من نجران إلى تطوان...

مر علي بالأمس يوم لعله أطول أيام حياتي.1 غادرت الفندق في الثانية بعد منتصف الليل بالتوقيت المغربي (الرابعة فجرا بتوقيت السعودية)، لحسن الحظ أن طائرة الصباح تمكنت من مغادرة أجواء نجران أخيرا بعدما صفا الجو وانقشعت سحائب الغبار. ترانزيت طويل في مطار جدة ورحلة أطول إلى الدار البيضاء التي وصلت مطارها على الساعة الخامسة مساء. ولأنني كنت مرتبطا بالتزام مع مهرجان العود بتطوان، فقد استلمت سيارتي من المطار ويممت شمالا: الرباط، طنجة، مارتيل ثم منتجع كابيلا حيث نقيم هنا بين المضيق وسبتة . وصلت بعد منتصف الليل بساعة. تقريبا 24 ساعة قضيتها في هذه الرحلة الماراتونية من نجران إلى تطوان.1 حينما استيقظت هذا الصباح بقيت مأخوذا لبضع دقائق أحاول أن أتذكر أين أنا. ياه في كابيلا! في إقامة على شاطئ البحر الأبيض المتوسط. فتحت الشرفة فرمقت مارسيل خليفة ونصير شمة قرب المسبح. استعدت الذاكرة كاملة.أنا الآن في مهرجان العود بتطوان. حديقة الفندق بديعة (خضرة ضارية افتقدتها في نجران) وفتاتان جميلتان تستعدان للسباحة (أيضا غياب ذلك الحضور السلس و التلقائي والطبيعي للمرأة في المجال العام أول ما يصدم المرء في السعودية).1 فكرت بمحبة وتعاطف في نجران : بلاد يصر مبدعوها على الحياة ويناضلون من أجل ذلك. تذكرت المخرجة الرائعة ريم البيات. كادت هيئة الأمر بالمعروف التي داهمت مهرجان قس بن ساعدة ليلة الاختتام بالكثير من الغلظة، كادت تلغي عرض فيلميها القصيرين. صالح زمانان الكاتب المسرحي النجراني وأحد مهندسي المهرجان دخل في نضال مستميت لكي لا يُلغى العرض. وفعلا سمحت الهيئة أخيرا بأن يعرض الفيلمان بشرط أن تخاطب المخرجة جمهورها من وراء ستار. وكذلك كان. وصلنا صوت ريم مرتبكا وواثقا في نفس الوقت تحكي عن تجربتها وتقدمها للجمهور بتكثيف جميل. أحمد الملا السيناريست والشاعر الجميل وزوج ريم لم تمكن من إتمام ورقته حول الفيلمين. غص الكلام في حلقه وكاد يجهش. لكأنه لم يطق أن تهاجم الهيئة وبعض المتعاطفين معها من الغوغاء حفلا كانوا يراهنون عليه كثيرا...

IR–CITY ou la ville sexe...

  Khalid Jamai – écrivain et journaliste Pourchassée, traquée, Adjou savait qu’elle le serait depuis le premier jour où elle était retournée dans cette ville qu’elle croyait, pourtant, avoir désertée à jamais. Malgré la peur, les appréhensions, elle s’était installée, par défi, à la terrasse de « La Braise », café situé en bas de chez elle, avenue « Fal Ould Omir » à Rabat. Elle commanda un jus d’orange. Tous les mâles attablés au bistrot se mirent à la mater intensément. Des regards lubriques, pervers, perfides, dégoulinant de concupiscence et de misère sexuelle, la déshabillaient, la pénétraient, la transperçaient. Elle n’était pour eux qu’une « awra », une imperfection de la tête au pied, Mais une imperfection tentatrice, ensorcelante, fascinante, gorgée de luxure et de sensualité et dotée d’un sexe appelé clitoris qui lui permettait une jouissance multiple. Elle se sentit avilie, salie, souillée. Violée même. L’épreuve de force tournait à son désavantage. Ses défenses commencèrent à céder. Elle baissa les yeux. Quelque chose en elle s’insurgea, refusa de se soumettre. Dans un sursaut de révolte, elle leva la tête et fixa la meute. Elle sut qu’elle devenait le gibier, la proie. La traque allait commencer. Corps hérissés de phallus brandis, la horde piaffait d’impatience. Une panique folle s’empara de tout son être. Sa ville, la ville qu’elle croyait connaître était « Ir-City ». La légende disait vrai ! Adjou palpa son visage, terrorisée à l’idée de n’y trouver qu’une fente, des petites lèvres, un clitoris. Rassurée, elle bondit de sa chaise. Les « Phalluciens » la prirent en chasse. Cauchemardesque curée. Des deux cotés de la chaussée, certains brandissaient des pancartes: « Toute femme est pute, sauf celle qui n’arrive pas à l’être » « Jupe de femme et lange de diable...

