Toutes des Latefa ! Déc23

Toutes des Latefa !

Latefa Ahrrare la bien nommée, que cette jambe – que vous avez de bien jolie d’ailleurs – et pour laquelle certains exhortent à vous éliminer – foule fièrement ce même tapis rouge l’an prochain, vêtue d’un caftan encore bien plus échancré, que dis je, d’un maillot deux pièces épuré, en jambe de nez à tous ces censeurs mal léchés. Que les tribulations insensées de cette meute de frustrés, jalou(ses)x, aigris et bornés vous fasse une belle jambe ma jolie ! Que leurs fatwas et autres appels à l’assassinat glissent sur vos jambes sans jamais, votre coeur, toucher ni, votre âme, ébranler ! Comme disait Goscinny  » ils ne connaissent rien à l’art ces ignares », tout comme ils ne connaissent rien, hélas, à cette belle et noble religion qui a pour nom PAIX et dont ils se sont indûment autoproclamés les GARDIENS. Ne dit-on pas qu’ »ALLAH EST BEAU,  qu’il AIME LA BEAUTE » et vous Latefa, la bien nommée et prénommée, vous l’artiste talentueuse et renommée, vous êtes belle de corps et de cœur et cela se sait et sur votre visage transparaît. Laissez donc leurs mauvaises langues se délier ; laissez-les éructer, ce ne sont là que les relents aigres – durs et pas mûrs de leur désirs des lustres durant frustrés ! Vivent vos jolies jambes dénudées, cachées, tendues ou croisées! Vivent vos jambes qui sont désormais le symbole écorché de votre liberté d’ÊTRE et de penser, qui est celle de toutes les femmes et filles de mon pays! Oui aujourd’hui, « Nous sommes toutes des Latefa Ahrrare »*, alors à vous qui souhaitez « tuer Latefa pour sauver un peuple »**, sachez que pour cela il faudra toutes nous tuer. Vous qui souhaitez sauver ce peuple, auriez vous oublié que nous avons un pays à construire, relever? Des générations à sauver ?...

Desperate housewives : Saison Maroc Déc17

Desperate housewives : Saison Maroc...

21 H 30…C’est l’heure ! Cela fait trois jours que j’attends avec impatience ce rendez-vous. Il ne s’agit pas d’un rendez-vous galant, loin de là, en plus je suis déjà prise. C’est bien plus agréable et plus excitant que ça ; avec mes trois copines « Leila », « Samia », et «Meryam », on a prévu de se revoir après une année de : « le petit dernier a une vilaine fièvre »,  » je serai en déplacement cette semaine », « je n’ai plus de bonne, je suis débordée », ou encore « je suis en instance de divorce, je sors très peu, pour ne pas qu’il en profite pour me jouer un sale tour » ! Ce soir, on va un peu forcer le destin, ce sera nous quatre, devant un petit verre dans notre piano bar d’avant, quoi qu’il arrive et coûte que coûte ! A la porte, l’accueil est chaleureux : bisous et accolades. Normal ! Le gérant et les serveurs sont les mêmes, c’est comme si j’avais remonté le temps. On me conduit gentiment à ma table, où Samia est confortablement assise devant sa deuxième bière (déjà ?!). Confortablement… façon de parler, je me demande comment est-ce qu’elle a pu fourrer son corps dans cette robe ? Je suis sure que le soir, au lieu de l’ôter, elle devrait l’éplucher, mais passons, c’est bien elle ! Après les habituels « tu as maigri », « tu as bonne mine », « j’adore ta nouvelle coupe de cheveux », (entre femmes on a le devoir de se remonter le moral), le temps de descendre deux Martini et d’une troisième bière pour Samia, arrivent ensemble Meryam et Leila. Que la soirée commence ! Samia se met alors à raconter les périples de son récent divorce : « Vous...

La Marocaine, pute par défaut ! Déc11

La Marocaine, pute par défaut !...

