A Fatima

Je n’ai pas connu Fatima Mernissi. Pas personnellement j’entends. Pour moi, c’était quelque chose qui pouvait attendre, puisqu’elle était éternelle. C’était comme une sorte de pensée magique… ou alors la conviction inconsciente que je la rencontrais chaque jour dans les rues de mon pays. Dans les visages des femmes délivrées des harems. Du moins, des murs de béton, car les murs de âme demeurent souvent infranchissables. Je la rencontrais aussi dans mes prises de position, quelques fois irréfléchies et me disais que c’est parce que des femmes comme Fatima ont tenu tête au premier jet de pierre que je peux aujourd’hui m’aventurer dans l’arène sans armure. Un jour, en 2012. On m’invita à un panel organisé par le CNDH avec des gens au très lourd passif militant. J’étais censée représenter la génération de féministes en herbe. Des bébés râleuses dont la conscience s’est tout juste réveillée par les premières brises du printemps arabe. Je n’avais rien contre, même si je n’avais jamais eu le militantisme tenace. Mais, avec des femmes, on avait créé une sorte ce blog collaboratif pour déverser nos ires et nos rires. On l’avait appelé Qandisha. Une dame, dont j’ai malheureusement oublié le nom, me demanda pourquoi ce nom de Qandisha. Je m’apprêtais à répondre avec lassitude à cette question redondante chez moult bonne gent qui s’effarouchait de l’évocation de la diablesse, quand j’aperçus une lueur intrigante dans les yeux de la dame. Je lui racontai donc consciencieusement comment l’idée de ce nom nous était venue. Comment on avait prédit qu’en parlant d’autre chose que de la beauté, la mode et la cuisine, on allait à l’encontre de l’idée qu’on se faisait de nous et que le pire que l’on pouvait subir, c’était d’être accusées de traitrise, stigmatisées de mille noms...