…هكذا أسدل « الماتشو » ظلام لحيته...

إنهما هنا والآن وقد كانا هناك في قديم اللازمان كانا هناك لا فرق.. هو إنسان و هي إنسان ولما جاءا إلى هنا أسدل ظلام لحيته وقال : أنا رجل.. وأنت ولحيتي سيان في سواد الهامش تعيشان أحلقكما متى أشاء وكما أشاء لي كل الإنتشاء وكل ما لكما : استنشاق الهواء أنا الكل ككل الرجال وأنتما بدوني اللاشئ ككل النساء ! بقلم عادل...

حكايتها بدون تصرف Août02

حكايتها بدون تصرف...

كيف تثق فيه وقد أعلن عليها حرب الطلاق ؟ في لحظة انفعال وغضب كانت قد طلبت منه تحرير معصمها ..1  مثل آلة صماء قال لها سيكون لك ذلك .. وانطلق يقوم بالإجراءات وحده ..ليخبرها ذات يوم أن عليها أن تذهب الى قضاء الأسرة في اليوم المعلوم .. 1 كان رد فعلها قويا ومنطقيا عن الكيفية التي اتخذ بها القرار وحده داخل جمجمته الآلية كحاسوب بارد .. احتجت على الكيفية التي حدد فيها الإجراءات ووضع بها لا ئحة مصاريف النفقة لها ولأطفالها دون أن يعيرها أدنى اهتمام .. فما كان منه الا أن أصبح يهددها بأنها ان لم تحضر في الموعد المعلوم فانه سيلجأ رفقة محاميه الى مسطرة قاسية .. 1 اختار بعناية أن يكون موعد طلاقه منها مصادفا تماما لنفس يوم عقد قرانهما .. 1 أليس غريبا أمر هذا الإنسان ؟؟ كيف يمكن للإنسان أن يكون جحودا حقودا لمجرد أن أوامره داخل المنزل لا تطاع بالشكل الذي يريد ؟ كيف نسي هذا الإنسان أنه حين التقى برفيقة عمره تلك لم يكن سوى مجرد اطار متوسط في ادارته ؟ كيف ينسى ..ان كان فعلا انسانا سويا أن تلك الفاتنة التي سلبت عقله هي التي فرشت له الممرات والدروب بتضحياتها ليرتقي في زمن وجيز أعلى درجات المسؤولية ؟ كيف يتنكر لتلك الإنسانة الجميلة التي منحته جسدها الذي ركبه ساعات وأياما ليمنحه بسمة الحياة من خلال طفلين آية في الذكاء والجمال ؟ كيف يتنكر لكونها ضحت بتعليمها العالي من أجل أن يتسلق هو سلالم الترقيات ويصبح هو  » كبيرا  » وهي  » بدون  » في بطاقتها الوطنية ؟؟ هاهو اليوم بعد أن أصبح ذا مكانة في المجتمع يأتي اليها ببسمته الماكرة بين اليوم والآخر ليقول لها انت طالق وعليك في اليوم المعلوم أن تكوني أمام القاضي للتوقيع على المصير الذي أردته لك بعد أن قمت باستغلال رحيق روحك وجسدك وبعد أن صبغت بعرق جبينك درجات ارتقائي الإداري وبعد أن...

