français et moi...

  Pas facile de s’envoyer en l’air ! Non, ce n’est pas un papier cul. Quoique… On s’est bien fait… Restons polis. Après tout, ce n’est qu’une journée de foutue, un torticolis et une valise perdue quelque part entre Casa et Paris. Va savoir à quelle altitude elle se trouve en ce moment… J’ai même pas pu dire à maman que j’ai raté l’avion, car en courant dans tous les sens pour attraper un TGV ou un sandwich, il m’a été difficile de trouver une cabine téléphonique. Rassurez-vous, j’en ai trouvé. C’est la carte qui était exclusivement locale… Bon, on ne va pas se lamenter. En État de droits, on a droit à la grève. On a même le droit de ne pas être efficacement remplacé pendant la grève. Sinon ça servirait à quoi sérieusement, non mais! Et puis soyons compréhensifs : le gars a un métier à risque. Il orchestre les virées au septième ciel et force est de croire que ce n’est pas le pied. Un contrôleur aérien, c’est une victime comme nous. Il a même peur que l’on paie les pots cassés, ou alors qu’on ne paie pas… je ne sais plus! Tout ce que je sais, c’est que le contrôleur aérien français n’avait aucune intention de nous faire du mal ou de me faire rater l’agréable rencontre du 4M, organisée à Montpellier, avec des personnes tout à fait charmantes venues de 40 pays, pour débattre du blogging/journalisme 2.0. De toute façon, j’ai bien été présente à la rencontre prévue pour débattre de la crédibilité du net comme média. Si j’avais dormi assez la veille et que l’ombre de ma chère valise n’embrumait pas mes pensées, j’aurais peut-être pu objecter que le net n’était pas un média, mais un support comme...

J’étais sur l’autoroute toute la sainte journée...

Un kilomètre à pied ça use ça use, un kilomètre à pied ça use les souliers ! Oui, toujours est-il qu’un kilomètre en voiture sur l’autoroute Casa Rabat ça use les nerfs, et toutes les valeurs civiques, ça ruine l’éducation que tu as reçu de tes parents et tes éducateurs, ça te nique les jambes les bras le dos et peut éventuellement t’exploser la rate ! Autoroute ! le mot est bien gros : des travaux interminables et infinis. Hercule aurait achevé ses douze travaux avant qu’une misérable tranche de 500 mètres ne soit goudronnée et terminée. J’ai un scoop pour vous : la vignette au fait nous la payons deux fois, une fois comptant à l’administration concernée et une autre fois en nature tous les jours que le bon Dieu fait. En dehors des travaux, de la route toute cabossée, éternel chantier, il y’a bien sûr les bouchons. Encore une fois le mot « bouchon » est bien maigre. Je les ai compté, ils sont réguliers dans la dimension spatiotemporelle et sont au nombre de trois. Mais il paraît que je ne suis pas la seule à les avoir observé et analysé. A chaque bouchon, des jeunes hommes robustes et l’air de faire la manche, passent en revue les voitures bloquées, et bien évidemment, là, à ce moment de profonde solitude, la phrase de Tarek Bnou Zyad prend tout son sens, et c’est « la mer est derrière vous, et l’ennemi est devant vous » on est coincé là, dans un bouchon à la merci d’éventuels agresseurs, et on subit notre trajet, sans choix aucun, aucune fuite en avant n’est possible, aucune marche arrière n’est réalisable, pas plus à gauche ni à droite, à moins de pouvoir voler notre destin est scellé. Et là, au moment du passage par le guichet, c’est...

Cuisine et identité : un mariage réussi...

Années 70, province, France profonde, je viens d’arriver à Tours faire mes études de journalisme. Franco-Marocaine de Marrakech, j’exulte de vivre enfin librement et pouvoir exhiber ma « francité » dont je ne suis pas peu fière! Mais dès les premiers jours, il s’avère qu’être Française ne suffit pas, à plus forte raison ne l’être qu’à demi : il faut pouvoir se référer à une province, à un terroir, à un folklore bien hexagonal, les Bretons se révélant dans cet art les maîtres incontestés. A ce rythme je ne peux espérer conquérir un centimètre de terrain, ni même entrer dans la ronde des fiertés identitaires régionales et je fais ce que finalement chacun fait pour ne pas se laisser submerger : on se pose en s’opposant, et puisque visiblement ne peux être Française à part entière, je vais donc leur montrer, à ces Françaouis, de quel bois (marocain) je me chauffe… et pour commencer, je mets au placard le prénom européen dont ma mère m’a gratifiée pour ne plus mentionner que celui, « royal », que mon père et Lalla m’ont donné : Malika.   La vie estudiantine a ses rites et à la Cité universitaire s’instaure rapidement une espèce de parcours du combattant : il faut montrer aux autres ce qu’on a dans le ventre, au sens propre du terme : chaque étudiant se doit de défendre les couleurs de ses origines en confectionnant un repas de sa région pour régaler la galerie ! « Et toi, la Marocaine, fais-nous du couscous, chérie, fais-nous du couscous », la la lère, la la la…. sur un air musical connu à l’époque! Estomaquée, si j’ose dire, par la proposition, je promets tout ce qu’on veut en espérant que, le temps passant, on va finir par m’oublier car, aussi étonnant que cela...

Pour un séjour sans carte...