Ceci est un témoignage, un coup de gueule d’une mère marocaine indignée. Si les petites Fräulein parisiennes ont la cote ici en Allemagne comme étant délicieusement olé-olé, les Marocaines, elles, sont devenues aux yeux de beaucoup d’Arabes le synonyme de filles légères et vénales sans qui l’industrie du sexe oriental ferait relâche, si j’ose m’exprimer ainsi, de Rabat au Qatar en passant par l’Arabie saoudite. Les Saoudiens, parlons-en, justement, de ces croyants zélés et vertueux qui ne laissent même pas le volant à leurs épouses, comme s’il s’agissait d’un sex-toy qui pourrait faire concurrence à leur virilité ou profiter à la vile concurrence de leurs compatriotes, tous lubriques et en état permanent de rut, par définition. C’était par un de ces jours de grisaille comme il y en a tant sur Hambourg, que mon amie marocaine Zaina et moi avons rencontré par hasard dans un café un Saoudien esseulé et mélancolique qui, l’oreille attirée par notre dialogue en arabe, nous adressa la parole pour émouvoir ensuite nos coeurs d’artichauts: il venait de conduire sa femme en stade final de cancer dans une grande clinique de la ville où la technique de pointe du know-how médical allemand devait tenter l’impossible. Cette clinique, spécialement construite par les Allemands pour les richards du pétrole, est d’un luxe inouï et abrite aussi, on ne s’en étonnera pas, une petite mosquée, la tentation éventuelle de l’islamophobie reculant immédiatement devant les exigences du porte-monnaie. Un jour que j’y rendais visite à un ami d’enfance pied-noir venu se faire opérer, je me fis intercepter par huit patients du Moyen-Orient qui, désoeuvrés et trainant la savate dans les couloirs de la clinique,  m’abordèrent sans ménagement, me sommant de leur dire « si l’homme que je voulais voir était bien mon mari!!!!! » Ma darija...

Fable à l’eau de javel...

Sur Atlantic Radio, le député PJD Najib Boulif s’est dit favorable à une expression artistique et culturelle « propre ». Réponse à ce monsieur qui veut récurer l’art comme un fond de marmite poisseux. Dimanche 27 novembre, la Toile fleurait bon la lavande. Toiletté, Facebook arborait une nouvelle trogne, un peu hébétée, certes, comme après le Hammam, mais les traits étaient sereins et réjouis. C’était ravissant à voir. Hardiment, les internautes emboîtèrent le pas à Najib Boulif, un député PJD connu pour la blancheur de ses cols et l’exquise senteur de ses auréoles. D’ailleurs, ils le baptisèrent M. Propre ; sous son œil paternel, sans nulle trace de crottes, ils aseptisèrent les murs, purgèrent listes et albums de toute souillure. Il y eut des récalcitrants, bien sûr. Ces pourceaux éructèrent : «Mais c’est proprement scandaleux !». On les fit taire pour ne point faisander l’atmosphère. Sur les profils désormais, un seul mot d’ordre : «Pour une expression artistique et culturelle propre !» La phrase de M. Boulif fondait sur toutes les langues, comme une pastille mentholée. On s’en gargarisait et la recrachait à l’infini, comme un bain de bouche. Ces effluves parvinrent au peintre Melehi, qui, épouvanté, troqua l’abstrait – Certaines formes pouvant vaguement s’apparenter à des taches – contre le figuratif ou, mieux, la nature morte : À une vente aux enchères, les collectionneurs s’arrachèrent les toiles «Produits d’entretien et de nettoyage» et «Monologue d’un Aspirateur». Voyant la côte de son compère grimper, Mahi Binebine fit porter des scaphandres à ses corps nus. Il cessa de les entremêler, car l’acrylique empestait la sueur. Latefa Ahrare se produisit en burnous. Abdellatif Laâbi enterra sa pétition contre la censure du Dernier combat de Leftah et s’assura qu’on émiette les quelques exemplaires disponibles de ce brûlot,...

Porter son cri

Tout commence naturellement. Par un cri. Une lutte primaire dans l’arène des bras. Une souffrance originelle comme une belle explosion, une célébration. Fulgurance de l’instant, l’entre-deux. Le nouveau-né au berceau de sa vie se heurte à la nudité des murs, à la puissance de l’invisible. Crier pour vaincre, vaincre la vie qui l’étouffe et qui pourrait le nourrir. Son corps le sait avant le reste. Alors il crie, il crie de tous ses petits muscles. Il crie, se libère et s’émancipe. Les cordes vocales portent le funambule jusqu’à la rive : une issue devant ses yeux embués. « Tatoue le ciel de ta pleine voix et monte respirer le jour, à toi le voyage de la vie. » Naître sous silence c’est rester au seuil du monde, à sa fenêtre, le cœur baissé et l’âme absente. Crier c’est vaincre la vie pour enfin la vivre. Le cri sommeille sous le regard bienveillant et les mains caressantes. Il s’apaise mais ne s’estompe jamais. Il grandit et apprend les bonnes manières, va à l’école et s’attable sagement au pupitre des lettres. On le dompte, on le maquille, on le déguise pour le carnaval de la vie. Il a alors le destin d’un clown, l’allure joviale et le cœur lourd, il crie tous les jours un petit peu, il crie gaiement pour amuser les enfants. Mais il est des cris comme il est des êtres. Rebelles. Ils détestent l’école, les pupitres et les bonnes manières. Ces cris strient les sillages, bousculent et créent l’échiquier de la vie, leur échiquier. Ces cris logent au fond de l’âme, dans les yeux des mots, dans l’envol des pas. Aussitôt, on écrit comme on danse pour placer sa voix, on écrit comme on chante pour saccader le pas. On écrit pour...