Le maure vivant Juin27

Le maure vivant

Venons en au fait, et laissons la simagrée aux coqs servir de crête. Je ne ferai ni fier ni beau ni abuserai de mots bêtes pour vous dire le fond de ma pensée ni ce qui m’embête. Juste un ou deux mots, sans vous prendre la tête… Venons en au fait, et parlons de nos quêtes…non pas de celles au bord d’un quai qui font bite d’amarrage accrochant l’adieu à la valse des mouchoirs, illusoire danse conjurant l’absence. Je n’ai jamais compris les partir, les autrement et les ailleurs, chérissant le rester, l’immuable et le conséquent, acceptant mes co-errances pour retrouver la mienne de cohérence. Venons en au fait et parlons rien qu’une fois, sans fioritures ni mots débiles à l’absurde tournure, de ce profond qui nous anime… qui envenime J’aurai voulu que la mer soit rouge pour laver le sang des morts sans que le ciel s’indigne J’aurai voulu que les morts soient blancs pour qu’une fois saignés ils deviennent feuilles J’aurai voulu que la pluie soit noire pour qu’une fois tombée elle devienne mots Et que les mots sur la feuille blanche racontent les morts pour indigner le ciel J’aurai voulu que le ciel pleure ma honte pour faire rougir la mer Et je serais le vent Et je serais levant, père du soleil qui chantera aux morts « ce n’est qu’un maure parmi les vivants ! »… Le poète Khalid...

Les quatre saisons

Les quatre saisons Posté par Un homme le 4 mai 2012 dans Texticules | 11 commentaires Le printemps J’ai écrit mon premier poème quand j’avais douze ans. C’était un poème d’amour en arabe. Eh oui ! Déjà à cet âge, les filles me tournaient la tête. Pas n’importe lesquelles, pas les petites morveuses de mon âge, non ; j’étais fou des grandes filles qui faisaient trois fois mon âge et dont les rondeurs étaient déjà parfaites, les courbes biens dessinées et la sensualité provocante. Mais c’était en secret, c’était mon secret à moi. Si maman l’avait su, elle m’aurait cassé la tête ! Et si papa l’apprenait, il allait me la fracasser ma tête ! C’est pourquoi je me contentais de raconter mes histoires secrètes sur des bouts de papier. Je leur dévoilais ma flamme et mes désirs, mes envies et mes soupirs, les meilleurs comme les pires. Les petits bouts de papier étaient discrets, ils n’allaient pas divulguer mon intimité et ils n’allaient jamais me trahir. Ils étaient mes confidents. Si je me souviens aujourd’hui de ces missives jamais postées, auxquelles j’avais livré des choses que je n’oserais pas répéter, c’est qu’en fait un jour j’en avais oublié une dans la poche de mon pantalon. Maman avait l’habitude de vider les poches de tous les habits avant de les plonger dans la bassine pleine d’eau mousseuse et savonneuse. C’était un ange ma mère, mais elle était analphabète. Maman était un ange analphabète ! Ne sachant pas ce que contenait le petit papier sur lequel j’avais griffonné mon premier poème, elle le tendit à mon père pour en évaluer l’intérêt. Au premier coup d’œil, son visage, déjà brun, brunit encore davantage. « Oh le petit voyou ! » cria-t-il, « Oh le salaud !...

Adoption

Adoption Posté par Qandisha le 7 mar 2012 dans Texticules | 7 commentaires J’ai perdu mes parents il y a cinq ans environ. Mon père d’abord . Ma mère suivit même pas deux ans après . Elle me disait , le plus dur lorsque j’ai perdu ton père c’était tout ce vide et mon moi qui ne pouvait se faire à sa disparition , alors je m’éprenais souvent à dire » il faut que je lui raconte ceci ou cela quand il rentrera »… Je reconnais que c’était dur pour cette femme de vivre ce vide malgré sa sagesse qui m’a toujours interpellé depuis mon plus jeune âge . Deux brefs exemples pour étayer sa personnalité aux dimensions qui m’échappaient : Je devais être dans ma 6è année de vie lorsqu’un jour elle est venue vers moi , me prit mon sac de billes dont j’étais fier ( j’en gagnais beaucoup à la récré ) et le balança par la fenêtre . J’avais beaucoup pleuré ce jour là surtout qu’elle n’avait pas de raison apparente de le faire . Plus tard lorsque je lui ai demandé : – Mère , pourquoi avais tu fais cela ce jour là ? – Tu vois , tu n’as pas encore oublié ! – Et je n’oublierai jamais , car ça a fait beaucoup mal à l’enfant que j’étais. – Alors saches qu’ il fallait que tu découvres l’existence de la méchanceté gratuite . Autant l’avoir déjà rencontrée . Ainsi tu la reconnaîtras au premier coup de griffe , une fois en société . Un autre aspect de sa dimension c’est une attitude qu’elle eût un jour où de retour de France pour mes vacances d’été ( je devais être en sixième année de médecine ), je lui...