Jamais je n’aurais pu imaginer que cela aurait pu être un problème, jamais je n’aurais soupçonné la difficulté d’être marocaine dans ce monde. Ce n’est pas une tragédie, ce n’est pas un problème en soi, c’est juste des difficultés supplémentaires dans un monde déjà difficile d’accès. Je vais vous raconter pourquoi. Un jour heureux, il y a 30 ans, je naquis tranquillement dans un beau pays tranquille, où la langueur de vivre était agréable, les fruits délicieux, les ambitions modestes et des défauts humains pleins les caractères. Rien d’exceptionnel à vrai dire, juste une sublime terre marocaine où il faisait bon vivre sans trop de spasmes. Les années passèrent dans un pur confort psychologique, mon cerveau s’enrichissait de lectures diversifiées de par le monde, des images Incas, Grecques, Olmèques, Cherokees, Samouraïs, Gauloises, Massaïs, Celtes, Maoris peuplaient mon imagination. Un jour, j’irai voir leur terre me disais-je. Un jour, je mettrai mon sac sur le dos et je parcourrai humblement les traces de nos ancêtres les Hommes sur cette Terre. Ah ce que je pouvais être naïve. Je ne savais pas que je ne pourrais faire un pas sans justifier de ma bonne foi à chaque poste frontière, je ne savais pas que les séjours n’étaient possibles que sous réserve de la validité d’une carte et de ses nébuleuses infinies d’autorisations aussi absurdes les unes que les autres. Pourquoi absurde ? Et ben, moi je suis une grande naïve comme je l’ai déjà dit. J’ai lu un jour le discours qu’aurait tenu le Grand Chef indien Cree, le Grand Seattle, face aux pressions violentes que subissait son peuple pour déguerpir et laisser la place aux blancs. Le sage homme soutenait face aux Yankees qu’il ne pouvait leur vendre sa terre puisqu’elle ne lui appartenait pas…que la...

MRE : Marocain Résolument Enervé...

Oui, je suis une MRE, même si j’ai cru comprendre qu’on nous avait affublés  entretemps d’autres initiales et je veux rester MRE, soit Marocaine Résolument Enervée. Depuis le temps que je me sentais bien loin de tout et oubliée de tous, voilà que cet été j’ai enfin entendu parler de mon Ambassade. Des gens charmants du reste, mais dont on  n’entend jamais parler et qui, surtout, ne veulent jamais entendre parler de nous. Un passeport, une carte nationale à faire renouveler? A chacun de faire des centaines de kilomètres, dispersés que nous sommes en Allemagne du Nord pour gagner Berlin. L’accueil y est aimable, on vous prévient qu’il faut des photos biométriques faisables uniquement dans un studio « tout près de là », m’assure-t-on, en me donnant toutefois un plan du quartier… Au bout de 20 minutes de marche dans un dédale de rues par un froid sibérien, j’arrive dans un studio de photographe un peu minable où d’autres visages aussi typés que le mien me rassurent tout de suite : je ne suis pas la seule Marocaine à avoir échoué ici… et le  mot « échouer » n’est pas déplacé : nous sommes nombreux, femmes et enfants aussi, patients, attendant notre tour, résignés comme des réfugiés attendant le bateau qui va les emmener… ou comme des Marocains dans les couloirs d’une administration ! Quand toutes les démarches seront faites, on va apprendre qu’une fois les papiers enfin revenus du Maroc, il va falloir refaire le chemin (240 km aller, 240 km retour) pour tendre la main, avec le sourire si faire se peut, et récupérer le céleste document. Pour d’autres démarches, il est prévu une fois par an (je répète : une fois l’an) une tournée consulaire à Hambourg même, mais la date reste résolument top secret,...

Une Marocaine dans les 2 Allemagnes...

9 novembre 1989 : Le Mur est tombé ! L’indicible s’est produit ! L’improbable est arrivé, les poules ont eu des dents, la semaine a eu 4 jeudis et impossible n’est plus allemand! Il n’y a plus qu’une seule Allemagne. Nous dansons tous ! Les Allemands et nous, les autres. Nous autres qui pensons à nos murs à nous, invisibles certes, mais parfois insurmontables… qui sait ? Si une solide muraille made in Germany a pu tomber, pourquoi pas les nôtres, si souvent rafistolées par des potentats forts de nos seules faiblesses? Le soir même, ils arrivent tous en une heure de temps de la frontière abolie, nous sommes à Hambourg si près des miradors de l’ex RDA… Ils arrivent dans leurs légendaires Trabis brinquebalantes avec chacun 100 deutschmarks dans la poche, alloués par l’autre Allemagne aux « frangins » récupérés. Une des cousines, hallucinée, me demande au super-marché : « A quoi cela vous sert d’avoir 18 sortes de moutardes ? ». Les Trabis se garent à côté des Rolls des beaux quartiers de la ville. Scènes surréalistes de deux mondes qui s’accostent : on s’embrasse, on danse, on est heureux d’étreindre l’Histoire. En pleine nuit mon mari se redresse de son sommeil d’Allemand fraîchement réunifié avec l’Est et me crie : « Malika, Malika, réveille-toi, on va pouvoir enfin récupérer la maison du grand-père de l’autre côté de la frontière et dont personne ne voulait ! Vite, on va y aller demain, 300 km sans passer par les miradors, les soldats, les chiens, les tracasseries, les contrôles, youpee ! » Et c’est ainsi que nous nous retrouvons, quelques mois plus tard propriétaires d’une maison enfouie dans un village du Mecklembourg profond où vivent environ 300 citoyens de l’Allemagne de l’Est profonde, qui n’ont jamais vu d’étrangers avant mon...