Racisme ordinaire

Ça s’était passé en juin dernier. Bourg-la-Reine est une commune de la banlieue sud de Paris, dans le département cossu des Hauts de Seine (92). C’est une ville que je ne connaissais pas, mais tout laissait croire que c’était une ville plutôt bourgeoise. Le bâti était ancien. Le centre était animé d’une foule qui me parut aisée. La présence de ce grand Monoprix, où je devais accompagner mon amie à un entretien, semblait confirmer mes assertions. Ne trouvant pas de place aux alentours, je laissais celle-ci devant le grand établissement commercial, et me mit en double file un peu plus loin. La présence de policiers municipaux qui verbalisaient à tour de bras me fit changer de place, pour m’éloigner dans une partie un peu plus vide et calme de l’avenue. Par la faveur d’une voiture qui venait d’en sortir, je trouvais vite une place et traversai toute la largeur des 3 voies de la route pour m’y accoler. J’attendrais ici l’amie, n’ayant plus de monnaie pour prendre un ticket à l’horodateur, et craignant, si je sortais la rejoindre, un autre passage des municipaux. Dans la Renault 21, j’en étais tout à la lecture du Parisien, en écoutant une cassette de Chabba Zahouania, quand je vis ce vieux couple passer. Le vieil homme portait un béret beige et une veste de velours de la même couleur. Sa femme ressemblait à toutes les vieilles bonnes femmes qui se promènent dans les rues de banlieue. Elle promenait un caniche blanc qui frétillait sur ses pattes comme s’il marchait à pile. Ils me regardaient bizarrement, avec une insistance gênante… J’essayais de ne pas faire attention. Je baissais même la musique que j’avais mise peut-être un peu forte. Sans doute n’étaient-ils pas des familiers de ma Zahaouaniyette, et que...

Lettre ouverte à mon muezzin...

Cher muezzin, Je voudrais t’annoncer officiellement, au cas où tu aurais encore un doute, que cela va faire bientôt une année que je ne dors plus. Ou presque. En effet, depuis que je me suis établi dans cette rue funeste au prolongement de ta mosquée, chaque nuit, alors que je viens d’accéder paisiblement à la phase la plus réparatrice de mon bien mérité repos quotidien, te voilà qui pousses tes cantillations au plus juste de mon tympan. N’as-tu pas honte de faire ainsi voler en éclat, jour après jour, la quiétude d’un homme honnête, ton voisin de surcroît, qui ne t’a jamais fait de mal ni de près ni de loin ? Nous sommes en vérité plusieurs dans mon cas, autant dire la majorité des habitants du quartier et un jour, tôt ou tard, tu devras répondre de tes actes. Autre fait fâcheux : J’ignore sur la base de quel critère tu as été recruté à ton poste, mais une chose est sûre : ce ne peut pas être ta voix. Ah, ta voix! Ta voix, elle est, comment dire, oppressante ! Ce dont tu es loin apparemment de te douter. Il n’est que de voir la jubilation qui sourd (si j’ose écrire – en fait, sourd, tu m’as appris à aspirer à le devenir) de ta façon de lever ton adhan si fabuleusement dépourvu d’harmoniques, de ton contentement insensé devant l’air impie comprimé dans tes poumons et transformé bientôt en nuisance sonore. C’est quelque chose quand même si tu te prends pour Bilal l’Abyssin ! « Enseigne l’Adan à Bilal, car il a une voix plus douce que la tienne », avait recommandé le Prophète à Ibn Zayd, avant de confier le minaret (enfin, le toit de la mosquée, à l’époque…) à Bilal...

Nocturne Déc22

Nocturne

Peu à peu la nuit tombait  sur cette Sodome de carte postale. Le soleil, strié par les palmes, rougissait, en s’inclinant, les vitrines ; et l’asphalte, chauffé à blanc, encore bouillant, menaçait d’exploser, de fuser comme l’encre ou le sang. La fournaise expirait vers le couchant et crachait tout un peuple d’ombres, suintant une boue ocre, des tisons et de la cendre. Sur une immense estrade montée par des tour-operators, une horde d’anges empruntés à La Bible et au Coran jouaient une apocalypse apocryphe, au milieu des nénuphars, des nymphéas, des cactus, des bougainvillées, dans un jardin on eût dit Le Majorelle. L’orage éclatait. Dieu déféquait la fulgurance. Une diarrhée foudroyante, fugace, lumineuse, diluvienne. L’alphabet, s’en maculant, s’en affûtant, explosait entre mes phalanges. Plus tard, des êtres diaphanes affluaient vers le terminus des calèches. Ils avaient passé toute l’après-midi à se baigner dans des jacuzzis pétillant, comme des geysers, de champagne et du sang des chérubins qu’ils enculaient. Bientôt, on les transférait vers le bloc opératoire, à la périphérie de la ville. Ici, on bazardait désormais un sexe inouï. A l’orée de la grande place, accroupi au seuil d’un bureau de change, un homme flanqué de deux filles enceintes, que je supposais être les siennes, demandait l’aumône. Barbe blanche, crâne dégarni, mains décharnées, lépreuses, tremblant, il était tout en haillons. Comme acculé à jamais dans sa détresse. Son visage présentait bizarrement les mêmes traits que Loth dans le tableau de Goltzius. A cette nuance près que sa peau était parcheminée et très foncée, irradiée par le soleil. La main tendue avec négligence, il scrutait avec des yeux chassieux le ciel au cas où le soufre, qu’il implorait en geignant de toutes ses forces, se mettrait à pleuvoir sur la ville. A l’intérieur, l’agent décontracté, chemise...

Collégienne d’ailleurs… Déc06

Collégienne d’ailleurs…...

1960. Allah a dit. Il a dit beaucoup de choses. Lalla Aïcha, la princesse. Aïcha, l’épouse du Prophète. La mère des croyants. Aïcha Qandicha, tentatrice des hommes. Belle et dangereuse. Ogresse et amante. Mante religieuse. Nouvelle de l’écrivain Moha Souag pour Qandisha Entre l’école et la muraille du ksar, un petit chemin ombrageux traverse la palmeraie. Les cris des élèves enfin libérés chassent les moineaux qui picoraient les chétifs épis d’orge éparpillaient dans les quelques parcelles de champs non encore moissonnées. L’orge  prime sur les aires de battage. Elle sera la première piétinée par les sabots tranchants des ânes. Lui, Moulay Ahmed Al Koreichi Al Ismaili Al Idrissi. Lui, descendant  du Prophète, de sa fille Lalla Fatém Zohra, épouse unique et légitime du cousin du prophète, Sidna Ali, le pourfendeur des infidèles et des ennemis de Dieu, qui a combattu jusqu’à ce que le sang des ennemis lui atteigne les genoux. Lui, faqih et imam du Ksar Chiksar, imam et descendant d’une lignée d’imams. Lalla Aïcha, sa fille aînée, première en classe. Mathématiques, physique, chimie. Fierté de la famille, de sa génération, de son village, de son roi. Sœur en  savoir de la princesse Lalla Aïcha. Elle qui. Le muezzin appelle à la prière. Moulay Ahmed l’entendit mais il savait qu’il n’ y aurait personne derrière lui pour la prière. Ils prétexteront tous la moisson, le battage du grain, une fatigue subite, un rhume des foins, un coup de froid en plein été, une rage de dents ou pas de temps pour les ablutions. Les grandes ou les petites. Sa fille irait au collège. Qu’ils le veuillent ou pas. Aïcha, seule, partirait avec une bourse de mérite à l’internat du Lycée Lala Amina de Méknès. « Méknès ? C’est où ? » demanda grand-mère. C’est loin. Très loin...